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Robert Nozick est un philosophe américain professeur à Harvard, né le 16 novembre 1938 à Brooklyn (New York) et mort le 23 janvier 2002.
Penseur libertarien proche du courant minarchiste, il s’est fait connaître à la fin des années soixante par des articles consacrés à des questions de philosophie morale, en particulier celle de la coercition puis sur ses réflexions sur la liberté. Mais c’est surtout le livre Anarchie, État et utopie (1974) qui va faire de Nozick l’un des auteurs américains les plus influents.
Sommaire |
Il fit ses études à Columbia au Sidney Morgenbesser, à Princeton (Ph.D. 1963), puis Oxford dans le Fulbright Scholar.
Enseignant à Harvard, ses articles sur la philosophie morale, en particulier celui sur la coercition, le rendent célèbre dès la fin des années soixante. Ses recherches porteront sur des questions de liberté. En 1970, il publie un article sur « Le paradoxe de Newcomb. » Cette publication se propose d'expliquer les différentes conceptions que manifeste le temps dans le cadre de la théorie des jeux. Cette publication provoqua de nombreuses discussions parmi les universitaires aux États-Unis.
Il devient surtout célèbre pour son ouvrage Anarchie, État et Utopie [1], où il prend notamment la défense d'un État ultra-minimal. En s'opposant aux théories élaborées par John Rawls, Nozick propose une nouvelle théorie « libertarienne » plus radicale que celle de John Rawls, autrement dit qui se veut à l'opposé d'une intervention redistributrice de l’État trop favorable aux démunis. Sa théorie n'écarte pas la dignité de la personne humaine développée par Kant et la pensée animaliste. Son statut d'universitaire lui a valu alors d'être considéré comme le principal théoricien du mouvement libertarien (bien que celui-ci ait été initié par Murray Rothbard, comme Nozick le relate lui-même dans son ouvrage et quoiqu'il ait par la suite délaissé la philosophie politique, comme le signale Rothbard dans L'Éthique de la liberté).
Il est habituellement présenté comme l'opposant principal à John Rawls, son collègue à Harvard. C'est donc habituellement à Nozick que se réfèrent les adversaires des libertariens, oubliant ou méconnaissant les autres auteurs majeurs de ce mouvement. En particulier son ouvrage majeur Anarchie, État et Utopie, publié en 1974, est considéré comme la réponse libertarienne à la Théorie de la justice de Rawls, parue trois ans auparavant.
À la fin de sa vie, Nozick a nuancé les positions qu'il avait défendues dans Anarchie, État et Utopie. En particulier, dans The Examined Life, il a qualifié certaines de ses positions passées de « sérieusement inadéquates[2]. » Cependant, dans un entretien réalisé le 26 juillet 2001, il se réaffirme comme libertarien[3].
Robert Nozick estime que l'État minimal est le seul état juste, puisque les plus étendus de ses pouvoirs peuvent être justifiés relativement au droit naturel de l'individu, et que celui-ci possède seul sa propre personne. C'est pourquoi il confronte le phénomène « État » au double impératif de la morale kantienne qui implique que personne ne puisse être considéré seulement comme un moyen.
Nozick a conçu la théorie de l'« habilitation » (entitlement), qui veut que toute personne doive être habilitée (entitled) à posséder des biens. Cette habilitation doit être conforme à l'un des trois grands principes libertariens[4] :
Cependant, il s'ajoute un quatrième principe, soit le principe de juste réparation. Ce dernier énonce que dans le cas où les principes précédents n'ont pas été respectés, il doit y avoir juste réparation de la part du fautif envers les personnes qui ont été brimées, directement ou non.
Nozick s'oppose vigoureusement au principe de la redistribution obligatoire (et au principe de différence de John Rawls) car, en donnant à d'autres un droit sur soi, elle viole le droit de propriété. Reposant sur la coercition, elle viole en outre le principe de libre consentement et, passant par l'impôt (une spoliation pour Nozick), elle rétablit un travail forcé[5].
Il s'est également intéressé au paradoxe de Newcomb et à de nombreux secteurs de la connaissance, avec notamment la publication en 1981 de Philosophical Explanations.
Suite au problème de Gettier, montrant l'insuffisance de la définition classique de la connaissance, Nozick propose une définition à la fois simple et nouvelle[6]. Selon lui, connaître, c'est suivre à la trace. Par exemple, comment savons-nous que la lune brille ? Il suffit de remplir ces conditions : je crois qu'elle brille alors qu'elle brille, et si elle ne brillait pas, je ne croirais pas qu'elle brille. Ainsi, le sujet (S) sait p si et seulement si:
Remarquons que l'énoncé (3) est contrefactuel, ou irréel, car il évoque des possibilités distinctes de la réalité présente.