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Le classement alphabétique ne doit pas être confondu avec le simple ordre alphabétique.
Le classement alphabétique révolutionna l'activité commerciale en Occident. Il devint possible avec lui de travailler avec des listes de plusieurs centaines – voire milliers – de noms de clients, articles, fournisseurs, villes, sous-traitants, créanciers, débiteurs et correspondants divers sans plus de difficulté de recherche que sur une liste désordonnée d'une vingtaine de noms. Son efficacité allait être multipliée avec l'invention de l'imprimerie vers 1450, débouchant à terme sur la multiplication d'annuaires, lexiques et dictionnaires - de consultation désormais rapide quelle que soit leur taille. À la classique table des matières pourra s'ajouter grâce à lui un outil de recherche nouveau et très efficace : l'index.
Sommaire |
Fait notable : un dictionnaire arabe utilisant lui-même l'ordre alphabétique fut retrouvé, mais cette expérience n'eut en fin de compte pas de lendemain.[réf. nécessaire]
Les documents archéologiques semblent indiquer que les lettres des différents alphabets ont toujours été enseignées dans un même ordre – propre à chaque alphabet –, peut-être pour des raisons mnémotechniques. L'ordre des lettres établi par l'alphabet linéaire et l'alphabet phénicien, par exemple, a été plus ou moins conservé par les alphabets qui en sont dérivés.
L'ordre alphabétique appliqué au classement des mots est un tout autre concept et son utilisation n'est pas évidente, même lorsque le classement des lettres d'un alphabet fait l'objet d'un consensus.
Les écritures alphabétiques, syllabiques ou alphasyllabiques du monde dotées d'une histoire ancienne ont toutes établi un classement de leurs graphèmes, tâche facilitée par le nombre réduit de signes. Les écritures logographiques, quant à elles, devant le nombre important de caractères, n'ont pu suivre de règles simples. On trouve ainsi de nombreuses manières de classer les sinogrammes (cf. Dictionnaires de sinogrammes).
Le premier ordre alphabétique, déjà très proche du nôtre, est attesté à la fin de l'âge du bronze, avec le premier alphabet sémitique, celui d'Ougarit, un abjad cunéiforme. Il s'est poursuivi dans un autre abjad sans lien pour la forme mais lié linguistiquement, celui du phénicien, d'où sont issus les principaux alphabets actuels : alphabet grec et ses avatars (alphabet gotique, cyrillique, latin en passant par l'étrusque), mais aussi alphabet araméen, syriaque, hébreu, arabe, etc.
C'est celui qui, à la base de la gematria, est désigné par le terme d'« ordre levantin », dans lequel on retrouve, souvent dissimulé par les évolutions propres à l'histoire de chaque alphabet et aux modifications qu'on a dû leur apporter pour les rendre aptes à noter la langue voulue (modifications « aggravées » par le fait que les alphabets ont pu se transmettre via des langues très éloignées phonétiquement), le classement traditionnel (notation API) /ʔ/ (coup de glotte, remplacé par /a/ à partir du grec), /b/, /g/ (devenu /k/ noté par c dès le latin), /d/, /h/ (devenu /e/ à partir du grec), /w/ (devenu /f/ à partir du latin, issu du digamma grec), /z/ (remplacé par /g/ puis rejeté en fin d'alphabet à partir du latin), etc.
Certains alphabets ont même été entièrement réordonnés pour des raisons graphiques afin d'en faciliter l'apprentissage, comme l'alphabet arabe (cf. aussi Histoire de l'alphabet arabe et Numération arabe, l'ordre originel réapparaissant dans la numération). Pour ces écritures, cependant, le choix d'un ordre alphabétique cohérent est toujours resté une priorité. Ainsi, l'insertion de la nouvelle lettre G /g/ latine ─ issue d'un C /k/ modifié (lettre provenant elle-même du Γ /g/ gamma grec prononcé /k/ par les Étrusques) ─ s'est faite sans altérer l'ordre alphabétique : la nouvelle lettre a en effet remplacé un Z inutile en latin, lequel, cependant, a été réintroduit plus tard à la fin de l'alphabet quand il s'est avéré nécessaire de noter des mots grecs, à la suite du Y, autre lettre reprise aux Grecs.
Outre l'ordre levantin, il en existe un autre, pour les écritures dérivées de l'alphabet linéaire, dit ordre sudarabique, lui aussi ancien mais plus limité dans ses représentations. Attesté en sudarabique (et dans quelques tablettes en ougaritique trouvées hors d'Ougarit, comme celle de Beth Šemeš), il s'est transmis au syllabaire éthiopien, qui en découle.
Ses premiers rangs sont les suivants (en transcription des langues sémitiques) : h, l, ḥ, m, q, w, š, r, etc.
En Inde, et à la suite dans tous les alphasyllabaires dérivés de la brāhmī (devanāgarī, et autres écritures de l'Inde, alphabet tibétain, thaï, etc.) ou qui en sont inspirés (comme, plus lointainement et après de nombreuses réfections, les kanas japonais), le classement est entièrement revu : il se fait de manière rationnelle, les graphèmes étant classés en rangées selon leur point d'articulation, d'abord les occlusives notant des phonèmes prononcés au fond de la gorge en premier puis en remontant petit à petit vers les articulations labiales puis, enfin, en dernier rang des les sonantes, les sifflantes et les dernières fricatives. Dans chaque rangée, on trouve d'abord la consonne sourde puis la sourde aspirée, la sonore, la sonore aspirée puis la nasale. Les voyelles sont classées à part, souvent en tête de liste. Il est évident que, de la même manière que pour l'ordre levantin, de nombreuses réorganisations ont pris place, selon les langues.
Voici par exemple les premiers rangs consonantiques de la devanāgarī (en transcription des langues indiennes) : k, kh, g, gh, ṅ, c, ch, j, jh, ñ, ṭ, ṭh, ḍ, ḍh, ṇ, etc.
Il est possible que la nécessité d'un ordre alphabétique n'apparaisse que lorsque l'on a quelque chose à ordonner. Il semblerait, par exemple, que l'ordre alphabétique ait commencé à être employé pour les alphabets latin et grec par les savants d'Alexandrie[1]. Par exemple, le « Recueil des mots qui se trouvent dans Hippocrate », attribué à Érotianus, utilise l'ordre alphabétique mais pas cependant de manière rigoureuse.
Concernant l'Europe, l'ordre qui a semble-t-il prévalu jusqu'au milieu du Moyen Âge était le classement thématique, probablement pour des raisons religieuses (la Bible utilise un tel système). L'usage de l'ordre alphabétique, progressif, est peut-être lié à une modification de la façon de concevoir et d'organiser le monde à cette époque[2]. L'invention de l'imprimerie donnera finalement un coup d'accélérateur à un tel usage.
De fait, les dictionnaires et les lexiques ont vraisemblablement été les premiers ouvrages en alphabet latin à utiliser l'ordre alphabétique. Donald Knuth[3] mentionne un dictionnaire datant du début de la Renaissance, indiquant que l'ouvrage contient beaucoup d'erreurs de classement des mots à son début et bien moins à la fin, ce qui suggère que l'auteur a lui-même dû se familiariser lentement avec son propre système.
Le principe fondamental consiste à comparer deux mots, caractère par caractère.
Si les n premiers caractères sont identiques, on prend le suivant. Si le n-ième caractère diffère, l'ordre est établi. Au-delà de la dernière lettre de l'un des deux mots, le mot le plus court est considéré comme venant en premier.
Il convient donc pour classer correctement de connaître :
Un classement manuel est une opération dont le temps en fonction du nombre d'ouvrages est en O(N²). Comme dans une bibliothèque moyenne l'ordre de grandeur de N va typiquement de 10 000 à 100 000, les bibliothécaires associent à chaque ouvrage un code de 3 lettres (qui sont en général les trois premières de son titre), et n'ont ainsi à trier entre eux que les livres de trigramme identique, qui se réduisent pour la plupart à moins d'une centaine. La rapidité de l'opération en est ainsi considérablement augmentée, même s'il faut traiter un ou deux milliers de trigrammes.
Cette opération permet aussi de reclasser en permanence les livres pendant les heures de fonctionnement de la bibliothèque, y compris par plusieurs personnes en même temps, trigramme par trigramme à la fois.
La ligature œ (ou e dans l'o) est à considérer en français comme un o suivi d'un e (deux caractères) pour le classement alphabétique, alors que oe et œ ont deux rôles entièrement distincts en français :
En première analyse, les caractères accentués, de même que les majuscules, ont le même rang alphabétique que le caractère fondamental :
Si plusieurs mots ont le même rang alphabétique, on tâche de les distinguer entre eux grâce aux majuscules et aux accents (pour le e, on a l'ordre e, é, è, ê, ë) :
Ce double classement (sans puis avec les accents) donne au final :
La comparaison des caractères accentués se fait alors à l'envers en commençant par la dernière lettre :
Le classement alphabétique offre une méthode systématique de recherche d'un mot dans une énumération. Ceci est particulièrement adapté aux dictionnaires, classements de noms ou de catégories, annuaires, index et répertoires.
Un reproche possible au classement alphabétique est qu'il ne tient pas compte du sens des mots ou expressions qu'il range. Des notions ou des éléments sans point commun se retrouvent juxtaposés, et au contraire, des éléments concernant un même sujet se retrouvent éparpillés. Par exemple, en ouvrant au hasard un dictionnaire, on trouve ronin, ronron et Ronsard. Si l'on avait souhaité une proximité de sens, le premier aurait pu être placé avec samouraï ou au moins Japon, le second à proximité de chat et le dernier avec poésie ou bien la Pléiade. En contrepartie, toutefois, celui qui ne connaît pas au départ le sens d'un mot (et c'est bien à cette fin qu'on utilise souvent un dictionnaire) risquerait de ne plus savoir à quel endroit le chercher !
Les inconvénients cités n'ont pas la moindre importance en ce qui concerne les listes de patronymes à caractère commercial, financier, administratif ou fiscal. L'ordre alphabétique est donc utilisé dans leur cas.
Le classement des encyclopédies, pour sa part, reste en général organisé par thème, afin d'éviter des feuilletages incessants au lecteur qui cherche à approfondir un sujet. Ces thèmes sont cependant classés eux-mêmes par ordre alphabétique. Le lecteur pallie la difficulté de savoir où se documenter sur mot dont le sens lui est inconnu en utilisant, en complément, un dictionnaire.
Parmi les langues utilisant l'alphabet latin, l'ordre alphabétique peut différer :
Pour des raisons d'habitudes, d'ancienneté du principe, ou de facilité de mise en œuvre, de nombreux développeurs de logiciels utilisent ou ont utilisé le classement selon l’ordre des codes dans le codage de caractères utilisé (par exemple ASCII ou UTF-8), nommé ordre lexicographique. Ce classement coïncide avec le classement alphabétique pour les mots contenant uniquement des lettres sans diacritique et toutes en majuscule (ou en minuscules), mais donne un résultat généralement incorrect dès qu’il y a des diacritiques, des espaces, des signes de ponctuations ou un mélange de lettres capitales et minuscules (ce dernier point est toutefois facilement résolu en convertissant tout en capitale).