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definitions - encyclopédie

encyclopédie (n.f.)

1.ouvrage qui recueille de manière méthodique toutes les connaissances humaines.

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definition of encyclopédie (Littré)

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synonyms - encyclopédie

Encyclopédie (n.) (Cismef)

Encyclopédies  (Cismef)

encyclopédie (n.f.)

almanach, dictionnaire, somme, traité

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see also - encyclopédie

encyclopédie (n.f.)

encyclopédique, encyclopédiste

phrases

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analogical dictionary

 

racine MESH[Hyper.]

Encyclopédie (n.) [Cismef]




encyclopédie (n. f.)


Le Littré (1880)

ENCYCLOPÉDIE (s. f.)[an-si-klo-pé-die]

Enchaînement, ensemble de toutes les sciences réunies dans un même ouvrage ou dans une même tête.

S'acquérir la connaissance de toute l'encyclopédie (G. NAUDÉ Apologie, p. 61)

Encyclopédie méthodique, ouvrage traitant méthodiquement de toutes les sciences et de tous les arts.

Abusivement, encyclopédie d'une science, d'une connaissance, l'ensemble de cette science, de cette connaissance. Encyclopédie de droit, des sciences mathématiques.

De sorte qu'au lieu d'amplifier l'idée de son ouvrage, l'auteur l'a rétrécie, quand il a dit, en dédiant ses essais au roi, qu'il avait entrepris l'encyclopédie de la langue française (Préface du Dictionnaire de Furetière)

Absolument. L'Encyclopédie, ouvrage fait par Diderot, d'Alembert et ceux qu'on nommait au XVIIIe siècle les philosophes.

Fig. Une encyclopédie vivante, un homme qui embrasse toutes les connaissances, ou du moins le plus grand nombre et les principales. Sa tête est une véritable encyclopédie.

ÉTYMOLOGIE

En grec (voy. ENCYCLIQUE), et la traduction du grec, instruction, et enfant.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

ENCYCLOPÉDIE. Ajoutez : - HIST. XVIe s.En quoy je vous peux asseurer qu'il m'ha ouvert le vray puits et abysme de l'encyclopedie (RAB. II, 20)Encyclopedie ou la suite et liaison de tous les arts et sciences (CHRISTOFLE DE SAVIGNY Tableaux accomplis de tous les arts libéraux, Paris, 1587, 1er tableau)

Wikipedia

Encyclopédie

                   
  Diderot a dirigé avec D’Alembert l'Encyclopédie, (1751-1772), qui marque l'avènement des encyclopédies modernes.
  Cassiodore, encyclopédiste médiéval.
  Première édition imprimée des Étymologies d'Isidore de Séville (1472).
  Premier livre imprimé portant le mot cyclopedia en page couverture.

Une encyclopédie est un ouvrage ou un ensemble d'ouvrages de référence visant à synthétiser tous les champs de connaissances ou une partie déterminée de celles-ci. Son organisation interne a longtemps été purement thématique. Le classement alphabétique, qui apparaît dans un dictionnaire au Xe siècle, ne s'imposera définitivement dans une encyclopédie qu'au XVIIIe siècle. Organisation thématique et classement alphabétique peuvent être utilisés de façon croisée en intégrant un ou plusieurs volumes d'index à un ouvrage thématique.

À son origine, le projet encyclopédique est de nature pédagogique, comme le signale l'étymologie du terme. C'était la finalité première de l'ouvrage de Varron et de Pline, ainsi que de nombre de leurs successeurs. À partir du XVIIIe siècle, l’encyclopédie se veut d'abord un ouvrage de référence, qui synthétise le savoir existant et informe le lecteur de la façon la plus efficace possible: « au Moyen Age comme dans l'Antiquité, en Chine comme dans l'Islam classique, l'encyclopédie moralise, instruit, éduque, intègre socialement; après le XVIIe siècle, elle ne veut plus qu'informer[1]. » L'état des connaissances étant sans cesse en train d'évoluer, une encyclopédie est par nécessité et plus que jamais un projet ouvert, en évolution permanente.

En principe, une encyclopédie se distingue d'un dictionnaire en ce que le dictionnaire a pour objet le sens et l'emploi des mots d'une langue et est donc intraduisible en tant que tel, alors que l'encyclopédie traite des choses ou réalités du monde et de la culture. Cette distinction n'est toutefois pas rigide, une encyclopédie étant parfois appelée un dictionnaire et vice-versa, comme c'est le cas notamment de la fameuse Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers.

Dans leur acception la plus large, dictionnaire et encyclopédie peuvent l'un et l'autre désigner un livre de proportions modestes portant sur un domaine restreint, le dictionnaire désignant alors, à la différence du second, une collection de notices en ordre alphabétique, à vocation littéraire et qui ne se prétend pas exhaustive, telle la populaire collection de dictionnaires amoureux.

Sens particulier. Pour Umberto Eco, dictionnaire et encyclopédie désignent deux modes distincts d'organisation des connaissances au plan cognitif. Le dictionnaire repose sur des catégories sémantiquement hiérarchisées composées de couples de termes différents (vivant/non vivant) s'emboîtant dans un arbre binaire. En revanche, « la connaissance encyclopédique serait de nature désordonnée, de format incontrôlable, et le contenu encyclopédique de chien devrait pratiquement contenir tout ce que l'on sait et pourrait savoir sur les chiens[2]. »

Sommaire

  Étymologie

  Représentation des sept arts libéraux dans le "Hortus deliciarum" (vers 1170)

Le mot « encyclopédie » vient de encyclopædia, latinisation de la Renaissance (XVIe siècle) de l’expression grecque de Plutarque ἔγκυκλιος παιδεία (én: dans, kyklιos : circulaire, et paideía: éducation), littéralement « ensemble des sciences qui constituent une éducation complète » (Quintilien, I,10,I). L'image du cercle est traditionnelleemnt associée à la maîtrise d'un domaine: « Ce rond de sciences que les Grecs ont nommé Encyclopédie[3]. » Cette image connote aussi l'aspect récurrent de l'apprentissage, qui se fait en boucle.

L’une des premières occurrences européennes du mot en langue vernaculaire se trouve dans le Pantagruel de François Rabelais (1532) lorsqu'au chapitre XIII, Thaumaste déclare que Panurge lui a « ouvert le vrai puits et abîme d'encyclopédie »[4]. Le terme cyclopaedia (variante de Encyclopædia) apparaît pour la première fois dans le titre d’un ouvrage en 1541 avec le livre de Joachim Sterck van Ringelbergh. Auparavant, les ouvrages de type encyclopédique étaient désignés comme des « dictionnaires » ou portaient des titres métaphoriques : Hortus deliciarum (jardin des délices), Imago mundi (image du monde), Speculum majus (miroir majeur), Arbre de la science, etc.


  Histoire

  Antiquité

  Pline, Historia naturalis, dans un manuscrit enluminé du XIIIe siècle

L'histoire de l'encyclopédie est celle du rapport des sociétés au savoir. La volonté de rassembler les connaissances, qui s'exprimait dans les sociétés orales par des mythes qui se transmettaient de génération en génération, a pu prendre une forme stable et visible avec l'invention de l'écriture. La volonté de savoir s'est alors traduite par la construction de bibliothèques. La Bibliothèque d'Assurbanipal érigée à Ninive au VIIe siècle av. J.-C. contenait 30 000 tablettes d'argile. La plus importante bibliothèque de l'Antiquité est la celle d'Alexandrie fondée en -288, qui a compté jusqu'à 700 000 volumes, attirant pendant des siècles les savants du monde méditerranéen.

Un peu avant la construction de cette bibliothèque, Aristote (-384--322) avait produit une quantité de traités sur un large éventail de sujets, manifestant un esprit encyclopédique sans équivalent : « la perte ou l'altération partielle de cet énorme corpus, encyclopédique au sens le plus pur du terme, puis sa récupération progressive, largement due à l'Islam, a influé sur l'histoire des encyclopédies en Occident pendant deux millénaires[5]. »

Posidonios (-135--51) est un savant grec. Il était géographe, historien et mathématicien. Il ne reste rien de son œuvre.

Selon Umberto Eco[6], le comportement encyclopédique s'est véritablement développé dans la Rome antique, en tant que volonté d'appropriation du patrimoine intellectuel de la Grèce, définitivement vaincue par les armées romaines en -146.

La première tentative encyclopédique est celle de Marcus Terentius Varro au Ie siècle av. J.-C. avec les Antiquitatum rerum humanarum et divinarum, qui comptaient 41 livres, mais dont il ne reste que des fragments. Pour cet auteur, l'étymologie est la clé du savoir : « verbum a veritate dictum » (mot vient de vérité).

Pline l'Ancien (23-79 ap. J.C.), écrivain et naturaliste romain, est l'auteur d'une monumentale encyclopédie intitulée Histoire naturelle. Cet ouvrage de 37 volumes répertorie environ 20 000 faits et cite 500 auteurs consultés[7]. Pline a compilé le savoir de son époque sur des sujets aussi variés que la cosmologie, l'astronomie, la géographie, l'histoire naturelle, la botanique, la pharmacopée, la médecine, la minéralogie, l'architecture, la peinture et la sculpture. C'est le seul ouvrage de Pline l'Ancien qui soit parvenu jusqu'à nous. Il a longtemps été la référence en matière de connaissances scientifiques et techniques.

Martianus Capella, originaire d’Algérie, est l’auteur du De nuptiis Mercurii et philologiae rédigé entre 410 et 429. Mettant en scène quelques dieux de la mythologie romaine, ce récit allégorique en prose et en vers synthétise en neuf livres les connaissances de l’époque : philologie, grammaire, dialectique, rhétorique, géométrie, arithmétique, astronomie et harmonie. Cet ouvrage sera surtout populaire à l’époque carolingienne, où il servira de référence pour l’organisation des études dans le domaine littéraire (le trivium) et en mathématique (le quadrivium).

  Moyen Âge

  Manuscrit MS4856 des Étymologies d'Isidore de Séville en écriture onciale (fin du VIIIe siècle, Bibl. Royale Albert Ier, Bruxelles).

Saint Augustin propose de centrer le projet encyclopédique sur le relevé systématique des données contenues dans la Bible [8]. Il s'agit là d'une réorientation radicale du projet encyclopédique. Ce qui reste du savoir antique doit être intégré aux enseignements de la religion.

Cassiodore (485-580) a rédigé les Institutiones divinarum et saecularium litterarum, comportant deux livres, afin d'instruire les moines de son monastère dans les diverses disciplines des arts libéraux, soit (le trivium) et (le quadrivium).

Isidore de Séville est considéré comme l'auteur de la première encyclopédie du Moyen Âge. Etymologiæ rédigé vers 630 est constitué de vingt livres, proposant une analyse étymologique des mots et comprenant 448 chapitres. Par cette œuvre, Isidore essaie de rendre compte de l'ensemble du savoir antique et de transmettre à ses lecteurs une culture classique en voie de disparition. Son livre aura une immense renommée et connaîtra plus de dix éditions entre 1470 et 1530, illustration d'une popularité continue jusqu'à la Renaissance. Sa méthode étymologique est un peu déconcertante : il explique un mot par des termes phonétiquement proches (Rex a recte agendo - on appelle « roi » celui qui agit droitement). La plupart de ces étymologies, dont se sont moqués bien des savants depuis la Renaissance, veulent imprimer les mots facilement dans l'esprit du lecteur. Grâce à ses nombreuses citations, cet ouvrage contribuera à la survivance durant le Moyen Âge de nombreuses œuvres antiques. L'organisation particulière de ce livre vaudra à Isidore de Séville d'être considéré comme le saint patron des informaticiens.

Raban Maur rédige vers 842 le De rerum naturis, appelé aussi De Universo. Cet ouvrage comporte 22 livres et son exposé suit un ordre hiérarchique strict allant du Créateur à ses créatures et aux choses créées. Basé sur les Étymologies, cet ouvrage sera extrêmement populaire durant toute l'époque carolingienne.

  Page du Liber Floridus (vers 1100).

La Souda est une encyclopédie grecque rédigée à Byzance au Xe siècle et attribuée à Suidas. Elle contient 30 000 entrées classées dans l'ordre alphabétique. Cet ouvrage contribuera à diffuser le classement alphabétique dans les pays occidentaux, ce qui entraînera au XIIIe siècle l’apparition des index.

Les encyclopédies se multiplient au XIIe siècle avec l’accroissement de la curiosité scientifique. Elles empruntent aux compilations latines antérieures mais aussi aux ouvrages arabes, alors beaucoup plus avancés. Un souci de l'expérience se fait jour et des notions inconnues des Anciens, comme celle de l'aiguille aimantée, font leur apparition[9].

Le XIIIe siècle est considéré comme l’âge d’or de l’encyclopédisme médiéval[10].

  Vincent de Beauvais: Speculum majus.

Achevé en 1258, le Speculum Majus de Vincent de Beauvais est la plus importante compilation de connaissances au Moyen Âge. Cet ouvrage sera souvent réédité jusqu’à la Renaissance et il sera traduit en français, en espagnol, en allemand et en néerlandais. Il se compose de trois parties :

  • le Speculum Naturale (ou Miroir de la nature) est divisé en 32 livres et 3718 chapitres. C’est le résumé des connaissances d’histoire naturelle de son temps, une mosaïque de citations d’auteurs latins, grecs, arabes et même hébraïques dont Vincent donne les sources.
  • le Speculum Doctrinale (ou Miroir de la Doctrine) est constitué de 17 livres et 2374 chapitres. Il s’agit d’une sorte de manuel pour les étudiants qui traite de choses variées : arts mécaniques, scolastique, tactique militaire, etc. Il ne se limite donc pas à l’histoire naturelle mais traite aussi de logique, de rhétorique, de poésie, de géométrie, d’astronomie, de l’éducation ou des passions humaines, de l’anatomie, de la chirurgie et de la médecine, du droit.
  • le Speculum Historiale (ou Miroir de l’Histoire) se compose de 31 livres et 3793 chapitres, où l’auteur fait le récit des évènements historiques depuis la Création jusqu’aux années 1250. S’y trouve également un inventaire biographique de divers poètes.

En 1295, le philosophe catalan Raymond Lulle rédige L'Arbre de la science (Arbor scientiae), dans lequel il propose une classification des savoirs basée sur la métaphore organique de l'arbre. Les connaissances sont hiérarchisées depuis le monde physique élémentaire jusqu'au monde divin.

  Monde arabo-persan

  Al-Razi, dans le « Recueil des traités de médecine » de Gérard de Crémone, 1250-1260

Al-Jahiz est un savant qui a vécu au IXe siècle à Basra en Irak. Il est l'auteur du Livre des animaux qui présente 350 espèces en s'inspirant d'Aristote. Son ouvrage Du rond et du carré serait un embryon d'encyclopédie[12].

Ibn Qoutayba (828-889), établi en Irak, rédige des manuels et des ouvrages à caractère encyclopédique, notamment Les Sources des informations (K. ʿUyūn al-aḫbār) et Les Célébrités (K. al-maʿārif), qui présentent des notices sur les personnages célèbres de l’histoire arabo-musulmane.

Al-Kindi (801-873) est un philosophe et un savant qui a étudié à Bagdad. Il a laissé 290 volumes couvrant divers domaines.

Al-Fârâbî rédige une Énumération des sciences plus ou moins inspirée d'Aristote. Elle sera traduite en latin et se répandra dans le monde occidental[13].

La plus importante encyclopédie de l'époque est une œuvre anonyme collective rédigée au IXe siècle par les Frères de la pureté, une société secrète réformiste shi'ite qui veut réconcilier le Coran avec la philosophie grecque et le néo-platonisme. Cette encyclopédie se compose de 52 traités scientifiques.

Abu Bakr Mohammad Ibn Zakariya al-Razi (865-925) est un lettré persan auteur du Kitab al-Hawi fi al-Tibb, remarquable somme médicale en 22 volumes qui sera traduite en latin au XIIIe siècle, sous le titre Liber Continens.

Muhammad ibn Ahmad al-Khwarizmi mort en 976 est un encyclopédiste perse, auteur de l'encyclopédie Mafātīḥ al-ʿulūm en langue arabe. Cet ouvrage couvre un large éventail de savoirs qui vont de la théologie à la linguistique de l'arabe, en passant par le droit, l'histoire et ce qu'on nommera plus tard les « sciences humaines »[14].

Le lettré persan le plus remarquable est Avicenne (980-1037), dont les nombreux traités couvrent tout le savoir de son époque[15].

En Égypte, Al-Nowaïri (1272-1332) a rédigé Nihayal al-arab fi fonoun al-adab (« Tout ce qu'on peut désirer savoir sur les belles-lettres »), un ouvrage comptant environ 9 000 pages réparties en cinq livres : (a) géographie, (b)l'homme, (c) la zoologie, (d) la botanique et (e) l'histoire.

Ibn Khaldoun rédige en 1377 les Muqaddima, ou Al-Muqaddima (Introduction à l’histoire universelle), œuvre à caractère encyclopédique englobant l’ensemble des connaissances du XIVe siècle à partir de sources grecques, byzantines et musulmanes. Les sujets traités sont la géographie, la philosophie, l’histoire, l’économie, la sociologie, la politique, l’urbanisme, et la médecine .

En Iran, Dawani (1427-1502) rédige Unmudhaj al-ulum (Programme des sciences) sous forme de questions et réponses.

La dernière grande encyclopédie en Islam est celle de Al-Suyūtī (1445-1505), auteur de 561 traités[14].

  Diaspora juive

  Statue de Maimonide dans le quartier de la Juderia de Cordoue.

Entre le IXe siècle et le XIIIe siècle, une culture juive très active s'épanouit en Espagne, même si celle-ci est alors musulmane. Les principaux foyers de cette culture sont à Grenade, Cordoue, Tolède et Barcelone. Cette situation change au siècle suivant, quand les Juifs seront progressivement chassés du pays à mesure que progresse la reconquête du pays par les chrétiens[16].

À Cordoue, Moïse Maïmonide (XIIe siècle) écrit en arabe ses traités médicaux, tout en publiant aussi des ouvrages en hébreu.

Abraham bar Hiyya Hanassi, mort en 1136, rédige à Barcelone son ouvrage Fondements de la raison et donjon de la foi. Cet ouvrage comporte des chapitres de mathématiques, géométrie, astronomie, etc.[17].

À Tolède, Judah ibn Matka (XIIIe siècle) rédige un « Exposé de l'intelligence », qui traite de logique, de physique et de métaphysique[17].

Shem Tov ben Joseph Falaquera (c. 1225- c. 1295) rédige en hébreu un ouvrage encyclopédique intitulé « De'ot haFilosofim » (Opinions des philosophes).

Dans la Provence voisine de l'Espagne, Levi_ben_Gershom réalise vers 1330 une «encyclopédie bibliographique» qui sera imprimée plus tard à Venise[17].

  Chine

  Page manuscrite de l'Encyclopédie de Yongle (vers 1403).

La plupart des encyclopédies chinoises doivent leur existence au patronage de l'empereur[18].

Le concept d'encyclopédie prend une forme particulière en Chine en raison de la nature même de l'écriture chinoise, qui est de type idéographique, car l'apprentissage d'un idéogramme est inséparable de la réalité qu'il sert à désigner. Une encyclopédie est appelée un lei shu, littéralement livre (shu) de catégories (lei) et englobe tout ouvrage classant du matériel écrit. Les encyclopédies sont donc essentiellement des anthologies des grands textes classiques confucéens, bouddhistes et taoïstes. Sur les quelque 600 ouvrages de ce genre, 200 ont été conservés[19].

La plus ancienne encyclopédie est le Er ya, rédigé au IIe siècle av. J.-C. et parfois attribué à Confucius lui-même.

Le Huang lan (miroir pour l'empereur) (c. 220) était une sorte d'anthologie comportant 1 000 chapitres. Il a disparu.

Le Pien-chu VIIe siècle est la première « encyclopédie » conservée.

Le Taiping Yulan est une volumineuse anthologie de poèmes, de citations et de proverbes compilée entre 977 et 983. Elle compte plus de 1 000 chapitres classés en 55 catégories.

L’encyclopédie Yü-hai, dont la compilation a commencé en 1267, a été imprimée en 1738 en 240 volumes[20].

L’Encyclopédie de Yongle est une colossale encyclopédie chinoise rédigée sous la dynastie Ming entre 1402 et 1408. Elle a mobilisé 2 100 savants sous la direction de l'empereur Yongle (qui régna de 1402 à 1424) et contient environ 8 000 articles pour un total de 11 000 volumes, dont 400 ont été conservés. Elle a mobilisé 100 calligraphes qui en firent deux copies.

Song Yingxing (1587–1666) est l’auteur du Tiangong Kaiwu ou Exploitation des œuvres de la nature, publié en 1637. Cette encyclopédie couvre un large éventail de sujets : agriculture, sériculture, céramique, métallurgie, transports, etc. Cet auteur a été désigné comme le « Diderot de la Chine » par l’historien britannique Joseph Needham[21].

La Qinding Gujin tushu jicheng ou « Grande Encyclopédie impériale illustrée des temps passé et présent » publiée en 1726 compte 10 040 chapitres, soit 5 020 fascicules. Contrairement aux précédentes encyclopédies, qui étaient soit manuscrites soit tirées à peu d’exemplaires, celle-ci a été imprimée à l'aide de jeux de caractères de cuivre mobiles[22].

  Renaissance

  Margarita Philosophica (1508)

Au début du XVe siècle, l'humaniste italien Domenico Bandini rédige une Fons memorabilium universi (La source des merveilles de l'univers).

Domenico Nani Mirabelli, Polyanthea nova (1503).

Gregor Reisch publie la Margarita philosophica, première encyclopédie imprimée (1503). Reisch a voulu synthétiser le cercle des connaissances en arts et en sciences, tels qu'ils étaient couverts par l'enseignement universitaire de son époque. Ce manuel comporte 12 livres portant respectivement sur le trivium (grammaire latine, dialectique, rhétorique), le quadrivium (arithmétique, musique, géométrie, astronomie), ainsi que la physique, l’histoire naturelle, la physiologie, la psychologie et l’éthique. Ce livre contient de nombreuses illustrations et un index détaillé. La structure reprend la forme questions-réponses du catéchisme, popularisée par la Somme théologique : l’élève pose les questions et le maître répond.

Guillaume Budé a adapté le terme latin Encyclopædia au français, mais la première occurrence imprimée du terme encyclopédie apparaît dans Pantagruel de François Rabelais en 1532, au chap. XIII. L'encyclopédie est le savoir complet que possède Panurge, à l’exemple de son compagnon Pantagruel. Au chapitre VIII, Gargantua avait tracé le programme pédagogique que devait suivre Pantagruel afin que son père puisse admirer en lui « un abîme de science »[4]. Cet ouvrage illustre la volonté d'accumuler un savoir universel, typique du bouillonnement intellectuel qui marque la Renaissance.

Joachim Sterck van Ringelbergh aussi appelé Joachimus Fortius Ringelbergius (14991531) est un savant, humaniste et mathématicien flamand né à Anvers. Auteur de Lucubrationes vel potius absolutissima kyklopaideia (Bâle, 1541). Il a été le premier à utiliser le terme cyclopedia (variante de encyclopedia) dans le titre d’un livre.

Le grand imprimeur et humaniste Charles Estienne réalise le Dictionarium historicum, geographicum et poeticum (1553).

Pierre de la Ramée propose dans sa Dialectique (1556) une méthode pour organiser les diverses composantes du savoir sans répétition, méthode fortement influencée par sa lecture de Raymond Lulle.

  XVIIe siècle

  Le dictionnaire de Moréri

Francis Bacon entreprend avec le Novum Organum (1620) une encyclopédie qui devrait contenir six volumes, mais dont les deux premiers seulement ont été achevés. Critiquant le manque de rigueur des Anciens, Bacon propose que l'étude des sciences repose sur la méthode expérimentale. Une encyclopédie doit être impartiale et fondée sur des données avérées. Dans Instauratio magna (1620), il propose une division des sujets en trois sections • Nature extérieure astronomie, minéraux, végétaux... • Homme anatomie, actions • Actions sur la nature médecine, chimie, arts, transport, arithmétique

En Allemagne, le philosophe et pédagogue Johann Heinrich Alsted publie en 1630 Encyclopædia Cursus Philosophici qui répertorie les connaissances en sept grandes classes.

Le jésuite allemand Athanase Kircher (1601-1680), célèbre pour son esprit encyclopédique, publie Ars magna sciendi sive combinatorica (1669).

Louis Moréri publie en 1674 à Lyon le Grand Dictionnaire historique, ou mélange curieux de l'histoire sacrée et profane. Ce livre contient principalement des articles historiques et biographiques. Il est le premier ouvrage à présenter dans un ordre alphabétique rigoureux un éventail de sujets[23].

Antoine Furetière, (1619-1688) sera exclu de l'Académie française pour avoir annoncé le lancement de son propre dictionnaire. Cet ouvrage de 40 000 articles en deux volumes paraîtra après sa mort sous le titre Dictionnaire universel contenant généralement tous les mots françois, tant vieux que modernes, et les termes de toutes les sciences et des arts (1690). Il s’agit là d’une œuvre majeure qui marque un jalon dans l’histoire du développement des encyclopédies. Pour la première fois, les termes populaires sont inclus dans un dictionnaire et les articles sur les sciences, les arts et le lexique sont organisés selon un ordre alphabétique uniforme[24].

En réponse à l'ouvrage de Moréri dont il veut corriger les erreurs, Pierre Bayle publie en 1697 le Dictionnaire historique et critique, une œuvre majeure qui connaîtra plusieurs éditions et qui préfigure l'Encyclopédie. Ce livre s'attache à dénoncer les mensonges de la tradition historique et traquer les superstitions[25]. Pour éviter les poursuites, Bayle s'installe à Rotterdam.

  XVIIIe siècle

  Encyclopédie, 1773

Le projet encyclopédique gagne en force au siècle des Lumières en même temps que se développent les sciences.

Le Lexicon Technicum dirigé par John Harris, publié en 1704 à Londres, est la première encyclopédie en langue anglaise. Elle est organisée selon un classement alphabétique. Harris a été le premier auteur d’encyclopédie à faire appel à des experts, notamment Isaac Newton et John Ray[26].

La Cyclopaedia d'Ephraim Chambers est publiée à Londres en 1728. Également en ordre alphabétique, cet ouvrage sera souvent réédité et sa traduction française inspirera le projet d'encyclopédie qu'un éditeur parisien proposera à Diderot. Cet ouvrage est le premier à utiliser un système de renvois croisés[27].

Diderot et d'Alembert réalisent entre 1751 et 1772 l'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers qui comprend 17 volumes de texte et 11 d'illustrations, avec un total de 71 818 articles. La double vocation de l'encyclopédie est de répertorier les connaissances, les savoirs de son siècle et d'ouvrir une réflexion critique. Elle porte les idées du siècle des lumières.Cette encyclopédie sera reçue avec enthousiasme dans les milieux intellectuels et inspirera de nombreuses imitations.

Diderot décrit ainsi les objectifs de son entreprise en 1751 : « Le but d'une encyclopédie est de rassembler les connaissances éparses sur la surface de la terre ; d'en exposer le système général aux hommes avec qui nous vivons, et de le transmettre aux hommes qui viendront après nous; afin que les travaux des siècles passés n'aient pas été inutiles pour les siècles qui succèderont; que nos neveux devenant plus instruits, deviennent en même temps plus vertueux et plus heureux; et que nous ne mourions pas sans avoir bien mérité du genre humain »[28]. Le caractère d'un bon dictionnaire est, selon lui, de « changer la façon commune de penser ». Son encyclopédie prend parti de ce fait dans les combats politiques, religieux et scientifiques de son temps. Elle fournit un savoir et une critique du savoir, du langage et des préjugés véhiculés par les habitudes, les interdits, les dogmes et les autorités. Elle témoigne de la liberté de penser, du goût d'inventer et de la nécessité de douter[29].

Dans l'article «encyclopédie», Diderot insiste encore sur la dimension collective et la générosité inhérente à son projet: «Ouvrage qui ne s'exécutera que par une société de gens de lettres & d'artistes, épars, occupés chacun de sa partie, & liés seulement par l'intérêt général du genre humain, & par un sentiment de bienveillance réciproque». De fait, plus de 160 encyclopédistes ont collaboré à ce projet. Rompant avec les encyclopédies antiques et médiévales, qui étaient l'œuvre d'un seul homme, on est maintenant entré dans l'ère des travaux collectifs.

Entre 1768 et 1771, la Britannica paraît à Édimbourg sous le titre « Encyclopædia Britannica, ou Un Dictionnaire des Arts et des Sciences compilé selon un nouveau plan ». Une deuxième édition paraît dès 1778.

Entre 1770 et 1780, est publiée à Yverdon une Encyclopédie ou dictionnaire universel raisonné des connaissances humaines, qui s'inspire fortement du modèle de Diderot, mais en en supprimant les aspects antireligieux, ce qui lui vaudra une grande popularité dans les milieux protestants.

La dimension collective du projet encyclopédique sera encore plus manifeste avec la colossale Encyclopédie méthodique, dite aussi Encyclopédie « Panckoucke », dont la publication s'échelonnera de 1782 à 1832 et comptera 210 volumes, mobilisant plus d'un millier de contributeurs. Au lieu de traiter les sujets par articles, cette encyclopédie est organisée en volumes entiers consacrés à des domaines du savoir. À titre d’exemple, l’histoire naturelle couvre 12 volumes.

En 1788 paraît en Allemagne la Deutschen Encyclopädie.

  XIXe siècle

  Logotype de la Semeuse soufflant sur une fleur de pissenlit, dessiné par Eugène Grasset en 1890 pour les dictionnaires Larousse.

Au XIXe siècle et plus encore au XXe siècle, toutes les grandes langues voudront disposer d'une encyclopédie. Ce n'est pas seulement une question de fierté nationale, car la vulgarisation des connaissances et leur mise à la disposition du public sont essentielles au développement économique et intellectuel d'un pays.

En Allemagne, la première édition de la Brockhaus Enzyklopädie paraît en 1808. Cette encyclopédie connaîtra un énorme succès et sera régulièrement rééditée. Sa dernière édition date de 2005 et compte 30 volumes. La colossale Allgemeine Enzyklopädie der Wissenschaften und Künste de Ersch et Gruber, qui compte 167 volumes parus entre 1818 et 1879, restera inachevée.

La première édition de l'Encyclopedia Americana paraît aux États-Unis en 1829.

L'Encyclopédie nouvelle de Pierre Leroux et Jean Reynaud paraît entre 1833 et 1847, mais reste inachevée. Elle véhicule une idéologie progressiste et saint-simonienne[30].

  Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle de Pierre Larousse. Cette illustration en tête de la lettre A sollicite le lecteur à la façon d'un acrostiche visuel.

Pierre Larousse lance en 1863 sous forme de fascicules le Grand Dictionnaire géographique, mythologique, bibliographique, littéraire, artistique, scientifique du XIXe siècle qui se transformera en Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle (1866-1877). Cet ouvrage qui compte 17 volumes et plus de 20 000 pages mobilise une centaine de collaborateurs et « demeure une incontournable référence sur son époque[31].» Il aura un énorme impact social et sera mis à l'Index par l'Église. Il est à l'origine des dictionnaires encyclopédiques condensés qui feront le succès de cette maison d'édition durant plus d'un siècle, le premier étant le Nouveau Larousse illustré en sept volumes (1897-1904).

La Grande Encyclopédie est une encyclopédie de 31 volumes publiée en France de 1886 à 1902 dirigée par Marcellin Berthelot. Il s'agit d'une « mise au point didactique générale de haute tenue, comparable à la Britannica du temps[32]. »

Des encyclopédies spécialisées apparaissent dans beaucoup de domaines :

  • L' Encyclopédie théologique de l'abbé Migne, en 171 volumes, est considérée comme « un des grands monuments du siècle[31]. »
  • L'Encyclopédie Catholique[33] publiée sous la direction de l'abbé Glaire et du vicomte de Walsh parait en 1839 en 18 volumes. C'est une encyclopédie universelle imposante non illustrée, offrant un développement conséquent des questions relatives à l'Église Catholique : par exemple l'article sur les conciles fait 180 pages dont 10 pages pour les conciles tenus au Xe siècle.
  • L'Encyclopédie Roret. « Commencée sous la Restauration, elle se poursuivra jusqu'en 1939 et se compose de manuels techniques très complets, dont certains reprennent des titres publiés ailleurs[31]. »
  • L'Encyclopédie des sciences philosophiques publiée en 1817 à Heidelberg par le philosophe allemand Hegel.
  • Le Dictionnaire encyclopédique et biographique de l'industrie et des arts industriels[34], en 8 volumes (1881-1891)[35]sous la direction de O.E. Lami.
  • En Allemagne, la Realencyclopädie der classischen Altertumswissenschaft, consacrée à l'Antiquité classique et dont la 3e édition (1890-1978) compte 83 volumes plus 1 volume d’index est la plus importante encyclopédie spécialisée jamais publiée.

  XXe siècle

  Realencyclopädie der classischen Altertumswissenschaft Une colossale encyclopédie spécialisée sur le monde gréco-romain.
  Le Nouveau Larousse illustré, Paris, Larousse, 1897-1904, 7 vol.
  Une petite portion des 3 000 volumes de l'encyclopédie Que sais-je?

Dans le monde anglo-saxon, l’Encyclopædia Britannica est reconnue comme la référence en matière d'encyclopédie, surtout à partir de la publication de sa onzième édition en 29 volumes 1911.

L'Espagne produit à son tour une grande encyclopédie : Enciclopedia Espasa aussi appelée Enciclopedia universal ilustrada europeo-americana (1908-1930), comptant 70 volumes.

En Italie:

  • Enciclopedia italiana (1925-1936), 36 volumes, incluant un volume d'index. Cet ouvrage bénéficie d'une aide substantielle de l'État italien. L'historien français Lucien Febvre la juge « assez luxueuse dans sa présentation et de plus en plus fasciste dans sa rédaction[36]. » Mussolini en a rédigé l'article sur le fascisme.
  • L'Enciclopedia del Novecento (1975-1984) en 7 volumes présente une collection d'articles thématiques très fouillés signés par des sommités internationales.

Le Brésil publie sa Grande Enciclopédia Portuguesa e Brasileira (1936-1960), comptant 40 volumes.

L'Union soviétique publie la Grande Encyclopédie soviétique (65 volumes, 1926-1947) « ouvertement marxiste-léniniste et fondamentalement nationaliste[37] »

En France, l’expansion de la scolarité et de la curiosité intellectuelle subséquente fait de la production d’encyclopédies une activité lucrative qui suscite de nombreuses réalisations, sous forme d’encyclopédies universelles ou spécialisées:

  • Les nombreuses éditions du Petit Larousse illustré se répandent dans tout le monde francophone et font du terme « Larousse » un nom commun pour désigner un dictionnaire[36].
  • Grand Larousse encyclopédique en 10 volumes (19601964).
  • Le Club français du livre publie l’Encyclopædia Universalis en collaboration avec l'éditeur de la Britannica. La 1re édition (1968-1975) compte 20 volumes. Les articles sont signés par des experts, comme la Britannica le fait depuis 1922, ce qui ajoute au prestige de cette publication.
  • Grande Encyclopédie Larousse en 21 volumes (1971-1978)[38].
  • Dictionnaire encyclopédique Quillet.
  • Encyclopédie Alpha, 15 volumes vendus par fascicules dans les années 1970.
  • Le Quid, dont la première édition paraît en 1963, est un ouvrage encylopédique condensé du genre annuaire, offrant un maximum d'informations dans un seul volume, en s'attachant surtout à des données chiffrées et de caractère pratique.

Même si les ouvrages en ordre alphabétique dominent largement, on voit aussi paraître des ouvrages thématiques :

  • l’Encyclopédie française de Lucien Febvre et Anatole de Monzie 20 volumes (1935-1966) dont la mission est de « rendre sensible à tous la liaison réciproque de toutes les disciplines[36] ». Afin de pouvoir accueillir de nouveaux développements, cette encyclopédie est livrée en feuillets reliés à l'intérieur d'un classeur.
  • Encyclopédie de la Pléiade : cette prestigieuse collection compte 49 volumes imprimés sur papier bible (19561991), mais ces gros volumes sont difficilement consultables.
  • Que sais-je ? : collection de petits livres au format unique de 128 pages lancée en 1941 par les Presses Universitaires de France. Elle compte en 2012 plus de 3 000 titres.

Les encyclopédies spécialisées se multiplient:

  Ère numérique

L’ordinateur se révèle très vite extrêmement utile pour le travail sur les textes. Dès 1946, Roberto Busa en perçoit l’intérêt pour l’établissement d’un index des œuvres de Thomas d’Aquin [39], frayant ainsi la voie des humanités numériques. Grâce à ses possibilités de calcul, l'ordinateur est en effet un outil incomparable pour le projet encyclopédique :

  • Il permet de trouver en une fraction de seconde toutes les occurrences d'un mot parmi des millions d'autres.
  • L'efficacité de l'accès alphabétique est maximisée par le jeu des hyperliens, qui permettent au lecteur de sauter rapidement d'un élément à un autre, ce qui facilite beaucoup l'accès aux données.
  • Les capacités multimédia inhérentes au numérique permettent d'accompagner tout article avec des documents sonores, des images, des vidéos et des animations, ce qui augmente l'attrait de ces ouvrages pour le lecteur moyen et facilite la compréhension de données complexes.
  • La facilité des opérations de mise à jour est un atout considérable par rapport à la version imprimée.

  Encyclopédies sur CD-ROM

  CD-ROM de l'Encyclopædia Britannica de 1997, fonctionnant sous Netscape.

Le CD-ROM se commercialise à partir de 1984. Très vite, les encyclopédies commencent à adopter ce support:

  • L'Academic American Encyclopedia publiée par Grolier en 1985 est la première encyclopédie sur CD-ROM, mais elle ne comprend pas de multimédia.
  • La Compton's Encyclopedia (1989) est la première encyclopédie multimédia sur ce support. Il s'agit en fait d'une version allégée de la prestigieuse Britannica[40].
  • En 1993, Microsoft entre dans la course en livrant une version de son encyclopédie Encarta avec le système d'exploitation Windows. Cette encyclopédie multilingue est basée sur la populaire Funk & Wagnalls, Collier's et New Merit Scholar. Elle cesse d'être publiée en 2009.
  • En 1994, la ‘’Britannica’’ est vendue sur CD-ROM. La consultation exige l'installation de Netscape sous Windows 95, ce qui l'a rendue impossible sur les machines récentes.
  • À partir de 1995, l'Encyclopædia Universalis sur CD-ROM est fournie en complément de l'édition imprimée. Le découplage des deux versions se fait à partir de 2004. Une nouvelle version paraît chaque année jusqu'en 2012 (version 17).
  • L'Encyclopédie Hachette Multimédia.

  Encyclopédies en ligne

Le Web, qui commence à se répandre en 1993, se révèle comme un support bien supérieur au CD-ROM grâce à son ubiquité d’accès : cette caractéristique est d'autant plus valorisée que va se répandre le téléphone mobile intelligent qui sera suivi, quelques années plus tard, par la tablette tactile. Si l'on ajoute à l’instantanéité de l'accès l'extrême facilité des opérations de mise à jour et de copier-coller que permet le Web, on comprend l’intérêt de ce support pour un éditeur d'encyclopédie et son attrait pour les usagers.

L'Academic American Encyclopedia qui était accessible par Internet depuis 1983 via Compuserve rejoint la plateforme Web en 1995 en même temps que la Britannica. Ces deux encyclopédies sont disponibles moyennant un abonnement annuel.

En janvier 2001, Jimmy Wales et Larry Sanger lancent Wikipédia. Mettant en pratique les idées du gourou du logiciel libre Richard Stallman, cette encyclopédie se définit comme libre d'accès, multilingue, universelle et librement réutilisable. Elle est basée sur la technologie wiki inventée en 1995 qui permet de créer de nouvelles « pages » très facilement et de conserver en archives tous les états d’un texte. La réussite de Wikipédia est due à la fois à son fonctionnement collaboratif déterritorialisé, qui élimine le contrôle éditorial d'une métropole sur l'ensemble des locuteurs d'une langue donnée[41], ainsi qu’à quelques principes :

  • La neutralité de point de vue exige que le rédacteur se situe dans le domaine du savoir et non de la croyance.
  • Les articles sont rédigés de façon collaborative et peuvent être modifiés en tout temps.
  • Les interactions entre les collaborateurs sont régies par les règles de savoir-vivre et de convivialité.
  • Le contenu de Wikipédia est librement réutilisable, selon le principe de la licence libre.
  • Le projet étant par définition encyclopédique, il exclut toute information non référencée par des sources crédibles et vérifiables.
  • Un autre atout important est la barre multilingue, qui permet à un usager de passer instantanément d'une définition donnée dans une langue à celle d'une autre aire linguistique et culturelle.

En 2012, Wikipédia compte près de 4 000 000 d'articles dans sa version anglaise et plus de 1 240 000 en français, offrant ainsi une couverture encyclopédique bien plus vaste que n’importe quel autre projet. À titre de comparaison, Encarta avait 62 000 articles en 2008, Encyclopædia Britannica en offre 120 000 en ligne et Universalis en propose 34 400 en ligne.

Les encyclopédies imprimées classiques ont beaucoup de mal à soutenir la concurrence du numérique:

  • En 2007, Quid publie sa dernière édition.
  • La Britannica, dont la dernière édition imprimée date de 2010, annonce le 15 mars 2012 qu’elle ne publiera plus de version sur papier[42].

De nombreuses bases de donnés spécialisées et encyclopédies sont disponibles en ligne[43] font leur apparition, notamment Internet Movie Database qui répertorie tous les films et séries télévisées en donnant pour chacun une fiche détaillée.

  Développements connexes

La volonté de totalisation du savoir, qui est à la base du projet encyclopédique, peut prendre d’autres formes, en fonction de l’objet à représenter et des objectifs poursuivis.

Les premières tentatives encyclopédiques apparaissent sous forme de liste, tel le Catalogue des vaisseaux dans l'Iliade (-IXe siècle), qui répertorie les forces en présence lors de la guerre de Troie. Une autre forme de liste, les annales, enregistre les événements historiques sous forme chronologique. Il se produit encore aujourd'hui de nombreux ouvrages de ce genre, tels Chronologie universelle d'histoire[44] ou Famous first facts[45]. Une forme de liste très populaire est le Livre Guinness des records.

L'almanach répertorie sous forme de calendrier des informations diverses relatives à la vie quotidienne dans les campagnes: phases de la lune, lever et coucher du soleil, alternance des saisons, etc.

La représentation de type plan que fournit la carte est parfaitement adéquate pour représenter les positions respectives de divers objets dans un ensemble fini. Dès l’Antiquité, la carte géographique était essentielle aux commerçants et aux navigateurs ainsi qu’au pouvoir désireux de baliser son empire. La métaphore de la carte s’est maintenant étendue à la cartographie génétique qui détermine les positions relatives d’une séquence d’ADN sur un chromosome.

La métaphore de l’arbre, qui a inspiré les premiers procédés de classement avec l'Arbre de Porphyre[46], est particulièrement adéquate pour représenter l’évolution du vivant. Elle sert de structure au Tree of life web project, qui a pour but de rassembler une collection d’informations au sujet de la biodiversité et de recenser tous les organismes, qu’ils soient encore vivants ou qu’ils aient disparu.

L'avènement des bases de données a ouvert de nouvelles possibilités à la volonté de savoir. Certains considèrent le monde comme un « énorme problème de données[47] » qu'il importe de rassembler, catégoriser et offrir à des clients éventuels. Les méthodes d'exploration de données (data mining) permettent d'extraire des configurations inattendues et sémiotiquement valides à partir d'énormes amas de données factuelles considérées jusque-là comme étant sans valeur.

  Caractéristiques

  Ordre thématique ou alphabétique ?

  Système figuratif représentant l'embranchement des connaissances humaines — XVIIIe siècle
  Système figuré des connaissances humaines dans l’Encyclopédie.

Jusqu’au XVIIe siècle, le projet encyclopédique avait vocation à présenter une synthèse globale du savoir dans un ouvrage que le lecteur était censé lire du début à la fin afin de se l’assimiler en profondeur[48]. L'organisation en était donc nécessairement thématique, afin de faciliter dans l'esprit du lecteur l'établissement de liens entre les divers éléments de savoir. Comme cette ambition devient irréaliste avec l'expansion du champ des connaissances, le projet encyclopédique cèdera finalement à la commodité offerte par un classement alphabétique, mais non sans que cela suscite de nombreuses critiques et controverses (voir Encyclopédie#Un_savoir_superficiel|Un savoir superficiel).

Dans le Consilium de Encyclopædia nova conscribenda methodo inventoria (1679), Leibniz, qui s’est intéressé aux règles combinatoires de Raymond Lulle, renonce cependant à la possibilité d’appliquer celles-ci à la rédaction d’une encyclopédie. Au lieu d’une organisation thématique rigoureuse qui enchaînerait l’ensemble des connaissances en affectant à chaque élément de contenu une place unique, Leibniz « compare une encyclopédie à une Bibliothèque comme inventaire général de toutes les connaissances […] Il rappelle que l’encyclopédie devrait avoir beaucoup de renvois d’un lieu à un autre, étant donné que la plupart des choses peuvent être vues sous différentes perspectives […] Et ceux qui rangent une Bibliothèque ne savent pas bien souvent où placer quelques livres, étant suspendus entre deux ou trois endroits également convenables[49]. »

La pensée de Leibniz était connue du philosophe et mathématicien d’Alembert qui a conçu avec Diderot l’organisation de l’Encyclopédie. Dans le Prospectus de l’Encyclopédie, Diderot annonce vouloir « former un arbre généalogique de toutes les sciences et de tous les arts, qui marquât l’origine de chaque branche de nos connaissances, les liaisons qu’elles ont entre elles et avec la tige commune, et qui nous servît à rappeler les différents articles à leurs chefs[50]». Il est en effet nécessaire que le maître d’œuvre d’un projet aussi colossal dispose de repères pour distribuer le travail de rédaction entre les divers collaborateurs en fonction de leur expertise respective. Une vision cohérente de l’organisation des savoirs se révèle donc toujours utile pour la production d’une encyclopédie.

L'ordre alphabétique est cependant mieux adapté aux attitudes de lecture qui se développent au XVIIIe siècle siècle. Alors que l'accent était traditionnellement mis sur un modèle intensif de lecture, impliquant la nécessité pour le lecteur de s'assimiler en profondeur le contenu de ses lectures, on voit alors se répandre un modèle «extensif» où le lecteur préfère étendre l'éventail de ses lectures plutôt que de relire toujours les mêmes textes[51].

Soucieux de faciliter le travail du lecteur, Diderot précise: « on a traité des sciences et des arts de manière qu’on n’en suppose aucune connaissance préliminaire ; qu’on y expose ce qu’il importe de savoir sur chaque matière ; que les articles s’expliquent les uns par les autres. » C’est cette même préoccupation qui lui fait adopter un ordre alphabétique. En outre, celui-ci donne aux éditeurs une flexibilité nouvelle, leur permettant d’ajouter de nouvelles rubriques en fonction des avancées scientifiques sans avoir à en vérifier la cohérence avec une organisation préalable de l’ensemble. L’idée que le classement alphabétique offre une plus grande facilité d’accès à un large groupe de lecteurs est essentiellement une idée propre au XVIIIe siècle[52].

L'arbitraire de l'ordre alphabétique est cependant compensé dans l'Encyclopédiepar quatre types de renvois internes: ceux-ci peuvent être comparés à des hyperliens avant la lettre.

Même si l’ordre alphabétique est largement plébiscité par les lecteurs de l’Encyclopédie, des encyclopédies thématiques continueront à paraître même au XXe siècle, notamment l' Encyclopédie de la Pléiade. Cherchant un moyen terme entre les approches alphabétique et thématique, l'Encyclopædia Britannica adopte pour sa 15e édition (1974) un modèle hybride comportant trois ensembles : la Macropædia (17 volumes) qui développe en profondeur quelques centaines d’articles fondamentaux classés en ordre alphabétique, la Micropædia (une encyclopédie ordinaire en 12 volumes contenant 65 000 articles) et la Propædia (1 vol.) qui organise et relie de façon thématique les contenus des deux autres.

L'idée même que l'on puisse réunir tout le savoir humain de façon ordonnée et cohérente sera mise à mal par la critique philosophique. Dès 1817, Hegel écrivait : « [Une encyclopédie] est, en quelque sorte, un agrégat de sciences réunies de façon contingente et empirique, parmi lesquelles il y en a qui n'ont de science que le nom, n'étant d'ailleurs qu'une pure collection de connaissances, L'unité qui préside à cet agrégat de sciences est tout extérieure […][53]

Comme le souligne Peter Burke, « le passage d'un système thématique à un système alphabétique peut refléter un changement dans la vision du monde, une perte de la foi dans la correspondance entre le monde et le mot. Cela correspond évidemment aussi à un changement dans le mode de lecture[54]».

  Wikipédia

  Répartition des thèmes traités par la Wikipedia anglophone en janvier 2008. Voir l'article Wikipédia

Avec la numérisation du texte et les hyperliens, la rupture avec la conception thématique médiévale s'accentue encore. Dans Wikipédia, il n'y a même plus d'ordre alphabétique, celui-ci étant rendu inutile par les moteurs de recherche.

Grâce à cette absence totale de plan général, la production de nouveaux articles peut se faire sans entrave. Elle est accélérée par (a) une plateforme wiki qui facilite les opérations d’écriture et de création de pages, (b) un fonctionnement collaboratif déterritorialisé qui favorise la prise en compte de points de vue multiples, (c) la barre multilingue qui permet au lecteur d'élargir sa vision du monde à des cultures lointaines et (d) les attentes d'un public extrêmement divers, provenant d'horizons géographiques et culturels variés, qui consulte Wikipédia en vue d'y trouver réponse à n'importe quelle question. Tout cela a pour effet d'étendre indéfiniment le champ encyclopédique.

Pour compenser l'éclatement inhérent à une encyclopédie par articles isolés, chaque article de Wikipédia est associé à une ou plusieurs catégories de sorte que le lecteur peut trouver tous les articles de la même catégorie ainsi que ceux de la catégorie hiérarchiquement supérieure. Un certain nombre d'articles sont également associés à une modalité de regroupement plus lâche: le portail. Les portails, qui sont au nombre de 1 243 dans la Wikipédia française, sont de grandes classes thématiques. Celles-ci se regroupent à leur tour en douze grands thèmes: ArtsCultureSportLoisirsSociétéPolitiqueReligionHistoireGéographieSciencesTechnologiesMédecine. Le lecteur intéressé peut ainsi explorer un domaine du savoir et en mesurer l'ampleur en en parcourant les divers sous-domaines.

Dans la pratique, cependant, le lecteur de Wikipédia préférera naviguer à l'aide des hyperliens car ceux-ci lui permettent de suivre ses propres réseaux associatifs et donc de se construire un savoir répondant à ses besoins et à ses capacités.

  Aspects rédactionnels

Contrairement au roman, qui exige une lecture linéaire du début à la fin, un article d'encyclopédie est souvent consulté en fonction d'une question précise. Le lecteur d'un article d'encyclopédie devrait donc « pouvoir facilement repérer dans un texte les parties qui l’intéressent et sauter les digressions ou les sections non pertinentes, bref, qu’il ne soit pas rivé à un fil de texte continu[55]».

Un article doit respecter les exigences d'un style encyclopédique. Celui-ci doit être impersonnel, sans aucun recours aux chevilles caractéristiques d'un discours oral, sans questions rhétoriques, exclamations ou expressions dénotant le sentiment du rédacteur. Il doit aussi être clair, précis et compréhensible. L'ensemble de l'article doit être équilibré et ne pas consacrer à un détail une importance hors de proportion avec le reste. Les conventions de style de Wikipédia ont pour but d'assurer « l'uniformité visuelle et structurelle de tous les articles, et d'en faciliter ainsi la compréhension ».

La Royal Society a été la première, en 1666, à reconnaître l'importance d'un style neutre pour les textes destinés à sa revue Philosophical Transactions en bannissant les figures de style afin d'éviter que des textes visant à susciter la réflexion soient envahis par l’émotivité de leur auteur, si facilement enclenchée par le jeu de la comparaison, de la métaphore, de l’ironie ou de l’hyperbole[56].

  Neutralité de point de vue

Alors qu’elle aspire à dire le vrai sur toute chose, une encyclopédie n’est jamais à l’abri des biais culturels ou idéologiques de ses rédacteurs. Parfois, ces biais sont clairement affichés comme dans l'Encyclopédie, mais cela faisait partie de ce projet que Diderot avait conçu comme une machine de guerre contre l'obscurantisme, avec pour résultat que cet ouvrage sera condamné par l'Église et que le pape Clément XIII enjoindra aux catholiques de brûler les exemplaires en leur possession[57]. La neutralité de point de vue commencera toutefois à s'imposer dans le discours encyclopédique au XIXe siècle. Elle est généralement reconnue aujourd’hui comme un impératif.

En exigeant un point de vue neutre, Wikipédia crée les conditions favorables à un débat civilisé et placé sous le signe de la rigueur intellectuelle[41]. Cette neutralité n’est cependant pas facile à atteindre, un rédacteur étant toujours susceptible de mettre de l’avant des positions subjectives, de façon consciente ou non. La seule façon de parer à ce danger est de faire en sorte que chaque article soit écrit en collaboration ou révisé par une communauté de lecteurs.

  Articles signés ou anonymes ?

Pour contribuer à l'Encyclopédie, Diderot a fait appel à des personnages célèbres de son époque, dont les plus connus sont Voltaire, Rousseau, Condorcet, Montesquieu, etc. Ces auteurs se contentent toutefois le plus souvent de signer leurs articles par des initiales. Par la suite, la pratique de la signature varie. Les articles d'encyclopédies thématiques sont généralement signés. Charles Babbage contribue à la Metropolitana. Dans son édition de 1926, la Britannica fait appel à des personnalités de réputation internationale, tels Albert Einstein pour l'article « Space-time », Freud (« Psychoanalysis »), Marie Curie, Léon Trotsky (« Lenin ») ou Henri Pirenne (« Belgium »). Ces signatures ajoutent incontestablement au prestige de l'ouvrage. De même, l'Encyclopædia Universalis fait appel à des sommités, notamment Roland Barthes (« Texte »). L'Enciclopedia italiana a elle aussi fait appel à des centaines d'experts dont les initiales données en début de volume permettent d'identifier l'auteur de chacun des articles.

Pourtant, « l’exigence de signature apparaît de plus en plus comme le résidu fossile du discours d’autorité qui a régné durant des millénaires dans le domaine scientifique et fut un frein à son développement. On sait ainsi que l’autorité d’Aristote a été invoquée pour contrer les observations de Kepler, celle de Galien pour discréditer les travaux des premiers anatomistes ou celle de la Bible pour rejeter les théories de Darwin[41] ». Pour que les sciences prennent véritablement leur essor, il a fallu qu’elles se débarrassent de la notion d’autorité et se centrent plutôt sur la reproductibilité des procédures suivies pour étayer une hypothèse de travail[58].

En outre, la signature, qui s’était beaucoup développée avec le média imprimé et la notion de copyright, montre son inadéquation au nouveau monde médiatique − où les frontières entre auteurs et lecteurs se sont abolies dans le continuum de la communication numérique en réseau − et est difficilement compatible avec le travail de rédaction collaborative exigé par Wikipédia. Malgré cela, il est toujours possible de retracer dans l'historique d'un article de Wikipédia la source de chaque modification, aussi ténue soit-elle, et même, dans bien des cas, d'en retracer l'auteur. Mais la signature n'est plus mise en évidence et ne fonctionne plus comme un index de vérité et de crédibilité. La validation d'un article vient maintenant de sa conformité avec des données vérifiables, qui est fonction de la diversité de point de vue de ses contributeurs[41].

  Impacts sociopolitiques

  Un nouveau rapport au savoir

  Même en publiant de volumineux suppléments annuels, il n'est plus possible à une encyclopédie imprimée de se tenir à jour.

Avec la généralisation du Web, l'encyclopédie a changé de nature, reflétant un nouveau rapport au savoir. Certains sont très critiques à l'égard de ces bouleversements, tel Alain Rey : « Dans l'approximation et la confusion, ce type de néo-encyclopédie [Wikipédia], par sa gratuité et la fascination qu'exercent l'écran et le clavier, peut éloigner des encyclopédies professionnelles et contrôlées […] l'informatique et l'Internet sont destructeurs de l'esprit encyclopédique incarné par Aristote, saint Augustin, Bacon, Locke, Leibniz, Condillac, Hegel, Coleridge ou Auguste Comte (pour s'en tenir à l'Occident), ce qui est au moins préoccupant. Dans encyclopédie, le « cycle », le cercle est devenu sans limite, son centre étant partout et sa circonférence nulle part, et la 'pédagogie' que suscite paideia relève du self-service le plus hâtif[59]

Wikipédia ne vise pas à offrir une vision ordonnée du monde, arrimée à des certitudes philosophiques ou religieuses comme au Moyen Age. Cette conception animait certes Raymond Lulle (XIIIe-XIVe siècles) qui proposait dans L'Arbre de la science une « Grande Chaîne de l'Etre à travers une représentation de la chaîne des savoirs[60]. » Une telle vision du savoir relève d'une époque révolue. Depuis déjà plusieurs siècles, la croissance exponentielle des connaissances a exclu la possibilité qu'un individu puisse en faire le tour et se les assimiler.

Les domaines « nobles » des sept arts libéraux qui étaient traditionnellement couverts par l'encyclopédie ont dû s'élargir à des nouveaux venus. Au XVIIIe siècle, Diderot avait révolutionné la pensée encyclopédique en faisant une large place aux métiers et aux techniques, avec de nombreux volumes de planches. Avec l'arrivée du numérique, la métaphore organique de l'arbre jadis utilisée pour représenter l'unicité du savoir a fait place à celle du labyrinthe[61]. Dans tous les domaines, les savoirs se sont multipliés, élargissant le champ de l'encyclopédie non seulement aux disciplines scientifiques, mais aussi aux productions culturelles, aux savoirs nécessaires à la vie sociale, ainsi qu"à une multitude de savoirs techniques et procéduraux. Chaque jour apparaissent de nouvelles normes qu'il faut pouvoir appliquer, des sigles qu'il faut décoder, des événements qu'il faut comprendre et dont on veut pouvoir revivre la chronologie exacte. Pour tout cela, le public a un besoin d'informations qui soient sur un site indépendant et en accès libre, dont la fiablilité puisse être établie par recoupement avec des archives ou par comparaison avec des versions en d'autres langues.

En outre, la possibilité retrouver instantanément des informations sur toute sorte de questions et à tout moment modifie notre rapport à la mémoire. Les arts de la mémoire, qui jouaient un rôle majeur avant l'invention de l'imprimerie[62], se sont érodés davantage au profit des connaissances procédurales. Google et Wikipédia sont devenus des substituts de la mémoire[41].

  Une éthique du partage

La décision de réaliser une encyclopédie est un projet de longue haleine qui exige que son auteur se consacre à la synthèse de connaissances établies plutôt qu’à en créer de nouvelles. Pour Denis Diderot, une telle entreprise doit être motivée par le désir d’élever dans le public le niveau de savoir. Il voit les encyclopédistes comme étant « liés seulement par l'intérêt général du genre humain » et l’Encyclopédie comme « un livre [pour] guider ceux qui se sentiraient le courage de travailler à l’instruction des autres[50]. »

On retrouve la même motivation essentiellement altruiste chez Pierre Larousse, dont l’ambition était de faire un livre « où l'on trouvera, chacune à son ordre alphabétique, toutes les connaissances qui enrichissent aujourd'hui l'esprit humain », et qui s'adressera non pas à une élite, mais à tous, de façon à « instruire tout le monde sur toutes choses[63]. » La devise de sa collection est « Je sème à tout vent ».

Un engagement actif en faveur d’une économie du don est à la base de Wikipédia. En s’engageant dans la production gratuite de contenus, les contributeurs de Wikipédia ne sont pas seulement guidés par un altruisme désintéressé, mais sont probablement conscients de la réciprocité de l’enjeu : en faisant bénéficier autrui de leurs connaissances et de leur savoir-faire, ils savent pouvoir un jour bénéficier à leur tour d’un semblable don et trouver dans Wikipédia réponse à leurs propres interrogations[41].

  Universalisme

  L'écrivain H.G. Wells.

Selon Lucien Febvre, le mouvement encyclopédique est passé du « temps des certitudes divines » représenté par le Speculum maius au « temps des certitudes laïques » avec l'Encyclopédie de Diderot; aujourd'hui, nous serions au temps de « l'encyclopédie qui sait ne pas tout savoir[36] ». Toutefois, si le projet encyclopédique ne peut plus envisager de fournir une synthèse des savoirs en même temps qu'une réponse au sens de la vie, il a pris une autre dimension avec la montée rapide d'une conscience mondiale.

Vers la fin de sa vie, l’écrivain britannique H.G. Wells se fit le promoteur d'un projet d’encyclopédie universelle qui sous certains aspects préfigure Wikipédia : « J'imaginais une organisation encyclopédique internationale qui emmagasinerait et mettrait à jour de façon continue tout élément de savoir vérifiable en le plaçant sur microfilm et en le rendant accessible de façon universelle[64]. » Revenant sur ce sujet en 1938 dans une contribution à l'article « Encyclopédie » de l'Encyclopédie française, intitulée « Rêverie sur un thème encyclopédique », Wells argumente en faveur d'une « encyclopédie permanente mondiale » dont le noyau « serait une synthèse mondiale de bibliographie, de documentation et des archives classées du monde », grâce à laquelle il ne devrait plus rester un seul illettré dans le monde[36]. Mieux encore, la facilité d'accès de cette encyclopédie en ferait une sorte de « cerveau de l'humanité[65] ». Une masse énorme d'information se transforme ainsi en un organisme vivant « qui peut avoir à la fois la concentration d'un animal intelligent et la vitalité diffuse d'un amibe[36] ». Pour l'écrivain d'anticipation, une telle réalisation n'est pas une utopie mais serait essentielle à la survie de l'humanité car elle « n'aura pas tellement pour effet d'aplanir des discordes archaïques, que de les vider, à fond mais imperceptiblement, de leur substance[36]. »

  Démocratisation du savoir

  Le cardinal de Richelieu n’était pas favorable à la diffusion du savoir à tout vent.

Dans son énoncé de mission, la Fondation Wikimédia déclare travailler en vue d'« un monde dans lequel chaque être humain peut librement obtenir et partager des connaissances[66]. » Une telle volonté de mettre le savoir à portée de tous est loin d’avoir toujours été la norme[67]. Selon l'historien Peter Burke, la Réforme a beaucoup contribué à faire accepter l’idée que toutes les couches de la société devraient avoir accès au savoir. En revanche, dans les pays qui n’ont pas été touchés par la Réforme, la méfiance envers la diffusion du savoir est restée très forte jusqu'à la Révolution française. Ainsi, Richelieu (1585-1642) écrit dans son Testament politique : « Comme la Connoissance des Lettres, est tout à fait nécessaire en une République, que, il est certain qu'elles ne doivent pas être indifféremment enseignées à tout le Monde. Ainsi qu'un Corps qui auroit des Yeux en toutes ses Parties, seroit Monstrueux ; de même un État le seroit-il, si tous ses Sujets étoient Sçavans; On y verroit aussï peu d'Obéïssance, que l'Orgueil et la Présomption y seroient ordinaires[68]

En Chine, le pouvoir a toujours été extrêmement conscient de la nécessité de contrôler la diffusion du savoir et cette méfiance persiste encore aujourd’hui comme le prouve le blocage, depuis 2007, de toutes les versions de Wikipédia [2][69].

  Écueils et critiques

  Un savoir superficiel

L'adoption de l'ordre alphabétique est dénigrée comme étant à la source d'un savoir hétéroclite, vain et superficiel. Nombreux sont les critiques qui répugnent à ce que le savoir soit débité en milliers d’articles classés dans l’ordre alphabétique et qui s’inquiètent des effets que pourrait avoir cette fragmentation du savoir sur la formation des esprits.

Dès 1771, la préface de l'Encyclopædia Britannica critique Diderot et d'Alembert pour avoir adopté un classement alphabétique: « the folly of attempts to communicate science under the various technical terms arranged in an alphabetical order[70]. » Mais cet ouvrage finira par l'adopter lui aussi dans des éditions subséquentes.

Le poète et critique Samuel Taylor Coleridge, qui faisait partie de l’équipe de rédaction de l’Encyclopædia Metropolitana, écrit dans une lettre de 1817 que « appeler encyclopédie un énorme mélange incohérent de tout le savoir dans un arrangement déterminé par le pur accident de la lettre initiale relève de l'impudente ignorance de vos éditeurs presbytériens[71]

Cette critique de l’ordre alphabétique vient aussi du fait que, par sa facilité d’accès, une grande encyclopédie met le savoir à la portée des masses, court-circuitant de ce fait les institutions de transmission traditionnelles. Les connaissances ainsi obtenues seraient en quelque sorte frappées d’illégitimité.

Flaubert (1821-1880) s’est fait l’écho de ces critiques dans son Dictionnaire des idées reçues, publié après sa mort : « DICTIONNAIRE : En dire : “N'est fait que pour les ignorants.” ENCYCLOPEDIE : En rire de pitié, comme étant un ouvrage rococo, et même tonner contre. » Cette critique est explicitée sous forme romanesque dans Bouvard et Pécuchet (voir Encyclopédie et fiction).

Même si l’avancement des idées démocratiques a rendu ces critiques désuètes, ces dernières ont refait surface avec force dans les premières années qui ont suivi l’apparition de Wikipédia. De fait, avec la multiplication des articles et la présence constante d’hyperliens permettant de sauter d’une idée à une autre, la fragmentation apparente du savoir est bien plus grande encore que dans les encyclopédies imprimées, engendrant dans le public une sensation de rupture dans la transmission de la culture et incitant les médias à se faire l'écho des critiques de Wikipédia.

  Cas de plagiat

En tant que compilation de connaissances établies, une encyclopédie s'appuie nécessairement sur des travaux antérieurs. Cette démarche est parfaitement légitime à condition de signaler ses sources. Ce n'est pas toujours le cas et il arrive qu'une encyclopédie se laisse aller à reprendre des compilations antérieures en les maquillant. Selon Charles Nodier : « Les dictionnaires sont en général des plagiats en ordre alphabétique[72]. »

La première édition du Dictionnaire de Trévoux (1704) était démarquée très largement du dictionnaire de Furetière, augmenté par Basnage en 1701[73].

  Contenu périmé

Les connaissances évoluant constamment, une encyclopédie doit impérativement être mise à jour régulièrement. Comme cette opération est coûteuse en recherche, en typographie et en impression, bien des maisons d’édition se contentaient de ne faire que des changements limités dans une nouvelle édition.

Cette critique a été notamment adressée à l’encyclopédie espagnole Espasa qui a continué à rééditer tels quels des articles souvent rédigés plusieurs dizaines d’années auparavant.

Même la prestigieuse Britannica n’est pas à l’abri de cette critique, comme l’a montré Harvey Einbinder[74].

  Idéologie d’État

Dans la Grande encyclopédie soviétique, les personnalités tombées en disgrâce étaient expurgées de l’édition subséquente de l’ouvrage. Pour que l’expurgation soit immédiate et complète, les souscripteurs recevaient par la poste un article de remplacement, qu’ils étaient priés de coller à la place de l’article original[75].

L’encyclopédie polonaise Wielka PWN a été entièrement refondue et réimprimée (2001-2005) afin d’éliminer les distorsions contenues dans l’édition en vigueur avant la chute du mur de Berlin en 1989.

  Dogmatisme religieux

Aux États-Unis, Wikipédia s’est heurtée à une forte opposition des milieux conservateurs. Pour en miner l’influence, ceux-ci ont notamment financé Conservapedia, une pseudo-encyclopédie qui se fait la championne du créationnisme et maintient la nécessité d’une lecture littérale de la Bible.

  Encyclopédie et fiction

Le concept d’encyclopédie a inspiré plusieurs écrivains, qui en ont parfois fait un élément central de leur récit.

  Flaubert

Dans Bouvard et Pécuchet (1881), Flaubert met en scène avec ironie deux rentiers qui, ayant quitté Paris pour se retirer à la campagne, se lancent dans diverses entreprises (agriculture, chimie, médecine, histoire, philosophie, musique, etc.). Ne connaissant rien à ces domaines, ils ont recours à des livres de référence et à « l’Encyclopédie Roret » ainsi qu’au « Dictionnaire de sciences médicales ». Ils échouent lamentablement dans toutes leurs entreprises, montrant ainsi la vanité d’un savoir mal assimilé. Flaubert a lui-même donné comme sous-titre à cet ouvrage: « encyclopédie de la bêtise humaine ».

Dans « La bibliothèque de Babel », l'écrivain argentin Jorge Luis Borges imagine un univers constitué par une gigantesque bibliothèque dont les rayonnages de livres s’étendent à l’infini. L’humanité qui la peuple cherche fébrilement à déchiffrer les millions de livres, mais en vain. Certains gardent cependant l’espoir que, au gré des variations aléatoires de caractères, il se trouve quelque part « un livre qui est la clé et le résumé parfait de tous les autres[76] ».

Dans une nouvelle intitulée « La langue analytique de John Wilkins » (1942), Borges offre une divertissante réflexion sur les périls des classifications : « Ces catégories ambiguës, superfétatoires, déficientes rappellent celles que le docteur Franz Kuhn attribue à certaine encyclopédie chinoise intitulée Le marché céleste des connaissances bénévoles. Dans les pages lointaines de ce livre, il est écrit que les animaux se divisent en (a) appartenant à l'empereur, (b) embaumés, (c) apprivoisés, (d) cochons de lait, (e) sirènes, (f) fabuleux, (g) chiens en liberté, (h) inclus dans la présente classification, (i) qui s'agitent comme des fous, (j) innombrables, (k) dessinés avec un très fin pinceau de poils de chameau, (l) et cætera, (m) qui viennent de casser la cruche, (n) qui de loin semblent des mouches[77].» Cette description, que Michel Foucault reprend en introduction à son livre Les mots et les choses, n’est pas très éloignée de celle que l’on trouve dans l'Encyclopédie à l’article « Livre », dont la rédaction est due au chevalier de Jaucourt : « Par rapport à leurs qualités, les livres peuvent être distingués en (a) livres clairs et détaillés, qui sont ceux du genre dogmatique [...], (b) livres obscurs, c'est-à-dire dont tous les mots sont trop génériques et qui ne sont point définis [...], (c) livres prolixes [...], (d) livres utiles [...], (e) livres complets, qui contiennent tout ce qui regarde le sujet traité. Relativement complets [...] » (p. 604).

Dans Tlön, Uqbar, Orbis Tertius, autre nouvelle de Jorge Luis Borges publiée en 1940, le narrateur dit avoir découvert un pays inconnu nommé Uqbar grâce à une notice du volume XLVI de l’Anglo-American Cyclopaedia publiée à New-York en 1917, ouvrage qui serait un fac-similé de l’Encyclopædia Britannica de 1902. Or, on cherchera en vain cet ouvrage, car même s’il y eut de nombreuses éditions pirates de la célèbre Britannica aux États-Unis à cette époque, aucune ne porte ce titre. Au surplus, la Britannica ne comptait que 35 volumes[78]. La nouvelle enchaîne alors sur la mystérieuse Encyclopédie de Tlön, qui serait rédigée par une société secrète s'attachant à décrire méthodiquement et minutieusement « une planète illusoire ». Le narrateur ajoute: « les quarante volumes qu’elle comporte (l’œuvre la plus vaste que les hommes aient jamais entreprise) seraient la base d’une autre plus minutieuse, rédigée non plus en anglais, mais dans l’une des langues de Tlön » et qui d'ici un siècle pourrait compter une centaine de volumes[79].

La veine borgésienne d’une encyclopédie fictive a inspiré diverses réalisations :

  Voir aussi

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  Liens externes

  Bibliographie

  • (fr) Bruno Blasselle, Histoire du livre, 2 vol., Paris, Gallimard, Coll. Découvertes, 1998.
  • (en) Peter Burke, A social history of knowledge: from Gutenberg to Diderot, Cambridge, Polity, 2000.
  • (fr) G. de Callataÿ et B. Van den Abeele, Une lumière venue d'ailleurs. Héritages et ouvertures dans les encyclopédies d'Orient et d'Occident au Moyen Age, Louvain-la-Neuve, Brepols, 2008.
  • (en) Robert Collison, Encyclopædias : their history throughout the ages. 2e éd. New York, Hafner, 1966.
  • (fr) Maurice Daumas (dir.), Histoire de la science, Encyclopédie de la Pléiade, Gallimard, 1957.
  • (fr) Umberto Eco, De l'arbre au labyrinthe, traduit de l'italien par Hélène Sauvage, Paris, Grasset, 2010. (ISBN 978-2-246-74851-9)
  • (fr) Pierre Gourdain, Florence O'Kelly, Béatrice Roman-Amat et al., La révolution Wikipédia : les encyclopédies vont-elles mourir ? (préface de Pierre Assouline), Mille et une nuits, Paris, 2007, 141 p. (ISBN 978-2-75550-051-6)
  • (fr) Alain Rey, « Encyclopédie », Encyclopædia Universalis (en ligne).
  • (fr) Alain Rey, Miroirs du monde. Une histoire de l'encyclopédisme, Paris, Fayard, 2007.(ISBN 978-2-213-63106-5)
  • (fr) Françoise Tilkin (dir.), L’encyclopédisme au XVIIIe siècle : actes du colloque organisé par le Groupe d’étude du XVIIIe siècle de l’Université de Liège (Liège, 30-31 octobre 2006). Liège, Faculté de philosophie et lettres de l’Université, 2008. (ISBN 978-2-87019-296-2)
  • (en) S. Padraig Walsh, Anglo-American general encyclopedias : a historical bibliography : 1703-1967. New York, R. R. Bowker, 1968.
  • (en) Richard Yeo. Encyclopaedic Visions, Cambridge University Press, 2001.

  Notes et références

  1. Alain Rey, Miroirs du monde. Une histoire de l'encyclopédisme, Paris, Fayard, 2007, p. 52.
  2. Umberto Eco, Kant et l'ornithorynque, trad. Julien Gayrard, Paris, Grasset, p. 231.
  3. Joachim du Bellay, Deffence et illustration de la langue françoyse, chap. X.
  4. a et b Dossier pédagogique sur le site de la Bibliothèque Nationale de France
  5. Alain Rey, Miroirs du monde. Une histoire de l'encyclopédisme, Paris, Fayard, 2007, p. 94.
  6. Umberto Eco, De l'arbre au labyrinthe, Grasset, 2010, p. 41.
  7. Umberto Eco, De l'arbre au labyrinthe, p. 42.
  8. Augustin, De doctrina christiana, liv. II.
  9. Maurice Daumas (dir.), Histoire de la science, Encyclopédie de la Pléiade, Gallimard, 1957, p. 339.
  10. Jacques Le Goff, cité par Bernard Ribémont, Le livre des propriétés des choses, Stock, 1999, p. 17.
  11. Alain Rey, Miroirs du monde. Une histoire de l'encyclopédisme, Paris, Fayard, 2007, p. 127.
  12. Alain Rey, Miroirs du monde. Une histoire de l'encyclopédisme, Paris, Fayard, 2007, p. 131.
  13. Alain Rey, Miroirs du monde. Une histoire de l'encyclopédisme, Paris, Fayard, 2007, p. 133.
  14. a et b Alain Rey, article « Encyclopédie » dans Encyclopædia Universalis
  15. Voir Ziva Vesel, « Les encyclopédies persanes », dans G. de Callataÿ, Une lumière venue d'ailleurs. Héritages et ouvertures dans les encyclopédies d'Orient et d'Occident au Moyen Age, Brepols, 2008, p. 49-89.
  16. On peut lire une histoire romancée de cet épisode dans « Le livre d'Hannah » de Geraldine Brooks (écrivain).
  17. a, b et c Alain Rey, Miroirs du monde. Une histoire de l'encyclopédisme, Paris, Fayard, 2007, p. 140.
  18. Robert L. Collison et Warren E. Preece, article Encyclopædia dans la Britannica en ligne.
  19. Alain Rey, Miroirs du monde. Une histoire de l'encyclopédisme, Paris, Fayard, 2007, p. 30.
  20. Robert L. Collison, Warren E. Preece, Encyclopædias and Dictionaries. In: Encyclopædia Britannica. 1998, vol. 18, p. 276.
  21. Needham, Volume 5, Part 7, 102.
  22. « [Cette technique] fut employée surtout pour quelques grandes entreprises impériales ainsi au XVIIIe s., celle de l'encyclopédie « Kou kin t'ou chou tsi tch'eng » en 10 000 chapitres, pour laquelle les caractères de cuivre furent gravés et non fondus. » Febvre et Martin, L’apparition du livre, 1958, p. 136.
  23. Richard Yeo, Encyclopaedic Visions, Cambridge University Press, 2001, p. 17. Le dictionnaire de Moréri est disponible sur Google Livres : Grand Dictionnaire
  24. Richard Yeo, Encyclopaedic Visions, Cambridge University Press, 2001, p. 18.
  25. François Moureau, Le roman vrai de l'Encyclopédie, Gallimard, coll. Découvertes, p. 32.
  26. Richard Yeo, Encyclopaedic Visions, Cambridge University Press, 2001, p. 13.
  27. Richard Yeo, Encyclopaedic Visions, Cambridge University Press, 2001, p. 114.
  28. http://www.univ-paris-diderot.fr/diderot/presentation/encyclo.html
  29. Marie Leca-Tsiomis, Texte paru dans Célébrations Nationales 2001, Ministère de la Culture 2001
  30. Alain Rey, Miroirs du monde. Une histoire de l'encyclopédisme, Paris, Fayard, 2007, p. 209.
  31. a, b et c Bruno Blasselle, Histoire du livre. Volume II. Le triomphe de l'édition, Paris, Gallimard, Coll. Découvertes, 1998, p. 67.
  32. Alain Rey, Miroirs du monde. Une histoire de l'encyclopédisme, Paris, Fayard, 2007, p. 219.
  33. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k200805r/f3.image.langFR
  34. http://notices.bnf.fr/ark:/12148/cb307289321/description
  35. http://visualiseur.bnf.fr/CadresFenetre?O=NUMM-39779&M=chemindefer
  36. a, b, c, d, e, f et g Encyclopédie française, 18.24
  37. Alain Rey, article « Encyclopédie », Encyclopædia Universalis (en ligne).
  38. Cet ouvrage sera un échec de librairie. Voir Laetitia Bonicel, « Le Grand Larousse de la langue française(1971-1978) : de l’innovation lexicographique à l’échec dictionnairique », Études de linguistique appliquée, 2005/1 (no 137), p. 39-49. Accessible en ligne http://www.cairn.info/revue-ela-2005-1-page-39.htm
  39. Article de l'Osservatore Romano.
  40. "To avoid taking risks with Encyclopædia Britannica, the management chose to issue the CD-ROM under the Compton name. This brand was owned by the Britannica organization, but was less expensive and less prestigious." Article en PDF.
  41. a, b, c, d, e et f Christian Vandendorpe, « Le phénomène Wikipédia : une utopie en marche », Le débat, no 148, janvier-février 2008, p. 17-30 (lien au PDF).
  42. Matin
  43. Dmoz Liste d'encyclopédies en ligne
  44. Jacques Boudet, Chronologie universelle d'histoire, Larousse, 1997.
  45. Joseph Nathan Kane, Famous first facts, New York, The T.H. Wilson Company, 1981.
  46. Voir Umberto Eco, De l'arbre au labyrinthe, p. 18-25.
  47. « Just the facts ». New York Times, 24-03-2012.
  48. Richard Yeo, Encyclopaedic Visions, Cambridge University Press, 2001, p. 7.
  49. Umberto Eco, De l’arbre au labyrinthe, p. 66.
  50. a et b http://fr.wikisource.org/wiki/Prospectus_(Diderot)
  51. Rolf Engelsing, Der Burger als Leser, Stuttgart, 1974. Cet aspect est discuté notamment dans Richard Yeo, Encyclopaedic Visions, Cambridge University Press, 2001, p. 76.
  52. Richard Yeo, Encyclopaedic Visions, Cambridge University Press, 2001, p. 26.
  53. Précis de l'Encyclopédie des sciences philosophiques, trad. Gibelin, Paris, Vrin, 1952, p. 39.
  54. "The change from the thematic system to the alphabetical system is no simple shift from less to more efficiency. It may reflect a change in world-views (above, 115), a loss of faith in the correspondence between the world and the word. It also corresponds to a change in modes of reading.” Peter Burke, A social history of knowledge, Cambridge, Polity, 2000, p. 186.
  55. Christian Vandendorpe, Du papyrus à l'hypertexte, Paris, La Découverte, 1999, p. 167.
  56. David Olson, “ From utterance to text : The bias of language in speech and writing ”, Harvard Educational Review, 1977, vol. 47. Cité par Christian Vandendorpe, Du papyrus à l'hypertexte, Paris, La Découverte, 1999, p. 38.
  57. François Moureau, Le roman vrai de l'Encyclopédie, Gallimard, coll. Découvertes, 1990, p. 134.
  58. Michel Foucault, L’Ordre du discours, Paris, Gallimard, 1971, p. 29.
  59. Alain Rey, article « Encyclopédie », Encyclopædia Universalis.
  60. Umberto Eco, De l'arbre au labyrinthe, p. 51.
  61. Umberto Eco, De l'arbre au labyrinthe.
  62. Frances Yates, L'Art de la mémoire.
  63. http://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Larousse/128889
  64. David Lodge, A man of parts :"I imagined an international Encyclopædia Organisation that would store and continuously update every item of verifiable human knowledge on microfilm and make it universally accessible" (Viking, 2011).
  65. H.G. Wells, World Brain, London, Methuen, 1938, p. 57.
  66. Énoncé de mission
  67. Voir Peter Burke, A social history of knowledge: from Gutenberg to Diderot p. 83-84.
  68. Texte dans Google Books, Ch. II, Section 10, lien.
  69. |The Washington Post, Feb. 20, 2006. On trouve d'autres exemples sur la page Wikipédia.
  70. Peter Burke, A social history of knowledge, Cambridge, Polity, 2000, p. 186.
  71. 'To call a huge unconnected miscellany of the omne scibile, in an arrangement determined by the accident of initial letters, an Encyclopædia, is the impudent ignorance of your Presbyterian bookmakers!', Letters of Samuel Taylor Coleridge, vol. 1, Lettre 507. À Robert Southey, p. 427. [1]
  72. Charles Nodier, Questions de littérature légale, édition présentée et annotée par Jean-François Jeandillou, Droz, 2003, p. 36.
  73. Voir notamment Charles Nodier, Questions de littérature légale, édition présentée et annotée par Jean-François Jeandillou, Droz, 2003, p. 30.
  74. Harvey Einbinder, The Myth of the Britannica, MacGibbon & Kee, London 1964.
  75. John Gunter, Inside Russia Today, Penguin, 1964.
  76. Borges, Œuvres complètes, tome I, édition établie par Jean-Pierre Bernès, Gallimard, NRF, Coll. « Bibliothèque de la Pléiade », p. 496.
  77. Borges, Œuvres complètes, tome I, édition établie par Jean-Pierre Bernès, Gallimard, NRF, Coll. « Bibliothèque de la Pléiade », p. 749.
  78. Evelyn Fishburn & Psiche Hughes, A Dictionary of Borges
  79. Borges, Œuvres complètes, tome I, édition établie par Jean-Pierre Bernès, Gallimard, NRF, Coll. « Bibliothèque de la Pléiade », p. 464.

   
               

 

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