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Le national-catholicisme est une critique du régime franquiste instauré en Espagne pendant la majeure partie du XXe siècle, en réponse à la définition officielle du parti qui se qualifiait lui-même de « démocratie organique » (democracia orgánica). L'expression vient d'Amérique du Sud, et est reprise par Michel Del Castillo[1],[2].
Sommaire |
L'association volontairement polémique du nationalisme et du catholicisme dans le terme national-catholicisme, renvoie à une perception d'un rôle de la religion du catholicisme, qui sortirait en quelque sorte du rôle qu'on lui reconnait couramment, lié à l'organisation spirituelle de la communauté de ses fidèles, pour se mêler de politique. Le national-catholicisme serait une sorte de théologie religieuse qui voudrait s'incarner dans le temporel, en se présentant comme une idéologie politique comparable à la théologie de la libération, à l'autre extrême de l'échiquier politique. Il pourrait s'agir aussi d'une implication, affirmée ou laissée dans l'ombre sur le destin des États-nations, d'un lobby secret ou discret, relayant ces différentes thèses.
Après la Seconde Guerre mondiale — la guerre d'Espagne étant perçue par certains historiens comme « la dernière fois où l'Homme s'est battu au nom de la défense des idées » et la répétition générale d'un conflit mondial occasionnant plus de quarante millions de pertes humaines — le terme de « national-catholicisme », par association d'idées avec le « national-socialisme », permet de mettre en relief ce qui serait une anomalie espagnole : le franquisme, pourtant associé au camp des vaincus, reste au pouvoir, ce qui représente un scandale aux yeux de beaucoup d'opposants politiques espagnols.
Les phalangistes espagnols n'étaient pas à la base reliés à cette confession, plus proche en cela d'une version ibérique des chemises noires ou brunes qui parvinrent du parti à l'État avec la Grande dépression, les unes le renforçant, les autres y accédant. La France était agitée également par les Croix de Feu, l'ensemble se radicalisant contre le communisme comme contre le pouvoir en place des démocraties installées sur la bourgeoisie pratiquante qualifiée de « judéo-chrétienne ».
Bartolomé Bennassar[3] se sert de l'existence de ce concept, d'abord employé dans le camp nationaliste (c’est-à-dire franquiste, dénomination précédant la transformation de l'État espagnol en junte avec culte de la personnalité au sortir de la guerre), pour distinguer les luttes d'influence qui le traversèrent - côté gauche, ces luttes furent pires encore puisqu'elles résultèrent sur un paroxysme de coups de feu fratricides.
Franco s'éloigna alors des États fascistes en déclarant neutre l'Espagne, et en refusant le passage aux divisions allemandes pour le projet de prise du rocher de Gibraltar (sur les conseils de Pétain) ; la transition franquiste tomba sur le pays et ses habitants, le droit de réunion fut strictement encadré ; jusqu'aux obsèques de la tête de l'État, le régime continua avec la bénédiction de représentants de la hiérarchie cardinale espagnole et des grandes industries du pays.
C'est là que le régime se servit de la référence à la religion et au passé identitaire du pays pour se légitimer.
Le Vatican n'y eut aucun rôle direct ; employant le terme, la propagande franquiste développa également une association avec le terme de cruzada, qui renvoyait au processus de Reconquista et aux figures fortes en couleur des Rois catholiques et de l'apôtre saint Jacques le Matamore, permettant aux individus ayant des scrupules face à ce passé quelque peu mouvementé d'obtenir une amnésie rédemptrice et salutaire : c'était une croisade, il fallait la faire, asphyxier le camp adverse était le seul moyen d'en finir avec les troubles de la seconde république espagnole précédant le coup d'État militaire à compter du 12 juillet 1936.
Cette association peut paraître plutôt osée pour un camp qui avait largement fait appel aux armées coloniales du Maroc composées de Berbères de confession musulmane pour s'engager dans le conflit.
L'édification par étapes de la structure démocratique européenne mit un terme à ces accusations de national-catholicisme, d'autant que l'épiscopat espagnol avait pris, dès la fin de la guerre, ses distances avec le pouvoir franquiste.
La formule est utilisée en France dès la fin des années 1950, dans le contexte de la guerre d'Algérie, pour disqualifier et dénoncer les partisans d'un catholicisme contre-révolutionnaire favorable à l'Algérie française, accusés de noyauter certains cercles militaires et de diffuser leurs idées qui auraient abouti aux complots du 13 mai 1958 et à l'activisme de certains officiers[4].