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(90377) Sedna

                   
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Sedna.

(90377) Sedna

Description de cette image, également commentée ci-après
 

Image à l'origine de la découverte de Sedna

Caractéristiques orbitales
Époque 22 octobre 2004 (JJ 2453300,5)
Demi-grand axe 75,659770×109 km
(505,754 ua)
Aphélie [réf, souhaitée]139,941508×109 km
(935,451 ua)
Périhélie [réf, souhaitée]11,378031×109 km
(76,057 ua)
Excentricité 0,850
Période de révolution précision injustifiée[réf, souhaitée]4 154 395,421 j
([réf. souhaitée]10 500 - 12 000 a)
Vitesse orbitale moyenne 1,04 km/s
Inclinaison 11,932°
Nœud ascendant 144,553°
Argument du périhélie 311,405°
Anomalie moyenne 357,732°
Catégorie objet transneptunien
Caractéristiques physiques
Dimensions 1200 - 1700 km
Masse ~1,8-4,3 ×1021 kg[Note 1]
Masse volumique ~1,2-3,4 ×102 kg/m3
Gravité équatoriale à la surface ~0,20 m/s2
Vitesse de libération ~0,54 km/s
Période de rotation ~10 h[1]
Classification spectrale B-V=1.24; V-R=0.78[2]
Magnitude absolue 1,6
Albédo 0,07 [3]
Température ~30 - 35 K
Découverte
Découvreur Chadwick Trujillo,
Michael E. Brown,
David L. Rabinowitz
Date 14 novembre 2003[4]
Désignation 2003 VB12

(90377) Sedna est un objet transneptunien du Système solaire d'un diamètre d'environ 1 500 km. Il est situé (en 2010) à environ 87 UA du Soleil, soit trois fois la distance entre ce dernier et Neptune. Cependant, le point de son orbite le plus éloigné du Soleil est situé à 960 UA et Sedna est ainsi pour la plus grande partie de son orbite, un des objets connus du Système solaire les plus lointains après les comètes à longue période[Note 2],[Note 3].

Sedna fut découvert par Michael E. Brown, Chadwick Trujillo et David L. Rabinowitz le 14 novembre 2003. D'une taille proche des deux tiers de celle de Pluton, Sedna est en théorie suffisamment grand pour être d'une forme pratiquement sphérique et pourrait être une planète naine selon la définition actuelle. Cependant, il est difficile de déterminer sa forme en raison de sa distance. Des mesures spectroscopiques ont montré que la composition de sa surface est similaire à celle d'autres objets transneptuniens, et est majoritairement composée d'un mélange de glaces d'eau, de méthane et d'azote avec du tholin. Sa surface est l'une des plus rouges du Système solaire.

Sedna couvre son orbite en approximativement 12 000 ans et son périhélie est situé à environ 76 UA du Soleil. Ces deux paramètres étant exceptionnellement élevés, son origine est incertaine. Le Minor Planet Center considère à l'heure actuelle (2010) que Sedna est un objet épars, un groupe d'objets placés sur des orbites exceptionnellement allongées par l'influence gravitationnelle de Neptune. Cependant, ce classement est contesté car Sedna n'a jamais été situé suffisamment proche de Neptune pour avoir subi une influence significative. Certains astronomes pensent donc que Sedna est le premier membre connu du nuage d'Oort intérieur. D'autres astronomes pensent que Sedna pourrait avoir été déplacé vers son orbite actuelle par une étoile passant à proximité du Soleil, notamment une étoile de l'amas originel du Soleil, ou a été capturé dans un autre Système solaire. Une autre hypothèse est que son orbite pourrait être une preuve de l'existence d'une planète au-delà de Neptune.

L'astronome Michael E. Brown, co-découvreur de Sedna et des planètes naines Éris, Haumea et Makemake, a affirmé en 2006 que Sedna était l'objet transneptunien le plus important scientifiquement trouvé jusqu'à cette date car la compréhension de son orbite particulière fournirait des informations de valeur sur l'origine et l'évolution initial du Système solaire[5]. Au moment de sa découverte, Sedna a été le plus grand objet découvert dans le Système solaire depuis la découverte de Pluton. Depuis, de plus grands objets (planètes naines) ont été découverts, comme par exemple (136199) Éris. À plus faible raison qu'Éris, Sedna a joué un rôle dans la prise de conscience des astronomes de l'urgence d'une définition claire d'une planète. Ainsi Sedna a paradoxalement contribué à la nouvelle définition qui a ramené les planètes du Système solaire à huit, alors qu'elle-même a quelquefois été surnommée la dixième planète.

Sommaire

  Découverte

  Photos de Sedna lors de sa découverte

Sedna (provisoirement désigné 2003 VB12) fut découvert par Mike Brown (Caltech), Chadwick Trujillo (observatoire Gemini) et David Rabinowitz (université Yale) lors de la campagne menée à partir de 2001 avec la caméra QUEST de Yale du télescope Samuel Oschin de l'observatoire du Mont Palomar situé près de San Diego (Californie, États-Unis). Ils découvrirent le 14 novembre 2003 un objet se déplaçant d'environ 4,6 secondes d'arc par rapport aux étoiles en 3,1 heures et par conséquent situé à une distance d'environ 100 UA. Des observations subséquentes effectuées en novembre et décembre 2003 avec le télescope SMARTS du Cerro Tololo Inter-American Observatory (Région de Coquimbo, Chili) et le télescope Tenagra IV de l'observatoire W. M. Keck (Hawaii) mirent en évidence l'orbite extrêmement elliptique de l'objet. Plus tard, l'objet fut identifié sur de vieilles images prises au télescope Samuel Oschin ainsi que sur d'autres du projet Near Earth Asteroid Tracking. Ces photographies plus anciennes fournirent la position de Sedna sur une plus grande proportion de son orbite et ainsi de calculer les paramètres de cette orbite plus précisément[6].

« L'objet que nous venons de découvrir est l'objet connu du Système solaire le plus froid et le plus distant, » déclara Mike Brown sur son site internet, « et nous pensons qu'il est donc logique de le nommer en l'honneur de Sedna, la déesse Inuit de la mer qui, selon la mythologie, vivrait dans les profondeurs glaciales de l'Océan arctique »[Note 4],[7]. Brown suggéra également au Minor Planet Center de l'Union astronomique internationale que tous les objets découverts dans la région orbitale de Sedna soient nommés d'après la mythologie Inuit[7]. L'équipe rendit le nom Sedna public avant que l'objet ait été officiellement numéroté[8]. Brian Marsden, qui dirigeait le Minor Planet Center, se plaignit qu'une telle action constitua une violation du protocole qui aurait pu inciter certains membres de l'UAI à s'opposer à la désignation proposée[9]. Cependant, il n'y eut aucune opposition et aucun autre nom ne fut suggéré. Le Committee on Small Body Nomenclature de l'UAI accepta formellement ce nom en septembre 2004[10], et affirma que dans le futur et pour des objets d'un intérêt exceptionnel, elle pourrait accepter que de tels objets soient nommés avant d'avoir été officiellement numérotés[8].

  Orbite et rotation

L'orbite de Sedna est bien plus éloignée du Soleil que ces objets
  L'orbite de Sedna (rouge) comparée à celles de Jupiter (orange), Saturne (jaune), Uranus (vert), Neptune (bleu) et Pluton (violet)

Sedna a une période orbitale comprise entre 11 800 et 12 100 ans[11], soit la plus élevée des objets connus du Système solaire à l'exception de quelques comètes[Note 3]. Ces valeurs correspondent à la meilleure solution par la méthode d'ajustement de courbe car Sedna n'a pour l'instant été observée que sur une partie très restreinte de son orbite. Son orbite est extrêmement elliptique, son aphélie étant estimé à 960 UA et son périhélie à 76 UA. Lors de sa découverte, Sedna était situé à une distance de 89,6 UA du Soleil et se rapprochait de son périhélie[12] : c'était alors l'objet du Système solaire le plus éloigné jamais observé. La même campagne découvrit par la suite Éris à une distance de 97 UA. Bien que les orbites de certaines comètes à longue période s'étendent à des distances plus lointaines que celle de Sedna, elles ne peuvent être observées qu'à proximité de leur périhélie situé dans le Système solaire intérieur en raison de leur faible luminosité. Lorsque Sedna approchera de son périhélie entre la fin 2075[Note 5] et la mi 2076[13], le Soleil ne devrait pas être plus gros qu'une étoile brillante dans le ciel de celle-ci : à l’œil nu, il sera alors ponctuel car trop petit pour être vu comme un disque et seulement 100 fois plus brillant que la pleine lune sur Terre[14].

Lors de la découverte de Sedna, sa période de rotation fut estimée entre 20 et 50 jours, soit une valeur inhabituellement longue[14]. Les scientifiques supposèrent que sa période de rotation aurait été ralentie par l'impact gravitationnel d'un grand compagnon binaire, similaire aux effets de Charon sur Pluton[7]. Des observations de Hubble en mars 2004 ne permirent pas d'identifier de satellites[Note 6],[15]. Des mesures ultérieures depuis le télescope MMT suggèrent une période de rotation de 10 heures, typique pour les objets de cette taille[16].

  Caractéristiques

  Comparaison de la taille de Sedna avec celle d'autres objets
Sedna, un objet rouge et glacé, est à peine éclairé par le Soleil
  Vue d'artiste de Sedna

Sedna a une magnitude absolue (H) de 1,6[17] et un albedo estimé entre 0,16 et 0,30[3], ce qui permet de calculer un diamètre entre 1 200 et 1 600 km[3]. Au moment de sa découverte, c'était l'objet le plus grand découvert dans le Système solaire depuis la découverte de Pluton en 1930. Mike Brown et ses collègues estiment désormais que c'est le cinquième plus grand objet transneptunien après Éris, Pluton, Makemake et Haumea[3],[18]. En 2004, les découvreurs estimèrent la limite supérieur du diamètre de Sedna à 1 800 km[19], qui fut révisée à 1 600 km après des observations de Spitzer[20]. Sedna n'ayant pas de satellite connu, il est très difficile d'estimer sa masse. Cependant, si l'on suppose que Sedna a une densité comparable à celle de Pluton (2,0 g/cm3), l'intervalle de diamètre permet de calculer une masse comprise entre 1,8 et 4,3×1021 kg[Note 1].

Des observations du télescope SMARTS montrent qu'en lumière visible Sedna est un des objets les plus rouges du Système solaire, presque autant que Mars[7]. Chad Trujillo et ses collègues suggèrent que la couleur rouge foncée de Sedna est due à une couche superficielle de boue d'hydrocarbure, ou tholin, qui se serait formé à partir de molécules organiques simples suite à une longue exposition à des rayonnements ultraviolet[21]. La couleur et le spectre de sa surface sont homogènes, ce qui serait peut-être dû au fait que, contrairement aux objets plus proches du Soleil, Sedna est rarement impactée par d'autres corps qui rendraient visibles des plaques de glace fraîche à l'image de celles présentes sur (8405) Asbolus[21]. Sedna et deux autres objets très distants ((87269) 2000 OO67 et 2006 SQ372) sont de la même couleur que les cubewanos et le centaure (5145) Pholus, ce qui laisse supposer qu'ils se sont formés dans la même région[22].

Trujillo et ses collègues ont calculé que les limites supérieures des taux de méthane et de glace d'eau à la surface de Sedna sont respectivement de 60% et 70%[21]. La présence de méthane est un argument en faveur de l'existence de tholins à la surface de Sedna car ces derniers sont produits par l'irradiation du méthane[23]. Barucci et ses collègues ont comparé le spectre de Sedna à celui de Triton et ont détecté des raies d'absorption de faible intensité correspondant aux glaces de méthane et d'azote. En se basant sur ces observations, ils suggérèrent que la surface de Sedna est composée de 24 % de tholins du type de ceux présents sur Triton, 7% de carbone amorphe, 10 % d'azote, 26 % de méthanol et 33 % de méthane[24]. La présence de glaces de méthane et d'eau fut confirmée en 2006 par des mesures photométriques dans l'infrarouge moyen par le satellite Spitzer. La présence d'azote sur la surface suggère la possibilité que Sedna pourrait posséder une atmosphère, au moins pour une courte durée. Une période de 200 ans existe autour de son périhélie durant laquelle la température de la surface de Sedna pourrait dépasser 35,6 K, la température minimale de sublimation du diazote (de solide à gaz)[24]. Par contre, son gradient spectral dans le rouge foncé indique une concentration élevée de matériaux organiques à sa surface, et les raies d'absorption du méthane peu intenses indiquent que le méthane à la surface de Sedna est ancien et non pas fraîchement déposé. Cela signifie que Sedna est trop froid pour que le méthane s'évapore de sa surface et retombe sous forme de neige comme cela se produit sur Triton et probablement Pluton[23].

  Origine

  Vue d'artiste de la surface de Sedna avec la Voie lactée et le Soleil

Dans l'article annonçant la découverte de Sedna, Mike Brown et ses collègues affirmèrent qu'ils observaient le premier corps du nuage d'Oort, le nuage hypothétique de comètes qui se situerait entre environ 2 000 et 50 000 UA du Soleil. Ils observèrent que, à la différence des objets épars comme Éris, le périhélie de Sedna (76 UA) est trop distant pour que l'influence gravitationnelle de Neptune ait joué un rôle durant l'évolution de Sedna[6]. Sedna étant beaucoup plus proche du Soleil que prévu pour les objets du nuage d'Oort et son inclination étant proche de celle des planètes et de la ceinture de Kuiper, les auteurs considérèrent que Sedna était un « objet du nuage d'Oort intérieur » (« inner Oort cloud object »), situé sur le disque situé entre la ceinture de Kuiper et la la partie sphérique du nuage[25],[26].

Si Sedna s'est formé dans sa position actuelle, le disque protoplanétaire du Soleil devait s'étendre jusqu'à 11 milliards de km (soit environ 76 UA, la distance au Soleil du périhélie de Sedna)[27]. L'orbite initiale de Sedna était probablement circulaire car, dans le cas contraire, il n'aurait pas pu se former par accrétion de petits corps; en cas d'orbite non circulaire, les vitesses relatives entre les corps auraient engendré des collisions destructrices et non aggrégatrices. En conséquence, Sedna a sans doute été dévié de son orbite initiale vers son excentricité actuelle par l'influence gravitationnelle d'un autre objet[28]. Dans leur article initial, Brown, Rabinowitz et leurs collègues suggèrent trois causes possibles à l'orbite actuelle de Sedna : une planète non détectée située au delà de la ceinture de Kuiper, une étoile solitaire en transit à proximité du soleil ou une des étoiles jeunes de la nébuleuse dans laquelle s'est formée le Soleil[6].

Mike Brown et son équipe pensent que Sedna fut déplacé vers son orbite actuelle par une étoile de l'amas originel du Soleil car son aphélie, relativement faible (1 000 UA) par rapport à celui des comètes à longue période, n'est pas assez distant pour avoir été affecté par les étoiles s'approchant du Soleil de temps à autre compte tenu de la distance à laquelle elles passent. Ils estiment que l'orbite de Sedna est plus facilement explicable en supposant que le Soleil s'est formé dans un amas ouvert de quelques étoiles qui se sont éloignées les unes des autres au fur et à mesure du temps[6],[29],[30]. Cette hypothèse a également été avancée par Alessandro Morbidelli et Scott J. Kenyon[31],[32]. Des simulations informatiques menées par Julio A. Fernandez et Adrian Brunini suggèrent que plusieurs étoiles d'un tel amas passant à faible distance déplaceraient de nombreux objets sur des orbites similaires à celle de Sedna[6]. Une étude de Morbidelli et Hal Levison suggère que l'explication la plus probable à l'orbite de Sedna est qu'il a été perturbé par un proche passage (à environ 800 UA) d'une autre étoile qui se serait produit durant les 100 premiers millions d'années d'existence du Système solaire[31],[33].

L'hypothèse de l'existence d'une planète transneptunienne a été avancée sous différentes formes par un certain nombre d'astronomes, parmi lesquels Gomes et Patryk Lykawka. Dans un des scénarios, l'orbite de Sedna aurait été modifiée par un corps planétaire situé dans le nuage d'Oort intérieur. Des simulations récentes montrent que les caractéristiques orbitales de Sedna pourraient être expliquées par un objet de masse neptunienne situé à une distance inférieure ou égale à 2 000 UA, par un objet de masse jovienne à 5 000 UA ou par un objet de masse terrestre à 1 000 UA[30],[34]. Des simulations informatiques de Patryk Lykawka suggèrent que l'orbite de Sedna pourrait avoir été causée par un objet d'une taille proche de celle de la Terre qui aurait été éjecté vers l'extérieur par Neptune au début de la formation du Système solaire et qui serait actuellement situé dans une orbite allongée entre 80 et 170 UA du Soleil[35]. Les différentes campagnes de recherche de Mike Brown n'ont pas détecté d'objet de ce type à une distance inférieure à 100 UA. Il est cependant possible qu'un tel objet ait été éjecté hors du Système solaire après la formation du nuage d'Oort intérieur[36].

Certains scientifiques pensent que l'orbite de Sedna est due à l'influence d'un grand compagnon binaire du Soleil situé à des milliers d'unité astronomique. Un des compagnons possibles est Némésis, un compagnon hypothétique peu lumineux dont l'existence expliquerait la périodicité des extinctions massives de la Terre par des impacts cométaires, les impacts situés sur la Lune et les caractéristiques orbitales proches d'un certain nombre de comètes à longue période[34],[37]. Cependant, à ce jour (2010), aucune preuve directe de l'existence de Némésis n'a jamais été trouvée[38]. John J. Matese et Daniel P. Whitmire, des partisans de longue date de l'existence d'un grand compagnon au Soleil, ont suggéré qu'un objet ayant une masse d'environ cinq fois celle de Jupiter et situé à environ 7 850 UA du Soleil pourrait produire un corps ayant l'orbite de Sedna[39].

Morbidelli et Kenyon ont suggéré que Sedna pourrait avoir été formé dans un autre Système solaire, plus précisément autour d'une naine brune 20 fois moins massive que le Soleil, puis avoir été capturé par le Soleil lorsque les deux étoiles se sont croisées[31],[32].

  Population

  Les plus grands objets transneptuniens connus

En raison de son orbite très elliptique, la probabilité de détecter Sedna était d'environ une sur 60. En conséquence, à moins que sa découverte ne soit due à un coup de chance, entre 40 et 120 objets de la taille de Sedna pourraient exister dans cette région[3]. Un autre objet, 2000 CR105, se déplace sur une orbite similaire bien que moins extrême que celle de Sedna (périhélie à 44,3 UA, aphélie à 394 UA et période orbitale de 3 240 années) et pourrait avoir connu une évolution similaire à celle de Sedna[31].

L'orbite de Sedna peut être expliquée par différents mécanismes, chacun ayant des implications différentes sur la structure et la dynamique des populations d'objets similaires à Sedna. Si une planète transneptunienne est en cause, tous les objets de cette population auraient le même périhélie (~80 UA). Si Sedna a été capturé dans un autre Système solaire en rotation dans la même direction que le nôtre, tous les objets de cette population auraient de faibles inclinaisons et possèdent des demi-grand axes entre 100 et 500 UA. Si Sedna a été capturé dans un autre Système solaire en rotation dans la direction opposée au nôtre, deux populations se seraient formées, une avec de faibles inclinaisons et l'autre avec des inclinaisons élevées. Si des interactions gravitationnelles avec d'autres étoiles sont à l'origine de cette population, les objets de cette population présenteraient des périhélies et des inclinaisons très différents les uns des autres et qui dépendraient notamment du nombre et de l'angle de telles interactions[36].

Parvenir à observer un nombre important d'objets de cette population permettrait de trancher entre les différents scénarios[40]. « J'appelle Sedna un témoignage fossile du jeune Système solaire », affirme Brown en 2006. « Dans le futur, quand d'autres témoignages fossiles auront été trouvés, Sedna nous aidera à comprendre comment le Soleil s'est formé et le nombre d'étoiles dans son voisinage à ce moment-là »[Note 7],[5]. Une campagne d'observations menée en 2007-2008 par Brown, Rabinowitz et Megan Schwamb chercha à détecter un autre membre de la population hypothétique à laquelle appartient Sedna. Bien que les observations aient été sensibles à des mouvements aussi lointains que 1 000 UA et aient permis de découvrir 2007 OR10, aucun objet similaire à Sedna ne fut découvert[40]. De nouvelles simulations intégrant ces données suggèrent qu'il existe probablement environ 40 objets de la taille de Sedna dans cette région[40].

  Classification

Le Minor Planet Center, qui catalogue officiellement les objets du Système solaire, classe Sedna parmi les objets épars[41]. Cependant, ce classement est fortement contesté, et de nombreux astronomes suggèrent que Sedna et une poignée d'autres objets (par exemple 2000 CR105) soient placés au sein d'une nouvelle catégorie d'objets distants créée pour eux et qui s'appellerait disque des objets épars étendus (E-SDO)[42], objets détachés[43], objets détachés distants (DDO)[44] ou épars-étendus dans la classification formelle du Deep Ecliptic Survey[45].

La découverte de Sedna relança le débat sur la définition du terme planète. Le 15 mars 2004, des articles de presse grand public reportèrent la découverte d'une dixième planète. L'Union astronomique internationale adopta le 24 août 2006 une définition afin de trancher la question; celle-ci établit qu'une planète a nettoyé le voisinage de son orbite. Sedna a un paramètre de Stern-Levison Λ qui serait très inférieur à 1[Note 8] et par conséquent n'aurait pas nettoyé son orbite, bien qu'à ce jour (2010) aucun autre objet n'a été découvert dans son voisinage. Sedna aura le droit au titre de planète naine s'il est prouvé qu'il est en équilibre hydrostatique. Sedna n'est pas assez lumineux pour prouver que sa magnitude absolue est supérieure à +1, le seuil de luminosité minimale défini par l'UAI pour qu'un objet transneptunien soit qualifié de planète naine[46]. Cependant, Sedna est suffisamment lumineux pour que les scientifiques s'attendent à ce que ce soit une planète naine une fois que des mesures plus précises auront été effectuées[47].

  Exploration

Sedna atteindra son périhélie vers 2075-2076[Note 5]. Ce point fournit la meilleure opportunité d'étudier Sedna et ne se reproduira pas avant 12 000 ans. Bien que cité sur le site d'exploration du Système solaire de la NASA,[48], cette dernière n'envisage pas de mission à l'heure actuelle (en 2010)[49].

  Annexes

Sur les autres projets Wikimedia :

  Bibliographie

  • Alain Doressoundiram et Emmanuel Lellouch, Aux Confins du Système solaire, Paris, Belin, coll. « Pour la Science », juin 2008, 159 p. (ISBN 978-2-7011-4607-2) 

  Liens externes

  Notes et références

  Notes

  1. a et b En se basant sur les estimations de Mike Brown d'un diamètre de 1 200–1 600 km et en supposant que la densité de Sedna soit identique à celle de Pluton, soit 2,0 (<0,26 Éris)
  2. En 2010, Sedna est à 87,4 UA du Soleil (Source : AstDys (90377) Sedna Ephemerides sur Department of Mathematics, Université de Pise, Italie. Consulté le 2009-03-16); Éris, la plus grande des planètes naines, est actuellement plus loin du Soleil que Sedna, sachant qu'elle est plus proche de son aphélie, tandis que Sedna est plus proche de son périhélie. Sedna sera à nouveau la plus éloignée des planètes naines sphériques en 2114 (Source : JPL Horizons On-Line Ephemeris System, « Horizons Output for Sedna 2076/2114 »).
  3. a et b Plusieurs petits corps du Système solaire tels que 2010 EC46, 2006 SQ372, 2005 VX3, (87269) 2000 OO67, 2002 RN109 et 2007 TG422 ont des orbites plus longues. Mais seuls 2006 SQ372, (87269) 2000 OO67 et 2007 TG422 ont un périhélie situé au-delà de l'orbite de Jupiter. Par conséquent, l'appartenance ou non de la plupart de ces objets aux comètes est discutable.
  4. Traduction libre de : (en)« Our newly discovered object is the coldest most distant place known in the Solar System, so we feel it is appropriate to name it in honour of Sedna, the Inuit goddess of the sea, who is thought to live at the bottom of the frigid Arctic Ocean. »
  5. a et b Lowell DES époque J2000.0 du périhélie = 2479285.0598 = 13 décembre 2075 . Sedna effectuant une orbite complète en ~12 000 ans et n'ayant été observé que sur un arc correspondant à 20 ans (Source: JPL Small-Body Database Browser: 90377 Sedna (2003 VB12)) à l'aide d'images précédant sa découverte, différents programmes utilisant des jeux de données différents fournissent des dates légèrement différents pour le périhélie de Sedna. À l'heure actuelle (2010), le JPL Horizons On-Line Ephemeris System indique un périhélie à la date du 18 juillet 2076 (Source : JPL Horizons On-Line Ephemeris System, « Horizons Output for Sedna 2076/2114 »).
  6. En 2007, le télescope spatial Hubble n'a pas trouvé de candidat satellite, tout du moins, pas de plus 500 fois moins brillant que Sedna (Source : Michael E. Brown, The Solar System Beyond Neptune, University of Arizona press, p. 335–345).
  7. Traduction libre de : (en)« I call Sedna a fossil record of the earliest Solar System. Eventually, when other fossil records are found, Sedna will help tell us how the Sun formed and the number of stars that were close to the Sun when it formed. »
  8. Le paramètre Stern-Levison (Λ) défini par Alan Stern et Harold F. Levison en 2002 détermine si un objet a/va nettoyé les petits corps du voisinage de son orbite. Il est défini comme le rapport du carré de la fraction de la masse de l'objet sur celle du soleil divisé par son demi-grand axe à la puissance 32, le tout multiplié par la constante 1.7×1016 (Source : S. Alan Stern et Harold F. Levison, « Regarding the criteria for planethood and proposed planetary classification schemes », dans Highlights of Astronomy, vol. 12, 2002, p. 205–213, as presented at the XXIVth General Assembly of the IAU–2000 [Manchester, UK, 7–18 August 2000] [texte intégral [PDF]]  (voir équation 4)). Si le paramètre Λ d'un objet est supérieur à 1, alors cet objet a/va nettoyé son voisinage, et est potentiellement éligible au statut de planète. En se basant sur une estimation très incertaine de la masse de Sedna a 7×1021 kg, le paramètre Λ de Sedna est (7×1021/1.9891×1030)2 / 5193/2 × 1.7×1016 = 1.8×10-5. Ce résultat est très inférieur à 1, et par conséquent, ne serait pas éligible au statut de planète selon ce critère.

  Références

  1. (en) Case of Sedna's Missing Moon Solved sur Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics, 2005-04-05. Consulté le 2005-04-07
  2. (en) Stephen C. Tegler, « Kuiper Belt Object Magnitudes and Surface Colors » sur Northern Arizona University, 2006-01-26. Consulté le 2006-11-05
  3. a, b, c, d et e (en) Michael E. Brown, The Solar System Beyond Neptune, University of Arizona press, 335–345 p. (ISBN 0-8165-2755-5) [lire en ligne] [PDF]
  4. (en) Discovery Circumstances: Numbered Minor Planets (90001)–(95000) sur IAU: Minor Planet Center. Consulté le 2008-07-23
  5. a et b Cal Fussman, « The Man Who Finds Planets », Discover, 2006. Consulté le 2010-05-22
  6. a, b, c, d et e (en) Mike Brown, David Rabinowitz et Chad Trujillo, « Discovery of a Candidate Inner Oort Cloud Planetoid », dans Astrophysical Journal, vol. 617, no 1, 2004, p. 645–649 [lien DOI] , Texte en accès libre sur arXiv : astro-ph.
  7. a, b, c et d Sedna auteur=Mike Brown, Caltech. Consulté le 2010-07-20
  8. a et b MPEC 2004-S73 : Editorial Notice, IAU Minor Planet Center, 2004. Consulté le 2010-07-18
  9. (en) Duncan Walker, « How do planets get their names? » sur BBC News. Mis en ligne le 16 mars 2004, consulté le 2010-05-22
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