| Jean Lefebvre de Cheverus | ||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
![]() Jean Lefebvre de Cheverus par Gilbert Stuart |
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| Biographie | ||||||||
| Naissance | 28 janvier 1768 à Mayenne (France) |
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| Ordination sacerdotale |
18 décembre 1790 | |||||||
| Décès | 19 juillet 1836 à Bordeaux (France) |
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| Cardinal de l'Église catholique | ||||||||
| Créé cardinal |
1er février 1836 par le pape Grégoire XVI |
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| Titre cardinalice | Cardinal-prêtre de la Sainte-Trinité-des-Monts |
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| Évêque de l'Église catholique | ||||||||
| Consécration épiscopale |
1er novembre 1810 par Mgr John Carroll |
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| Dernier titre ou fonction | Archevêque de Bordeaux (France) | |||||||
| Archevêque de Bordeaux (France) | ||||||||
| 30 juillet 1826 - 19 juillet 1836 | ||||||||
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| Évêque de Montauban (France) | ||||||||
| 13 janvier 1823 - 30 juillet 1826 | ||||||||
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| Évêque de Boston (Massachusetts, États-Unis) | ||||||||
| 8 avril 1808 - 13 janvier 1823 | ||||||||
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| (en) Notice sur catholic-hierarchy.org | ||||||||
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Jean Lefebvre de Cheverus, de son nom complet : Jean-Louis-Anne-Magdeleine Lefebvre de Cheverus, né le 28 janvier 1768 à Mayenne et mort le 19 juillet 1836 à Bordeaux, est un cardinal français, archevêque de Bordeaux.
Son ascendance provient de la famille Lefebvre, une ancienne famille de magistrature établie en Mayenne[1]. Son père, Jean-Vincent de Cheverus[2] était juge général civil et de police à la barre ducale de Mayenne[3] Il est l'oncle de Mgr de La Massonnais. Il effectue ses études jusqu'à la quatrième au collège de Mayenne.
Il reçoit la tonsure en 1780[4], où il devient prieur de Torbéchet[5] malgré son jeune âge. Il continue ses études littéraires à Paris avec distinction au collège Louis-le-Grand à Paris en 1781. S'étant destiné à l'état ecclésiastique, il étudia la théologie au séminaire de Saint-Magloire, tenu par les oratoriens, et s'y lia avec l'abbé de Maccarthy, qui était du même âge et qui, se fit tant de réputation dans la chaire. Jacques-André Émery, supérieur général de la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice voulut lui offrir une place gratuite dans son séminaire ; mais le jeune de Cheverus était trop attaché aux directeurs de Saint-Magloire pour les quitter : la reconnaissance l'empêcha d'accepter.
Il est ordonné diacre en octobre 1790[6], et n'avait pas vingt-trois ans lorsqu'il fut ordonné prêtre, le 18 décembre 1790 par dispense spéciale[7], à la dernière ordination publique qui se soit, faite à Paris avant la Révolution française, le 18 décembre 1790.
Déjà les biens du clergé étaient envahis, la constitution civile du clergé décrétée, le serment prescrit à tous les ecclésiastiques, sous peine de déchéance ; le jeune prêtre retourna dans son diocèse[8].
Son oncle, curé de Mayenne, alors infirme et paralytique, le demanda comme coopérateur sous le titre de vicaire ; l'évêque du Mans le nomma en même temps chanoine de sa cathédrale. Il refusa le serment le 12 février 1791, exerça son ministère en secret. Sa prudence déjà connue et appréciée avait porté l'évêque du Mans à lui donner des pouvoirs de grand vicaire. À la mort du curé de Notre-Dame de Mayenne, 24 janvier 1792, l'évêque donne à son neveu les pouvoirs de curé et de vicaire général.
Obligé de quitter Mayenne au printemps de 1792, ainsi que tous les ecclésiastiques insermentés du département, il eut ordre de se rendre à Laval, où il dut être en surveillance et se présenter chaque jour aux autorités. Urbain-René de Hercé, évêque de Dol, était à leur tête. Le décret du 26 août 1792 condamna à la déportation les prêtres insermentés. On donna à ceux de Laval des passeports pour se rendre en pays étrangers ; Cheverus en prit un pour la Grande-Bretagne, et passa par Paris, où il arriva au moment des massacres de septembre. Il se cacha pendant ces journées, et partit bientôt pour la Grande-Bretagne[9], sans connaître la langue de ce pays, et n'ayant pour toutes ressources que 500 francs.
Le gouvernement britannique accordait alors des secours aux prêtres français réfugiés[10] ; Cheverus ne voulut pas en profiter, et il réussit à pourvoir lui-même à ses besoins, en se plaçant comme professeur de français et de mathématiques chez un ministre protestant qui tenait une pension. Au bout d'un an, il sut assez l'anglais pour se charger du service d'une chapelle catholique[11] et y faire des instructions[12]. En même temps, on lui proposa de se mettre à la tête d'un collège à Cayenne.
Heureusement il crut ne pas devoir accepter[13]. En 1795, l'abbé François-Antoine Matignon, ancien docteur et professeur de Sorbonne, l'appela en Amérique (Nouvelle-Angleterre), où son zèle, ses vertus pourraient se déployer sur un plus grand théâtre.
À son arrivée à Boston, le 3 octobre 1796], l'abbé de Cheverus trouvait un champ immense ouvert à son zèle[14] Les esprits, divisés en plusieurs sectes religieuses, n'étaient pas favorable à ce qu'ils appelaient le papisme[15].
L'abbé de Cheverus s'appliquait aux études qui étaient le plus en honneur à Boston[16]
Mgr John Carroll, évêque de Baltimore, informé de tant de vertus et de talents, lui proposa la cure de Sainte-Marie, à Philadelphie ; mais il ne pouvait quitter Matignon, qui l'avait appelé de Grande-Bretagne. Bientôt il se livra avec un nouveau zèle à ses, travaux évangéliques, en visitant les catholiques des environs de Boston, qui n'avaient point de prêtres, et passant jusqu'à deux ou trois mois chez les Indiens de Passamaquoddy et de Penobscot[17].
Après avoir passé trois mois au milieu de ce peuple, l'abbé de Cheverus repartit pour Boston. La fièvre jaune s'était déclarée dans cette ville (1798), et déjà de nombreuses victimes avaient succombé[18].
Le nombre des fidèles s'accrut bientôt à Boston : les protestants eux-mêmes désiraient entendre les prédications et assister aux cérémonies si touchantes de l'Église romaine. L'abbé de Cheverus ouvrit donc une souscription pour bâtir une église dans cette ville. Le premier des souscripteurs fut le président des États-Unis, John Adams. Bientôt la souscription fut couverte des noms les plus honorables, tant protestants que catholiques. L'abbé de Cheverus éleva les mûrs jusqu'à la concurrence des sommes déposées entre ses mains ; mais, ces fonds épuisés, il arrêta tous les travaux, et jamais ils ne furent repris et continues qu'en proportion des fonds qu'il avait reçus. La dédicace s'en fit le 29 septembre 1803, avec une pompe qui produisit les plus heureuses impressions. Parmi les conquêtes qu'il fit alors au catholicisme, il faut citer la dame Elizabeth Ann Seton, fondatrice, dans la suite de la première communauté de femmes des États-Unis.
Après le concordat de 1801, sa famille et ses amis de France le pressaient de revenir dans sa patrie avec tous les prêtres exilés, il fut un moment près de céder à leurs instances, mais les besoins des catholiques de Boston, son attachement pour l'abbé Matignon et les raisons que lui donna Mgr Carroll, dans une lettre du 9 avril le décidèrent à rester[19].
Pendant qu'il se livrait aux travaux de son ministère, on lui adressa, des prisons de Northampton, une lettre qui l'appelait à la plus pénible de toutes les fonctions ecclésiastiques, Deux Irlandais catholiques, condamnés à mort pour un crime qu'ils n'avaient pas commis, lui écrivirent afin de réclamer l'assistance de son ministère. L'abbé de Cheverus accourt, les console, et trouve les moyens d'adoucir ce que ce dernier moment a d'horrible. C'est la coutume aux États-Unis de conduire le condamné au temple pour qu'il y entende un discours funèbre immédiatement avant l'exécution[20].
En 1808, Mgr Carroll demanda l'érection de quatre nouveaux sièges, dont un serait à Boston pour toute la Nouvelle-Angleterre. Il avait d'abord proposé l'abbé Matignon, qui, par son âge et sa réputation, semblait avoir des droits à cette préférence. Mais le docteur, sans en prévenir son ami, dont il connaissait la modestie, fit tomber sur celui-ci ce choix honorable. Le 8 avril 1808, Pie VII donna le bref qui établissait quatre nouveaux évêchés. Un des nouveaux évêques, le P. Concanen, évêque de New York, devait porter les bulles ; mais comme il mourut à Naples avant d'avoir pu se rendre dans son diocèse, les bulles n'arrivèrent aux États-Unis qu'en 1810.
L'abbé de Cheverus fut sacré à Baltimore le 1er novembre 1810, et l'abbé Matignon, son maître et son guide, s'honora d'être son aide et son second[21]. Évêque comme missionnaire, il continuait les plus pénibles fonctions de son ministère, confessant, catéchisant, visitant les pauvres et les malades, ne craignant pas d'aller, en toutes saisons, à toutes les heures du jour et de la nuit, porter à plusieurs milles de distance ses aumônes.
Deux ou trois traits qu'on lit dans sa vie prouvent mieux comment l'évêque de Boston portait les vertus évangéliques[22].
Au milieu de ses actes de charité, M. de Cheverus savait repousser les attaques des protestants contre la foi catholique. Il avait même recours quelquefois aux feuilles publiques pour confondre l'erreur ou dissiper les préventions, et il est permis de croire que les journalistes se félicitèrent d'avoir un tel confrère[23]. Quelquefois M. de Cheverus traduisait et lisait en chaire les plus beaux passages du Génie du Christianisme.
Le 19 septembre 1818, il perdit l'abbé Matignon. Ses occupations s'en accrurent, et sa santé même en fut altérée. L'Église de France devait envier aux États-Unis un de ses enfants qui lui faisait tant d'honneur, et dont elle pouvait espérer tant d'utiles services. Jean-Guillaume Hyde de Neuville, qui avait été témoin des travaux de M. de Cheverus et de son état de souffrance, avait engagé Louis XVIII à le rappeler et à le rendre au royaume auquel il appartenait par sa naissance.
Le 15 janvier 1825, le prélat fut nommé à l'évêché de Montauban. Il fut blâmé, à cette époque, même par des hommes religieux d'avoir quitté un poste où il faisait tant de bien, et où son influence pouvait être encore si salutaire[24].
Les habitants de Boston et plus de deux cents protestants des principaux de la ville y joignirent leurs instances et leurs réclamations[25]. Le roi n'accepta pas son refus, et chargea son grand aumônier d'insister avec force pour un prompt retour[26].
Après, ces diverses circonstances, l'évêque décida de rentrer dans sa patrie[27]. Enfin il quitta la ville au milieu des adieux : plus de quarante voitures l'attendaient à la porte pour lui faire cortège, et l'accompagnèrent plusieurs lieues sur la route de New York, où il s'embarqua à bord du Paris, le 1er octobre 1823. La navigation fut d'abord heureuse ; mais à l'entrée de la Manche, le bâtiment, surpris par une tempête, fut obligé de s'échouer au cap de la Hague. L'évêque fut accueilli chez le curé d'Auderville, et, le lendemain, il officia à la grande messe et prêcha à vêpres. Le clergé des environs vint le saluer.
Il se rendit à Cherbourg, et de là à Paris, où il retrouva plusieurs de ses anciennes connaissances. Sa famille l'attendait avec impatience ; il visita tous ses parents, prêcha à Mayenne, et à Laval.
Il s'attendait à recevoir ses bulles à chaque instant, lorsqu'une nouvelle difficulté vint en suspendre l'exécution : on prétendit qu'ayant été naturalisé Américain, absent de France depuis plus de trente ans, il ne pouvait plus être réputé Français, ni, par conséquent, promu à un siège dans le royaume[28]. Les bulles furent enregistrées sur-le-champ, et remises le soir même à l'évêque, reconnu enfin pour Français.
Son entrée à Montauban, le 28 juillet 1824, fut marquée par d'éclatants témoignages de joie et de respect. Les autorités, les catholiques, les protestants, rivalisèrent d'empressements et d'égards. Les ministres protestants vinrent le saluer[29].
Bientôt la France apprit le dévouement de l'évêque, lorsqu'on 1825, le Tarn débordé envahit les deux principaux faubourgs de Montauban. À la première nouvelle du désastre, le prélat accourt sur les lieux, se porte partout où il y a du danger, fait préparer des barques pour ceux qui sont près de périr[30].
Charles X, instruit de la conduite de M. de Cheverus, et des sacrifices qu'il avait faits dans cette circonstance, lui envoya 5 000 francs qui lui furent transmis avec une lettre du ministre, l'évêque d'Hermopolis. Cette somme fut aussitôt distribuée aux pauvres. En arrivant à Montauban, il s'était chargé de faire lui-même le prône tous les dimanches à la messe paroissiale[31].
Son ministère, marqué par de nombreuses conversions, fut de courte durée à Montauban.
Charles François d’Aviau du Bois de Sansay, archevêque de Bordeaux, mourut le 11 juillet 1826, laissant de longs regrets dans son diocèse ; M. de Cheverus fut choisi le 30 par ordonnance royale, comme le seul digne de le remplacer.
Peu de temps après, Charles X le fit pair de France. Après un court séjour à Mayenne où il prêcha à Notre-Dame, à la Visitation, à l'hôpital, il alla au Mans recevoir le pallium des mains de Mgr de la Myre, et repartit le lendemain pour sa ville épiscopale. Cheverus arriva à Bordeaux le 14 décembre[32].
Il créa une caisse de retraite ecclésiastique, établit les conférences diocésaines, publia un nouveau rituel, fonda ou encouragea par ses aumônes l'œuvre des bons livres, celle de la Miséricorde, des Orphelins de Lorette, des Petits Savoyards, de la Sainte Famille.
Dans les divers voyages qu'il était obligé défaire à Paris, comme pair de France, il eut l'occasion de prêcher souvent. Invité à parler le vendredi saint devant l'École polytechnique, on craignît beaucoup qu'il ne pût se faire écouter. Le duc de Rohan, Louis François Auguste de Rohan-Chabot, archevêque de Besançon, y avait échoué l'année précédente : les élèves, par leur tumulte, l'avaient forcé à descendre de chaire[33]. Il accueillait ses prêtres avec bonté quand ils venaient à Bordeaux, et c'eût été le fâcher que de ne pas s'asseoir à sa table.
La vie politique ne fut pas toujours aussi heureuse ni aussi universellement acclamée[34].
Dans une circonstance grave, l'archevêque de Bordeaux parut divisé d'opinion avec ses collègues ; c'était au sujet des ordonnances du 16 juin 1828, M. de Cheverus, qui n'approuvait pas les ordonnances, ne fut pas cependant d'avis d'adopter le mémoire présenté alors au roi par le cardinal de Clermont-Tonnerre, au nom de l'épiscopat. Il paraît qu'il trouvait quelques expressions de ce mémoire trop vives et trop fortes.
Cette même année, il fut fait conseiller d'État, autorisé à prendre part aux délibérations du conseil et aux travaux des comités divers dont il se compose. En 1830, le roi le nomma commandeur de l'ordre du Saint-Esprit [35]
Au milieu des troubles qui agitèrent la France, deux mois après, son diocèse n'éprouva point de ces secousses violentes qui forcèrent des prélats et des curés à s'éloigner : le nouveau gouvernement eut d'abord l'idée de demander aux prêtres responsables, comme aux fonctionnaires publics, le serment de fidélité. Dès le premier avis qu'en eut l'archevêque de Bordeaux, il s'empressa d'écrire à un personnage puissant, lui fit sentir que cette mesure serait également impolitique et désastreuse, et qu'il s'ensuivrait une division semblable à celle des prêtres jureurs et des prêtres insermentés de la première révolution. Sa lettre eut effet, et on ne songea plus à demander le serment. On sait qu'après la révolution de 1830, la chambre des députés priva de la pairie ceux qui l'avaient reçue de Charles X.
Plusieurs membres du gouvernement eurent le désir de réintégrer l'archevêque de Bordeaux dans sa dignité de pair de France, et de l'associer au nouvel ordre de choses. Il paraît même que les députés de la Gironde sollicitaient pour lui avec instances les faveurs du pouvoir, lorsque l'archevêque voulut arrêter, d'un seul coup, toutes les tentatives, en faisant publier dans les journaux une note[36] Cette déclaration déplut également aux amis et aux ennemis du gouvernement. Pendant la captivité de la duchesse de Berry dans la citadelle de Blaye, il sollicita d'aller lui porter les consolations de son ministère, ne dissimulant pas ses sentiments pour Charles X[37]. Au reste, la plus parfaite intelligence régnait entre les autorités et lui[38].
Lors de l'invasion du choléra, il offrit son palais aux malades, et, au-dessus de la porte, on inscrivit ces glorieuses paroles : Maison de secours. Un bruit sourd d'empoisonnement ayant circulé parmi le peuple les autorités s'adressèrent à l'archevêque pour faire tomber ces bruits, et bientôt on eut honte de les avoir accueillis ou répétés. Il apaisa aussi une sédition au dépôt de mendicité, et prévint une révolte au fort du Ham.
Dès 1832, il avait été question de lui pour un des chapeaux vacants ; mais l'occupation d'Ancône retarda la présentation. Enfin, le 1er février 1836, le pape déclara le prélat cardinal de la Trinité de Monte-Pincio. Il reçut la barrette le 9 mars. Croyant le moment favorable, il sollicita alors une grâce, la délivrance de Pierre-Denis, Comte de Peyronnet, son diocésain, et celle de ses compagnons d'infortune. Le roi Louis-Philippe Ier lui protesta de sa bonne volonté et de ses intentions bienveillantes mais tout s'arrêta là pour le moment.
Nommé cardinal, M. de Cheverus ne fut point ébloui, on le croira facilement, par cette éminente dignité. Au milieu de tant d'honneurs, il était profondément triste.
« Qu'importé, disait-il, d'être enveloppé après la mort, d'un suaire rouge, violet ou noir ? »
Après avoir passé quelques jours à Mayenne en mars 1836[39], il partit pour retourner à Bordeaux, où on lui fit une réception magnifique. Il était aussi vivement sollicité de visiter son ancien diocèse de Montauban, et il y alla passer quelques jours. Sa présence y excita un véritable enthousiasme, que les protestants eux-mêmes semblaient partager.
Le jour de la Pentecôte, il promulgua dans sa métropole de nouveaux statuts synodaux depuis longtemps attendus. Ce fut le dernier acte administratif du cardinal de Cheverus. Mais, depuis quelque temps, le prélat avait le pressentiment de sa mort[40].
Le cardinal de Cheverus tomba malade au mois de juillet 1836, et il éprouva une perturbation d'idées, une absence de mémoire qui effrayèrent tous ses amis, et lui firent juger à lui-même que sa fin était proche. Il ne songea qu'à se préparer à son dernier passage, ajouta un codicille à son testament, se confessa encore le 15, et le lendemain, à cinq heures du matin, frappé d'une attaque d'apoplexie et de paralysie, il perdit toute connaissance. II expira le 19, le jour même où l'Église célèbre la fête de Saint Vincent de Paul, dont il avait, sous tant de rapports, reproduit les vertus.
L'évêque de La Rochelle prononça son oraison funèbre, qui n'a pas été imprimée. M. Villenave lut, le 17 avril 1837, à la séance publique de la Société de la morale chrétienne, dont il est vice-président, un éloge touchant du cardinal de Cheverus, qui fut vivement applaudi.
Un buste (œuvre de David d'Angers) à son effigie est inaugurée à Mayenne le 8 août 1844 en présence des évêques du Mans et de Périgueux, de Mgr Georges, neveu du cardinal, et des autorités départementales[41].
Un vaisseau fut baptisé en 1855 du nom de Cardinal de Cheverus.
La première biographie du cardinal de Cheverus est due à l'abbé Hamon. Sa première édition date de 1837 et l'abbé Hamon la publia en prenant pour pseudonyme le nom de sa mère: Huen-Dubourg.
Louis-Gabriel Michaud écrit en 1854 : "Il existe une Vie du cardinal de Cheverus, archevêque de Bordeaux, 1 vol. in-8°. Cet ouvrage porte le nom de M. J. Huen-Dubourg, ancien professeur de théologie, mais il est de M. Hamon, grand vicaire et supérieur du séminaire de Bordeaux. Il a eu trois éditions et a été traduit deux fois en anglais, d'abord à Philadelphie, par M. Walsh, auteur catholique et écrivain distingué ; ensuite, à Boston, par M. Stewart, auteur protestant. [42]"
L'Académie française a décerné à la Vie du cardinal de Cheverus de l'abbé Hamon un prix Montyon, sur le rapport de M. Abel-François Villemain, secrétaire perpétuel de l'Académie.
Cet ouvrage fera l'objet de nombreuses rééditions, la plus récente datant de 2010 :
Le sermon prononcé lors de la consécration de M. de Cheverus évêque de Boston a aussi été publié :
Plusieurs biographies paraitront plus tard :
« Le peu que je possède me suffira jusqu'à ce que je sache un peu la langue anglaise, et une fois que je la saurai, je pourrai gagner ma vie, ne fût-ce qu'en travaillant des mains. »
Jusque dans les dernières années de sa vie, Cheverus aimait à rappeler cette réponse à ses prêtres.« Votre sermon, répondît naïvement cet homme simple, n'était pas connue les autres, il n'y avait pas un seul mot de dictionnaire, tous les mots se comprenaient tout seuls. »
Ici c'est un pasteur protestant qui désire attirer dans son parti l'abbé de Cheverus et son digne ami qui, après une conférence où il leur fait part de ses objections et entend leurs réponses, s'écrie :« Je ne croyais pas qu'un ministre de votre religion pût être un homme de bien ; je viens vous faire réparation d'honneur ; je vous déclare que je vous estime et vénère comme le plus vertueux que j'aie connu. »
Ailleurs, frappé de l'estime et de la vénération que M. de Cheverus et M. de Matignon s'étaient conciliées par leurs vertus, le même journal fait cette réflexion dont personne ne contestera la justesse :« Ces hommes sont si savants, qu'il n'y a pas moyen d'argumenter avec eux ; leur vie est si pure et si évangélique, qu'il n'y a rien à leur reprocher. »
« En voyant de tels hommes, qui peut douter s'il est permis à la nature humaine d'approcher de la perfection de l'Homme-Dieu et de l'imiter de très près ? »
II était aussi très connaisseur dans la littérature française, grecque et latine ; tous les jours il rafraîchissait sa mémoire par la lecture des auteurs classiques.« qu'il était devenu le maître des difficultés de la langue : c'était lui qui en connaissait le mieux les arrangements, les constructions et les étymologies. »
« II partit sous la conduite d'un guide, à pied, le bâton à la main, comme les premiers prédicateurs de l'Évangile. Jamais il n'avait fait encore pareille route ; il fallait tout le courage d'un apôtre pour en supporter les peines. Une sombre forêt, aucun chemin tracé, des broussailles et les épinés, à travers lesquelles il était obligé de s'ouvrir un passage, et puis, après de longues fatigues, point d'autre nourriture que le morceau de pain qu'ils avaient pris à leur départ, le soir, point d'autre lit que quelques branches d'arbre étendues par terre, et encore fallait-il allumer un grand feu tout autour pour éloigner les serpents et autres animaux dangereux qui auraient pu, pendant le sommeil, leur donner la mort. Ils marchaient ainsi depuis plusieurs jours, lorsqu'un matin c'était un dimanche, grand nombre de voix, chantant avec ensemble et harmonie, se font entendre, dans le lointain. M. de Cheverus écoute, s'avance, et à son grand étonnement, il discerne un chant qui lui est connu, la messe royale de Dumont, dont retentissent nos grandes églises et cathédrales de France, dans nos plus belles solennités. Quelle aimable surprise et que de douces émotions son cœur éprouva ! Il trouvait réunis à la fois, dans cette scène, l'attendrissant et le sublime car quoi de plus attendrissant que devoir un peuple sauvage, sans prêtres depuis cinquante ans, et qui n'en est pas moins fidèle à solenniser le jour du Seigneur ; et quoi de plus sublime que ces chants sacrés, inspirés par là piété seule, retentissant au loin dans cette immense et majestueuse forêt, redits par tous les échos, en même temps qu'ils étaient portés au ciel par tous les cœurs ! »
« II n'est pas nécessaire que je vive, répond-il, mais il est nécessaire que les malades soient soignés les moribonds assistés. »
« Les orateurs, s'écrie-t-il, sont ordinairement flattés d'avoir un auditoire nombreux, et moi j'ai honte de celui que j'ai sous les yeux. II y a donc des hommes pour qui la mort de leurs semblables est un spectacle de plaisir, un objet de curiosité. Mais vous, surtout, femmes, que venez-vous faire ici ? Est-ce pour essuyer les sueurs froides de la mort qui découlent du visage de ces infortunés ? Est-ce pour éprouver les émotions douloureuses que cette scène doit inspirer à toute âme sensible ? Non, sans doute : c'est donc pour voir leurs angoisses et les voir d'un œil sec, avide et empressé. Ah ! j'ai honte pour vous ; vos yeux sont pleins d'homicide. Tous vous vantez d'être sensibles, et vous dites que c'est la première vertu de la femme ; mais, si le supplice d'autrui est pour vous un plaisir et la mort d'un homme un amusement de curiosité qui vous attire, je ne dois plus croire à la vertu ; vous oubliez votre sexe, vous en faites le déshonneur et l'opprobre »
Le maire promit, tint parole, et la réconciliation, fut faite.« Monsieur, lui dit-il, j'ai un grand service à vous demander ; vous me trouverez peut-être indiscret, mais j'attends tout de votre obligeance. Le maire, hors de lui-même et tout confus, proteste qu'il n'y a rien qu'il ne soit disposé à faire pour un prélat si vénéré. « Eh bien, ce dit l'évêque en se jetant à son cou et en l'embrassant, le service que j'ai à vous demander, c'est d'aller porter ce baiser de paix à votre curé. »
« Ne méprisez point l'homme qui se détourne de son péché, et ne lui faites pas de reproches : souvenez-vous que nous sommes tous dignes de châtiment. »
« Le cordon bleu n'ajoutera rien à vos vertus et à votre mérite, mais il prouvera que le roi les connaît, les aime, et prend plaisir à les honorer. »
« Sans approuver l'exclusion prononcée contre les pairs nommés par le roi Charles X, je me réjouis de me trouver hors de la carrière politique. J'ai pris la ferme résolution de ne pas y entrer, et de n'accepter aucune place, aucune fonction. Je désire rester au milieu de mon troupeau, et continuer à y exercer un ministère de charité, de paix et d'union. Je prêcherai la soumission au gouvernement ; j'en donnerai l'exemple, et nous ne cesserons, mon clergé et moi en plus attaché aux habitants de Bordeaux ; je les remercie de l'amitié qu'ils me témoignent. Le vœu de mon cœur est de vivre et de mourir au milieu d'eux, mais sans autres titres que ceux de leur archevêque et de leur ami. »
« Je ne serais pas digne de votre estime, dit-il un jour aux autorités de sa ville épiscopale, si je vous cachais mes affections pour la famille déchue, et vous devriez me mépriser comme un ingrat, puisque Charles X m'a comblé de ses bontés. »
. À Laval, où il séjourna du 23 au 25 mars chez son cousin M. Lefebvre-Champorin, il visita tous les établissements religieux et hospitaliers et prit plusieurs fois la parole.« La plupart de ceux que j'ai connus autrefois dans cette ville ont disparu, dit-il ; c'est une leçon pour moi, qui m'apprend que je disparaitrai bientôt »
« Me voilà sur mon déclin, et je sais que la vieillesse se fait facilement illusion : plus les faits s'affaiblissent, plus on se dissimule son impuissance. On se croit toujours capable, alors même qu'il est évident que l'on ne l'est plus ; et cependant tout souffre, tout languit, la religion se perd, Je ne veux point que mon diocèse éprouve ce malheur ; je veux donner ma démission et me retirer, le jour même où je ne pourrai plus suffire a aux devoirs de ma place. Ce jour, je ne le discernerai pas moi-même ; mais, en vous associant à mon administration, je charge votre conscience du devoir de me le faire connaître. Si vous ne me le disiez pas, vous seriez responsable, devant Dieu, de tout le mal que je ferai, faute d'avoir été averti. »
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