Masse
Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
- Pour les articles homonymes, voir Masse (homonymie).

La masse est une propriété physique fondamentale de la matière, responsable à la fois de l'inertie des corps et de leur interaction gravitationnelle.
L'unité SI de masse est le kilogramme (kg) et non pas le gramme (g). On utilise également la tonne, égale à 1 000 kg, et l'unité de masse atomique.
Sommaire
|
Masse et quantité de matière
La masse ne mesure pas la quantité de matière !
Le Système international d'unités établit une distinction fondamentale entre la quantité de matière, mesurée en mole, et la masse, mesurée en kilogramme.
Prenons un exemple. Trois moles d'hélium 4 contiennent exactement le même nombre de protons, de neutrons et d'électrons, donc exactement la même quantité de matière, qu'une mole de carbone 12, soit 6 moles de protons, 6 moles de neutrons et 6 moles d'électrons. Or il se trouve que la masse d'une mole de carbone 12 vaut exactement 12 grammes (par définition même du nombre d'Avogadro) alors que la masse de trois moles d'hélium 4 vaut 3 x 4,0026[1] = 12,0078 grammes. Des quantités de matière rigoureusement identiques peuvent donc avoir des masses différentes.
Dans l'exemple précédent, la différence de masse observée s'explique par la différence entre les énergies de liaison nucléaire de l'hélium et du carbone.
Masse et poids
Il ne faut pas confondre la masse et le poids, ce dernier étant la mesure de l'interaction de la masse et du champ de gravitation (le poids est une force).
La confusion entre masse et poids provient du fait qu'on a longtemps utilisé le même mot "kilogramme" pour désigner les unités de mesure de ces deux grandeurs physiques de nature très différentes. Leurs équations aux dimensions, respectivement M et ML/T², le montrent clairement. Le Système International des mesures (SI) a corrigé cette confusion puisque l'unité de force et donc aussi de poids, y est exprimée en newtons (N).
Masse inerte et masse grave
Dans les modèles physiques, la masse d'un objet intervient dans deux phénomènes distincts et a priori indépendants, régissant le mouvement des objets :
- la masse inertielle qui caractérise la quantité de mouvement d'un objet en déplacement (la quantité de mouvement globale de l'univers est une quantité qui se conserve).
- la masse grave (ou pesante) qui mesure l'influence d'un corps sur le champ gravitationnel.
S'il n'y a aucune raison théorique connue pour que ces deux quantités soient dépendantes l'une de l'autre, tous les résultats expérimentaux indiquent qu'elles sont directement proportionnelles. Cette équivalence implique le principe de la chute des corps exposé par Galilée puis Evangelista Torricelli : la vitesse d'un corps en chute libre ne dépend pas de sa masse.
Examinons d'un peu plus près le mouvement d'un corps en chute libre dans le voisinage immédiat de la Terre. Pour les besoins du raisonnement, nous utiliserons des indices différents pour distinguer la masse inerte m i de la masse grave m g .
Le mouvement d'un corps en chute libre obéit à la deuxième loi du mouvement de Newton, qui fait intervenir la masse inerte :
- F = m ia ,
où F est la résultante de toutes les forces appliquées sur le corps et a son accélération.
Or la seule force appliquée sur un corps en chute libre est son poids, c'est-à-dire la force d'attraction exercée sur le corps par la Terre. Cette force, donnée par la loi de la gravitation universelle, dépend de la masse grave de chacun des corps en présence :
- F = G m gM g / R 2,
où G est une constante universelle, M g la masse de la Terre et R son rayon.
Il découle des deux équations précédentes que
- m ia = G m gM g / R 2.
Isolons l'accélération :
- a = (m g / m i) G M g / R 2.
En posant g = G M g / R 2, on obtient finalement
- a = (m g / m i) g ,
où g représente l'intensité du champ de pesanteur au voisinage de la Terre.
Puisque toutes les expériences semblent démontrer que l'accélération en chute libre est la même pour tous les corps, le rapport m g / m i (dont dépend en fait la valeur de G) doit être une constante. L'intuition que la masse grave et la masse pesante ne représentent en fait qu'une seule et même propriété de la matière conduit à poser m i = m g .
Cette égalité entre masse inertielle et masse grave a guidé Albert Einstein dans son intuition que la gravité est en fait une déformation de l'espace, et qui lui permis de formuler les lois de la relativité générale.
À notre échelle, cette équivalence semble évidente, et elle est démontrée expérimentalement à 10-12 près. Pourtant, certaines théories scientifiques comme la théorie des cordes prédisent qu'elle pourrait cesser d'être vérifiée à des échelles beaucoup plus fines.
Masse et énergie
À l'échelle des atomes, de la matière peut se transformer en onde électromagnétique, et une onde électromagnétique peut se transformer en matière. Plus exactement, des particules ayant une masse non nulle (neutrons, protons), peuvent se transformer à la suite d'une collision en particules élémentaires de masse nulle (photons, neutrinos...). C'est le principe des réactions nucléaires, par exemple utilisées pour produire de l'électricité. Dans les accélérateurs de particules, on observe fréquemment ce genre de transformation. À l'inverse, un photon γ, de masse nulle, peut se décomposer après collision sur un atome en une paire électron-positron, ayant une masse.
Lors de ces transformations, la loi de la conservation de l'énergie est respectée, la masse peut donc s'exprimer sous la forme d'une énergie :
avec
- E énergie de masse
- m masse
- c vitesse de la lumière dans le vide
Masse corporelle
La masse corporelle est la masse d'un être humain. Dans le langage courant, elle est souvent appelée à tort « poids ».
- Voir
- indice de masse corporelle (IMC)
- obésité
- sous-nutrition
Mesure de la masse
La mesure de la masse s'appelle le pesage, bien que ce terme provienne du mot « poids ».
La seule manière de mesurer directement une masse consiste à la comparer à une autre masse ; c'est le principe des balances.
On peut aussi estimer la masse à partir du poids, c'est-à-dire que l'on mesure la force qu'exerce l'objet à peser ; le dispositif est en fait un dynamomètre. C'est le cas le plus courant des pèse-personne et des balances électroniques.
On peut aussi estimer une masse par la perturbation du champ de gravité qu'elle induit. Cette mesure par gravimétrie n'est utilisable que pour les objets extrêmement lourds, et est utilisée en géologie pour estimer la taille d'une formation rocheuse, ainsi qu'en archéologie (la gravimétrie a permis de détecter une chambre cachée dans une pyramide).
- Remarques
Ce n'est probablement pas un hasard si le kilogramme étalon du BIPM a la même masse qu'un litre d'eau.
Il faut se rappeler que la livre, en France, n'avait pas la même valeur sur tout le territoire : la provençale, la parisienne ou encore la bretonne n'avaient pas tout à fait la même valeur et aujourd'hui encore la livre tout comme le gallon n'ont pas la même valeur aux USA et au Royaume-Uni.
Beaucoup de marchandises se vendaient par volume, par boisseaux ou encore par barils, soit 18 boisseaux (235 litres) — différent du baril pétrolier qui ne fait que 158,98 litres.
Dans l'Union européenne, de nombreuses masses (et volumes), sur les produits de consommations, sont indiqués en quantité estimée. Ils sont marqués comme tel, d'un « e » minuscule.
La masse d'un électron, d'un atome ou d'une molécule est parfaitement définie ; ceci justifie le fait que le BIPM ait rajouté la notion de quantité de matière qui se mesure en moles sachant que une mole de carbone-12[2] a une masse de 12 grammes : la mole étant un nombre entier dit nombre d'Avogadro.
Les réactions chimiques se font en combinant des atomes entiers : c'est pour cela que nombre d'Avogadro est un nombre entier.
Électricité
On peut donner au moins trois définitions indépendantes de la masse en électricité ou un électronique (ou en CEM) :
- Théorico-philosophique : « La masse, référence de potentiel absolue, est le potentiel résultant de toutes les charges qui peuplent l'univers. » Cette définition, qui ressemble au pendant électrique du principe de Mach, est sous-jacente dans la théorie mathématique de l'électricité statique (par exemple, dans la définition de la notion de « capacité »). Il s'agit d'un concept :
-
-
- local, dépendant de l'endoit où l'on se trouve,
- statique, ne tenant pas compte de la propagation électromagnétique.
-
- Bien que peu utilisée, c'est un bon support didactique, par exemple pour appréhender la notion de « mode commun » en CEM…
- Historico-technologique : « La masse est une structure mécanique conductrice, qui est utilisée, outre ses fonctions mécaniques, pour servir de référence "physique" à certains signaux électrique, et/ou pour assurer un blindage électromagnétique. » C'est la carosserie de la voiture, la carligue de l'avion. Ou le châssis en tôle étamé servant de support aux tubes radios de mon poste de TSF, châssis sur lequel sont brasés tous les conducteurs à relier au « zéro volts ».
-
-
- il s'agit d'une notion approximative (la résistance peut être faible, mais jamais nulle) et locale (il n'y a pas de « masse » en hautes fréquences, seulement des miroirs, des antennes et des diffractions… en toute rigueur, il n'y a d'ailleurs pas non plus de potentiel),
- dans le cas de plusieurs structures imbriquées (un auto-radio et un GPS dans une voiture sur un camion dans un bateau…), définir « la » masse nécessite une grande souplesse d'adaptation au contexte.
-
- Il n'en reste pas moins que cette définition, utilisée avec précautions et sans illusions sur ses limites, est la plus productive, en termes d'utilité pratique.
- Empirico-égocentrique : « La masse, c'est l'endroit où j'ai branché le fil noir de mon voltmètre. Mais je le changerai peut-être de place tout à l'heure. »
- <polémique>Le remplacement des châssis de l'époque des tubes radio par des circuits imprimés a provoqué une « perte de repères » dans une population d'électroniciens enclins à considérer l'« antiparasitage » comme une sorte de sorcellerie basée sur des pratiques rituelles hors de la physique ordinaire. Il est donc arrivé que l'on prête à la masse (ou à la terre) des propriétés miraculeuses. Or, une « masse », dans un circuit imprimé, ce n'est plus qu'une piste ou plan comme les autres, au nom près. Et, pour échapper aux parasites des autres, le mieux est d'avoir « sa masse à soi » (ou « sa terre à soi »). Ou, du moins, c'est ce que certains imaginent.</polémique>
- C'est ainsi que l'on a vu fleurir des termes tels que :
-
- masse « logique »,
- masse « analogique »,
- masse « propre »,
- masse « video », etc., etc.
-
- correspondant à des potentiels variables les uns par rapport aux autres, les liaisons (conductives, capacitives ou radiatives) pouvant être le siège d'intenses échanges de signaux.
- À ce stade, le concept de masse, qui n'est jamais, en tout état de cause, qu'un support à la réflexion, est plus nocif qu'utile.
Notes et références
- ↑ Le Tableau périodique des éléments. donne pour l'isotope 4He une masse atomique relative de 4.002603250.
- ↑ Le carbone possède deux isotopes stables dans la nature, 12C et 13C. C'est le 12C, qui possède six neutrons, qui sert de base à la définition de la mole.
Voir aussi
Liens internes
- masse critique
- foule (masse humaine)
- Poids
- gravitation
Boggle

![[Littré]](/common/images/alexandria/contributors/littre.gif)







se+V