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definition - perdre

definition of perdre (Littré)

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see also - perdre

phrases

-(faire) perdre l'habitude (e) • courir à perdre haleine • en perdre son latin • faire perdre • faire perdre confiance • faire perdre connaissance • faire perdre courage • faire perdre l'habitude de • faire perdre la tête • faire perdre son latin • gagner/perdre du temps • gagner/pile ou face perdre  • ne pas lâcher/perdre • perdre au jeu • perdre connaissance • perdre conscience • perdre contenance • perdre courage • perdre dans la nuit des temps • perdre dans les nuages • perdre dans ses réflexions • perdre de l'argent • perdre de réputation • perdre de vue • perdre de vue, ne pas • perdre des cheveux • perdre des forces • perdre du poids • perdre du terrain • perdre en transpirant • perdre haleine • perdre l'amitié • perdre l'avantage • perdre l'espoir • perdre l'esprit • perdre l'habitude de • perdre l'usage de ses membres • perdre l'équilibre • perdre la boule • perdre la boussole • perdre la carte • perdre la face • perdre la goût (e) • perdre la maîtrise (e) • perdre la mémoire • perdre la raison • perdre la respiration • perdre la réputation • perdre la tramontane • perdre la tête • perdre la vie • perdre la voix • perdre la vue • perdre le boire et le manger • perdre le contact • perdre le fil • perdre le goût de • perdre le goût du pain • perdre le nord • perdre le souvenir • perdre les pédales • perdre patience • perdre pied • perdre sa peine et son temps • perdre sa virginité • perdre ses forces • perdre ses illusions • perdre ses moyens • perdre ses poils • perdre son assiette • perdre son cap • perdre son chemin • perdre son crédit • perdre son influence • perdre son pucelage • perdre son sang-froid • perdre son temps • perdre toute illusion • perdre un membre • perdre/gagner de l'argent • prendre/perdre l'habitude (e) • rire à perdre haleine • se perdre • tout perdre • à perdre haleine • à perdre le souffle

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Le Littré (1880)

PERDRE (v. a.)[pèr-dr' ; à la 2e et à la 3e personne, tu perds, il perd, se prononcent pêr, sans que l's ou le d se lient : il pêr un temps précieux]

1. Être privé de quelque chose dont on était en possession.

On perd tout quand on perd un ami si fidèle (CORN. Hor. II, 1)

Je perdrai mes États, et garderai mon rang (CORN. Nicom. III, 1)

Elle eut une magnificence royale ; et l'on eût dit qu'elle perdait ce qu'elle ne donnait pas (BOSSUET Reine d'Anglet.)

Je serrais les bras, mais j'avais déjà perdu ce que je tenais (BOSSUET Duch. d'Orl.)

Les misérables qui n'ont rien à perdre (BOSSUET Hist. III, 7)

Le prince d'Espagne, Louis de la Cerda, fils de celui qui perdit le trône (VOLT. Moeurs, 141)

Perdre Dieu, ne plus avoir sa grâce, ne plus croire en lui.

C'est ainsi que nous perdons Dieu, dont toutefois nous ne pouvons nous passer ; car il y a au fond de notre âme un secret désir qui le demande sans cesse (BOSSUET la Vallière.)

Familièrement. Vous ne perdrez rien pour attendre, c'est-à-dire le retard ne vous sera pas préjudiciable, ou, ironiquement, vous serez puni comme vous le méritez.

Croyez-moi, vous n'y perdrez rien (LA FONT. Fianc.)

On dit dans le même sens : n'en perdre que l'attente.

Tu n'en perds que l'attente, et je te le promets (MOL. le Dép. III, 10)

Il se dit aussi des personnes en ce même sens.

Après tout, je suis plus à vous que jamais ; il est vrai, madame, que vous ne sauriez me perdre, quelque négligence que vous ayez pour moi (VOIT. Lett. 17)

Il faut venger un père et perdre une maîtresse (CORN. Cid, I, 9)

Je crus que je ne vous perdrais pas pour cela [une lettre non écrite], puisque vous ne m'aviez pas perdue pour quelque chose de plus (SÉV. à Bussy, 6 juillet 1670)

On le négligea comme un serviteur qu'on ne pouvait perdre (FLÉCH. Duc de Mont.)

La neutralité entre des femmes qui nous sont également amies, quoiqu'elles aient rompu pour des intérêts où nous n'avons nulle part, est un point difficile ; il faut choisir souvent entre elles, ou les perdre toutes deux (LA BRUY. III)

2. Être privé d'un avantage, d'un profit qu'on aurait pu obtenir. Perdre les bonnes grâces de quelqu'un. Perdre sa réputation, son honneur, ses emplois.

Deux mots que lui dit son père lui font bien entendre qu'il n'a pas perdu ses avantages (BOSSUET Mar.-Thér.)

Je perdrais ma vengeance en la rendant si prompte (RAC. Bajaz. IV, 6)

Ils se voient mille fois à la veille de perdre en un instant le fruit d'une vie entière de recueillement et de pénitence (MASS. Carême, Samarit.)

3. Être séparé, par la mort ou autrement, de personnes qu'on aime, qu'on regrette. Notre servante s'est mariée ; nous avons perdu là une excellente domestique.

Plaignez-moi d'avoir perdu le cardinal de Retz (SÉV. à Bussy, 25 août 1679)

Je crains toujours qu'elle ne perde bientôt son mari, et que vous ne la perdiez ensuite (MAINTENON Lettre à Mme de Caylus, 15 oct. 1715)

Mais il me faut tout perdre et toujours par vos coups (RACINE Andr. I, 4)

J'ai perdu, dans la fleur de leur jeune saison, Six frères.... (RACINE Phèdre, II, 1)

J'ai perdu mon cher Damilaville, dont l'amitié ferme et courageuse avait été longtemps ma consolation (VOLT. Lett. à M. Thiriot, 27 janv. 1769)

Vous aurez déjà appris que nous avons perdu Gresset, si le mot perdu n'est pas trop fort pour un homme qui ne disait plus que des orémus (D'ALEMB. Lett. à Voltaire, 23 juin 1777)

4. Être privé de quelque partie de soi.

Quel avantage pensait nous procurer Platon, en disant que c'était [l'homme] un animal à deux jambes sans plumes ?... puisqu'un homme ne perd pas l'humanité en perdant les deux jambes, et qu'un chapon ne l'acquiert pas en perdant ses plumes (PASC. Géométr. I)

Il vaut bien mieux perdre votre pied, votre main, votre oeil, tout votre corps, que de vous mettre en danger de perdre votre âme (BOURDAL. 3e dim. après Pâq. Dominic. t. II, p. 107)

Il perdait son sang et ses forces (FÉN. Tél. XX)

Perdrai-je l'oeil ? lui dit Messer Pancrace [qui avait reçu un coup dans l'oeil]. - Non, mon ami ; je le tiens dans ma main (J. B. ROUSS. Épigr. I, 25)

Perdre la vie, mourir.

Je crus que Mentor avait perdu la vie (FÉN. Tél. IV)

Perdre la tête, avoir la tête coupée.

Trois pairs écossais furent condamnés à perdre la tête (VOLT. Louis XV, 25)

Fig. Perdre la tête, devenir fou, et aussi ne savoir plus où l'on en est.

Ayez pitié de votre ancienne créature qui a perdu la tête, et à qui il ne reste que son coeur (VOLT. Lett. d'Argental, 15 août 1777)

Le comte : Ah ! qu'il consente à tout, et je ne lui demande rien. - Figaro : Que la quittance de mes cent écus : ne perdons pas la tête (BEAUMARCH. Barb. de Sév. IV, 8)

Populairement. Perdre la boule, ne plus savoir ce qu'on fait (boule est ici un mot populaire pour tête). Laissez-moi donc tranquille ; avec toutes vos observations vous me feriez perdre la boule.

Subir la perte ou la diminution de quelque faculté physique ou morale. Perdre le repos, le sommeil. Perdre patience. Perdre courage.

Il [Charles Ier] a montré qu'il n'est pas permis aux rebelles de faire perdre la majesté à un roi qui sait se connaître (BOSSUET Reine d'Anglet.)

Il perd le sentiment (RAC. Andr. v, 5)

Si je le hais, Cléone ? il y va de ma gloire Après tant de bontés dont il perd la mémoire (RAC. Andr. II, 1)

Je plains Votre Majesté si elle commence, comme elle prétend, à perdre la mémoire ; il y a longtemps que j'ai commencé à la perdre aussi (D'ALEMB. Lett. au roi de Pr. 13 déc. 1782)

Perdre la parole, l'usage de la parole, perdre la voix, ne plus pouvoir parler.

Dandin : Parlez donc, avocat. - Petit Jean : J'ai perdu la parole (RAC. Plaid. III, 3)

Perdant tout ensemble et la voix et les pleurs (DUCIS Oscar, II, 2)

Fig. Perdre la parole, devenir muet de surprise, de crainte, d'embarras.

Avez-vous donc perdu, dites-moi, la parole ? (MOL. Tart. II, 3)

Perdre haleine, l'haleine, la respiration, manquer de respiration.

Écoute, mouchard, mon ami, Je suis ton capitaine ; Sois gai pour tromper l'ennemi, Et chante à perdre haleine (BÉRANG. la Conspir. des chansons.)

Perdre l'esprit, devenir fou, et aussi ne pas savoir comment se tirer de quelque embarras.

Je tremble au seul récit de la tempête furieuse dont sa flotte fut battue pendant dix jours ; les matelots furent alarmés jusqu'à perdre l'esprit (BOSSUET Reine d'Anglet.)

On dit dans le même sens : perdre le jugement.

Avez-vous, dites-moi, perdu le jugement ? (MOL. Mis. IV, 3)

Familièrement. Il en perd le boire et le manger, c'est-à-dire il est tellement préoccupé de quelque chose qu'il semble ne songer à rien autre.

5. Ne pas entendre. Il a l'oreille dure, il perd une partie de ce qui se dit dans la conversation.

Je ne perdis rien de tout ce qu'elle me dit, et en vérité je vous le rapporte presque mot pour mot, tant j'en fus frappée (MARIVAUX Marianne, part. I)

Ne pas comprendre. Il sait l'anglais imparfaitement, et il perd une partie de ce qui se dit.

Ne pas voir. Il était mal placé, et perdait une partie du jeu des acteurs.

Sainville ne perdait aucun de ses mouvements (GENLIS Voeux téméraires, t. III, p. 242, dans POUGENS)

6. Être privé d'une chose qui est sortie hors de notre possession par quelque accident. Perdre son chapeau, son mouchoir.

Le bon est qu'en courant il a perdu sa botte, Et que, marchant toujours, enfin il s'est trouvé Une botte de moins quand il est arrivé (REGNARD le Distr. I, 6)

Priver quelqu'un d'une chose qu'on met par accident hors de sa possession.

On lui perd tout, on lui égare tout (LA BRUY. XI)

Perdre quelqu'un, se séparer de lui de manière à ne plus pouvoir le retrouver.

J'ai perdu mon maître à l'Opéra ; je ne sais ce qu'il est devenu (BARON Homme à bonnes fort. IV, 5)

En ce sens, il se dit aussi de certains animaux. Ce chien a perdu con maître.

Perdre quelqu'un, le détourner de sa route, l'égarer. Ce postillon nous a perdus.

Perdre quelqu'un, perdre un chien, signifie aussi l'égarer de manière à ne plus le retrouver. Il faut perdre ce chien.

Cidalise la promène ; elle tâchera de la perdre comme un animal incommode (DANCOURT Foire de Besons, SC. 14)

esser d'avoir, n'avoir plus. Les arbres ont perdu leurs feuilles. Cette étoffe a perdu sa couleur.

Attale : Insolent ! est-ce enfin le respect qui m'est dû ? - Nicomède : Je ne sais de nous deux, seigneur, qui l'a perdu (CORN. Nicom. I, 2)

Tellier et Servien se contentèrent de ne lui pas applaudir [à Mazarin] ; mais le garde des sceaux lui perdit tout respect (RETZ III, 136)

Ce présent perdait son prix par son abondance (PASC. Géométr. 2)

J'ai perdu, à force de vous écouter, la grossière ignorance sur bien des choses (SÉV. 15 sept. 1680)

À force d'attentats perdre tous mes remords (RAC. Athal. III, 3)

Nous avons perdu l'espérance de le revoir (FÉN. Tél. I)

Il n'avait rien perdu de sa fierté (FÉN. ib. XVI)

Fig. J'y perdrai mon nom, voy.

NOM

, n° 1, à la fin.

Cette rivière perd son nom dans telle autre, cette rivière, en tombant dans telle autre, prend le nom de celle-ci.

Renoncer à.

Ah ! madame, perdez cette injuste créance (MAIRET Sophon. III, 4)

La belle, voyez-vous, qu'on perde ces caprices (CORN. la Gal. du Pal. Roy. IV, 11)

Et les premières flammes S'établissent des droits si sacrés sur les âmes, Qu'il faut perdre fortune et renoncer au jour, Plutôt que de brûler des feux d'un autre amour (MOL. Femmes sav. IV, 2)

Quoi ! vous ne perdrez point cette cruelle envie [de mourir] ? (RAC. Phèdre, I, 3)

Votre mélancolie m'afflige ; vous la perdrez sans doute devant la fille que je vous destine (BRUEYS Muet, I, 5)

Vous resterez, je le veux ; il faut perdre cet air chagrin et demeurer (Mme RICCOBONI Sophie de Vallière, t. IV, p. 123, dans POUGENS)

8. Cesser de suivre, d'occuper, laisser échapper, laisser prendre. Perdre son chemin. Le cocher s'est laissé couper, il a perdu la file.

Je ferai que le pilote perdra sa route (FÉN. Tél. IX.)

Tout à coup elle [Cymodocée] s'aperçoit qu'elle a perdu le sentier de la montagne (CHATEAUBR. Mart. I)

Fig. Perdre la trace, les voies, le train d'une affaire, ne savoir plus où elle en est.

Perdre du terrain, reculer au lieu d'avancer ; se laisser distancer par un concurrent.

Terme de manége. Perdre du terrain, se rétrécir sur les voltes.

Perdre de vue, voy.

VUE

.

Fig. Perdre le fil de son discours, n'en pouvoir plus trouver la suite.

Perdre le fil du discours d'un autre, n'en pas pouvoir comprendre la suite.

Perdre pied, perdre terre, ne plus trouver le fond de l'eau avec les pieds ; et fig. ne savoir plus où l'on on est.

9. Terme de marine. Perdre terre, cesser de voir la terre.

Perdre la sonde, ou perdre le fond, quitter les parages où l'on pouvait sonder.

Perdre la tramontane, voy.

TRAMONTANE

.

Fig. et familièrement. Perdre la carte, se brouiller dans ses idées.

Perdre ses mâts, ses voiles, son gouvernail, se dit lorsque les mâts sont abattus, les voiles emportées, le gouvernail démonté par l'effet du mauvais temps.

Un officier commandant perd ou a perdu un bâtiment, lorsque ce bâtiment fait ou a fait naufrage pendant qu'il le commandait.

10. Perdre, faire un mauvais emploi, un emploi inutile.

Et je perds mon trépas, Puisque, mourant pour lui, je ne le sauve pas (CORN. Héracl. v, 6)

Il aime mieux se jeter aux pieds de cette marâtre impérieuse qu'il hait et qu'il a bravée, que de perdre des prières et des soupirs auprès d'un père qui l'aime dans le fond de l'âme, et n'oserait lui rien accorder (CORN. Ex. de Théod.)

Perdez fort peu de temps en ce doux entretien (CORN. Sophon. IV, 4)

Ne perds plus de raisons à combattre ma flamme (CORN. Tite et Bérén. v, 1)

A-t-on gagé d'être parfaite ? non assurément ; et, si j'avais fait cette gageure, j'y aurais bien perdu mon argent (SÉV. 61)

Entrez dans ces raisonnements [les probabilités que le jeune de Grignan n'aille pas à la guerre] .... et ne vous mettez point si tôt en travail ; c'est dommage de perdre vos douleurs (SÉV. 28 févr. 1689)

Et de ce peu de jours si longtemps attendus, Ah ! malheureux ! combien j'en ai déjà perdus ! (RAC. Bérén. IV, 4)

En quels retardements D'un jour si précieux perdez-vous les moments ? (RAC. Bajaz. IV, 6)

Ma vengeance est perdue, S'il ignore en mourant que c'est moi qui le tue (RAC. Andr. IV, 4)

Perdre temps, perdre du temps.

Laisse-moi, raison importune.... Tu perds temps de me secourir, Puisque je ne veux point guérir (MALH. V, 18)

Je n'ai point perdu temps, et, voyant leur colère [des conjurés contre Auguste] Au point de ne rien craindre, en état de tout faire, J'ajoute en peu de mots.... (CORN. Cinna, I, 3)

Qu'on ne perde point temps à s'entre-regarder ; Parlez.... (CORN. Androm. II, 1)

Perdre temps, ne pas arriver à temps.

Monsieur, j'ai perdu temps, votre homme se dédit (MOL. l'Ét. III, 2)

Ne perdez point de temps à, hâtez-vous de (locution vieillie).

Ne perdez point de temps à le porter [l'entier payement] ici, ni à le donner à Saint-Georges sur son reçu (Mme DE GRIGNAN à un homme d'affaires, 1694, dans Bibl. des chartes, 1le série, t. IV.)

Familièrement. Il y perd son latin, voy.

LATIN, n° 6

.

Dans un sens analogue.

Je sens déjà crouler notre planète ; L'observatoire y perdra ses compas (BÉRANGER Comète.)

Fig. Vous y perdez vos pas, c'est-à-dire vous ne réussirez pas à ce que vous entreprenez.

Qui va, qui vient, qui court, qui perd ses pas (LA FONT. Magn.)

11. Avoir le désavantage.

Je voudrais, m'en coutât-il grand'chose, Pour la beauté du fait avoir perdu ma cause (MOL. Mis. I, 1)

Si vous perdez une bataille, tout est perdu dans ce moment ; si vous ne la donnez pas, vous perdez tout, peut-être un peu plus lentement, mais vous perdez tout (MAINTENON Lett. à Mme des Ursins, 18 juillet 1706)

La jurisprudence d'Espagne est précisément comme celle de France : on change de lois en changeant de chevaux de poste, et on perd à Séville le procès qu'on aurait gagné à Saragosse (VOLT. Lett. Servan, 13 janv. 1768)

Ne rien perdre, n'éprouver aucun désavantage.

Il m'envoie sa harangue, qui ne perd rien pour être imprimée (SÉV. 228)

Si leur union [de Louis XIV et de Charles II] ne perd rien de sa fermeté (BOSSUET Duch. d'Orl.)

Je me trouvai sur son passage, elle ne perdait rien à être vue de près (MARIVAUX Pays. parv. part. v.)

Terme de jeux. Perdre les cartes, faire moins de levées que la personne contre laquelle on joue.

Il se dit aussi de l'argent que l'on donne à celui qui gagne une partie de jeu.

Mon fils me fit l'autre jour une assez méchante plaisanterie : il me manda qu'il avait perdu au reversis deux cent soixante louis (SÉV. 442)

Fig. Il joue à tout perdre, il expose au hasard tout ce qu'il a, ou les plus grands intérêts dont il soit chargé.

12. Causer la ruine.

Quels que soient leurs décrets [des dieux], déclarez-vous pour eux, Et pour leur obéir perdez le malheureux (CORN. Pomp. I, 1)

Je perdrai qui me perd, ne pouvant me sauver (CORN. ib. II, 4)

Je perdrai toute la maison d'Achab, et je tuerai de la maison d'Achab jusqu'aux petits enfants, jusqu'aux animaux (SACI Bible, Rois, IV, IX, 8)

Étant tous unis dans le dessein de perdre M. Arnauld (PASC. Prov. I)

Antiochus l'illustre, roi de Syrie, conçut le dessein de perdre ce peuple divisé [les Juifs], pour profiter de ses richesses (BOSSUET Hist. II, 5)

L'empereur [Théodose], ayant appris ce désordre, en fut tellement irrité, qu'il résolut de perdre cette ville [Thessalonique], et condamna à la mort une partie de ses habitants (FLÉCH. Hist. de Théodose, IV, 2)

Et, pour nous rendre heureux, perdons les misérables (RAC. Brit. II, 8)

On se perdait en voulant perdre l'innocence (MASS. Dauphin.)

Que voulez-vous que je vous réponde ? vous avez voulu me perdre, et vous réussissez à merveille (DANCOURT Bourg. à la mode, v, sc. dern.)

Les leudes et les grands officiers se crurent perdus ; ils la perdirent [Brunehault] (MONTESQ. Esp. XXXI, 1)

La cabale jésuitique ne voulut-elle pas perdre Fontenelle ? (VOLT. Dict. phil. Quisquis.)

Perdre d'honneur, de réputation, ôter l'honneur, la réputation, en action ou en parole.

Il a perdu d'honneur [par un soufflet] Celui que de mon fils j'ai fait le gouverneur (CORN. Cid, II, 7)

Toujours protectrice des gens qu'elle perdait de réputation par la bouche des autres (MARIVAUX Pays. parv. part. 3)

Tu me perds d'honneur, ma chère Polly (VOLT. Écoss. II, 5)

Perdre auprès de quelqu'un, dans l'esprit de quelqu'un, ôter la faveur, la bonne opinion.

Je vois qu'il a voulu me perdre auprès de vous (CORN. Nicom. IV, 2)

Que ne m'avez-vous consultée avant que d'écrire à ma mère, lui repartis-je en sanglotant ? vous achevez de me perdre auprès d'elle (MARIVAUX Marianne, 9e part.)

Par exagération. Causer un grand tort, un grand embarras.

Mon cher oncle, je m'en irai ; je m'en retournerai ; ne me perdez pas (DIDEROT Père de famille, v, 12)

Viens donc, malheureux ! tu me perds (BEAUMARCH. Barb. de Sév. I, 2)

Il se dit aussi des choses qui causent la ruine.

D'un si lâche dessein mon âme est incapable, Il perd trop d'innocents pour punir un coupable (CORN. Cinna, III, 1)

Je lui ai dit que son indiscrétion la perdrait, que son silence ferait sa fortune (MARIV. Marianne, 6e part.)

Il leur est arrivé [aux jésuites] dans un siècle de lumière et de modération ce qui arriva aux templiers dans un siècle d'ignorance et de barbarie : l'orgueil perdit les uns et les autres (VOLT. Louis XV, 38)

13. Gâter l'esprit, corrompre les moeurs.

Lorsque le roi Henri VIII s'égara dans les passions qui ont perdu Salomon et tant d'autres rois (BOSSUET Reine d'Anglet.)

Malheureuse ! voilà comme tu m'as perdue (RAC. Phèdre, IV, 6)

Perdre une femme, la jeter dans le désordre.

Comment l'amour, qui perd tant d'honnêtes femmes.... (J. J. ROUSS. Hél. v, 13)

L'indigence et la séduction perdaient une fille modeste et sage, qui peut faire un jour une excellente mère de famille (J. J. ROUSS. ib. I, 39)

Causer la damnation.

Et mille fois elle [l'âme du religieux] se félicite elle-même d'avoir su perdre sa liberté, afin que sa liberté ne la perdît pas (BOURDAL. Pensées, t. II, p. 481)

C'est une illusion qui perd une infinité de demi-chrétiens, et qui nous perdra (BOURDAL. 6e dim. après l'Épiphan. Dominic. t. I, p. 331 et 332)

Ô Dieu !... si le nombre de ceux qu'il faudrait perdre ne vous fait rien rabattre de la sévérité de vos lois (MASS. Carême, Élus.)

Perdre son âme, se damner.

14. Endommager, gâter. La nielle a perdu les blés. La pluie a perdu la robe de cette dame.

15. Confondre avec, rendre insensible dans. Il faut perdre cette nuance dans les autres.

Terme de gravure. Perdre une taille, la rendre insensible ; la joindre à une autre, de manière que les deux se confondent ensemble.

16. V. n. Perdre, ne pas obtenir le gain, le profit, l'avantage qu'on espérait.

Si elle [Mme de Bouillon] est innocente, elle perd infiniment de n'avoir pas le plaisir de triompher (SÉV. 16 févr. 1680)

Je comprends qu'en effet vous perdez un peu que je ne sois plus à Paris (SÉV. 17 mai 1680)

Je suis charmé de mon prédicateur ; vous avez bien perdu de n'être pas à son sermon (FÉN. t. XXI, p. 3)

Ce marchand perd sur sa marchandise, il la vend moins cher qu'il ne l'a achetée.

Il perd dans son commerce, il y souffre du dommage, du préjudice.

On dit de même : perdre tant sur une marchandise, sur un marché.

Perdre à, manquer à.

Je perds bien à gagner, de ce que ma boutique, Pour être trop étroite, empêche ma pratique (CORN. la Gal. du Pal. I, 4)

17. Avoir le désavantage au jeu.

Si l'on joue, il gagne au jeu : il veut railler celui qui perd, et il l'offense (LABRUY. V)

Tu peux me faire perdre, ô fortune ennemie ! Mais me faire payer, parbleu, je t'en défie (REGNARD le Joueur, I, 5)

Jouer à qui perd gagne, jouer à un jeu où l'on convient que celui qui perdra la partie selon les règles ordinaires, la gagnera ; et fig. obtenir un avantage réel au prix d'un désavantage apparent.

18. Diminuer de valeur. Les actions ont perdu.

Je ne dormirai point sous de riches lambris : Mais voit-on que le somme en perde de son prix ? (LA FONT. Fabl. XI, 4)

Cet homme a beaucoup perdu dans l'opinion, c'est-à-dire on en fait moins de cas qu'auparavant.

Vous aviez gagné chez les paysans, vous perdez chez les beaux esprits (J. J. ROUSS. Hél. II, 27)

Sa réputation perd chaque jour, l'estime qu'on faisait de lui diminue chaque jour.

Diminuer d'intensité, de force, de qualité. Le vin perd en vidange. Ces fruits perdent à attendre.

Je cherchai combien la lumière du soleil perdait par la réflexion à différentes distances (BUFF. Hist. min. Introd. part. exp. Oeuv. t. VII, p. 144)

Empirer.

Chez les peuples misérables l'espèce perd et quelquefois dégénère (MONTESQ. Lett. pers. 122)

Dans maint auteur de science profonde J'ai lu qu'on perd à trop courir le monde (GRESSET Ver-vert, ch. I)

19. Terme de marine. La mer perd, la marée se retire.

Les marées perdent, lorsqu'elles sont dans la période pendant laquelle chaque marée est plus faible que celle qui l'a précédée.

Un navire perd, lorsqu'il est gagné par un autre ou qu'il recule au lieu d'avancer. Il perd au vent lorsqu'il ne tient pas bien le vent.

20. Se perdre, v. réfl. Être perdu, devenir à rien.

Le temps se perd, seigneur (CORN. Othon, I, 5)

Elle gémit en vain ; sa plainte au vent se perd (LA FONT. Fabl. II, 8)

Lui [Dieu], aux yeux de qui rien ne se perd (BOSSUET Duch. d'Orl.)

Nous mourons tous... et nous allons sans cesse au tombeau, ainsi que des eaux qui se perdent sans retour (BOSSUET ib.)

J'ai voulu lui parler, et ma voix s'est perdue (RAC. Brit. II, 2)

J'entends dire qu'elle [une actrice] n'a que des défauts qui se perdent aisément, mais qu'elle a toutes les qualités qui ne s'acquièrent point (D'ALEMB. Lett. à Voltaire, 23 juin 1766)

Ses parents, qui n'approuvaient pas ce dessein, l'envoyèrent [Juste Lipse] à Louvain, où sa vocation se perdit (DIDEROT Opin. des anc. philos. (Stoïcisme).)

Se perdre, se dit des espèces qui cessent d'exister. Il y a des espèces qui se perdent. Les espèces qui se sont perdues.

L'odeur de cette liqueur, de cette essence, s'est perdue, elle s'est dissipée.

Neutralement. Laisser perdre, ne pas avoir soin de garder.

La fortune ne laisse rien perdre pour les hommes heureux (LA ROCHEFOUC. Prem. pens. n° 17)

Il se dit des lois, des usages, des coutumes qui cessent, des mots qui tombent en désuétude. Cet usage se perd de jour en jour. Ce mot se perd. Cette acception s'est perdue.

La loi des Wisigoths triompha, et le droit romain s'y perdit (MONTESQ. Espr. XXVIII, 7)

Cette rivière se perd dans la terre, sous terre à tel endroit, elle s'enfonce en terre et disparaît à cet endroit.

Si ces eaux trouvent des terres sablonneuses, elles se filtrent au travers, et se perdent ; il faut des fonds qui les arrêtent, tels que sont des lits de glaise (FONTEN. Couplet.)

Cette rivière se perd, va se perdre dans telle autre, dans un lac etc. elle se jette dans telle autre, dans un lac, etc.

L'Uruguay, qui se perd dans le même fleuve [le Paraguay] vers le 34e degré de latitude (RAYNAL Hist. phil. VIII, 15)

Cette rivière se perd dans les sables, elle y finit son cours et ses eaux s'y absorbent.

Le chemin se perd en cet endroit, il cesse d'être frayé.

21. S'abîmer.

J'ai demandé Thésée aux peuples de ces bords Où l'on voit l'Achéron se perdre chez les morts (RAC. Phèdre, I, 1)

Les jours, les mois, les années s'enfoncent, et se perdent sans retour dans l'abîme des temps (LA BRUY. XIII)

La rivière s'élargissait toujours ; enfin elle se perdait sous une voûte de rochers épouvantables qui s'élevaient jusqu'au ciel (VOLT. Candide, 17)

Qui percera cette nuit profonde, qui sondera cet abîme où la nature va se perdre ? (BONNET Consid. corps organ. Oeuv. t.v, p. 188, dans POUGENS.)

Fig. Tomber comme dans un précipice.

C'est dans cet abîme profond [l'incrédulité] que la princesse palatine allait se perdre (BOSSUET Anne de Gonz.)

Les fleuves courent se mêler dans la mer : les monarchies vont se perdre dans le despotisme (MONTESQ. Esp. VIII, 17)

En niant le péché originel, vous serez forcés d'aller vous perdre dans l'athéisme (CHATEAUBR. Génie, I, I, 4)

22. Disparaître.

Et dans un char de feu te perdant à mes yeux (TRISTAN Marianne, v, 3)

Des montagnes qui se perdaient dans les nues (FÉN. Tél. I)

Je lui répondis que Paris était pour moi un trop grand théâtre, que je m'y perdrais dans la foule (MARMONTEL Mém. II)

Je me perds dans la foule et deviens invisible (C. DELAVIGNE Marino Fal. II, 4)

Fig. Se perdre dans les nues, dans les nuages, parler avec emphase et obscurité.

L'un a peur de ramper, il se perd dans la nue (BOILEAU Art p. I)

Fig. Se perdre dans des digressions, se livrer à des digressions qui font oublier le sujet principal.

23. Se terminer.

De ces petits pourpoints sous les bras se perdant (MOL. Éc. des maris, I, 1)

Se perdre en, se terminer en, s'épuiser en, en parlant de choses.

Que l'action, marchant où la raison la guide, Ne se perde jamais en une scène vide (BOILEAU Art p. III)

Tandis.... Que vos ressentiments se perdront en discours (RAC. Brit. I, 4)

24. Se confondre en.

Les dix tribus se perdent parmi les gentils (BOSSUET Hist. II, 4)

Les peuples, réconciliés ou vaincus, viennent se perdre dans le peuple romain (CHATEAUBR. Génie, IV, III, 1)

Ces nuances, ces couleurs se perdent l'une dans l'autre, elles deviennent tellement mêlées qu'on n'en voit plus la différence.

25. S'anéantir.

Se perdre en Dieu, c'est s'oublier soi-même, pour n'avoir le coeur occupé que de lui (BOSSUET Rép. aux diff. de Mme de la Maisonfort.)

Je me sentais avec une sorte de volupté accablé du poids de cet univers.... j'aimais à me perdre en imagination dans l'espace (J. J. ROUSS. 3e lett. à M. de Malesherbes, Corresp. t. IV, p. 94, dans POUGENS.)

Va donc, douce chimère d'une âme sensible, félicité si charmante et si désirée, va te perdre dans la nuit des songes ; tu n'auras plus de réalité pour moi (J. J. ROUSS. Hél. II, 6)

26. Se perdre, faire naufrage.

Un vieux gentilhomme qui s'était enrichi aux Indes, et qui s'était perdu en mer six mois après son mariage.... (SCARR. Rom. com. I, 22)

Depuis trente ans que je navigue, il ne m'est pas arrivé de voir deux vaisseaux aussi près de se perdre (LAPÉROUSE Voy. t. II, p. 149, dans POUGENS)

27. S'égarer, ne plus retrouver son chemin.

Cet autre [chemin] si droit, par lequel on m'assurait que je ne me pourrais perdre quand je le voudrais, je m'y perdis hier trois fois en ne le voulant pas (VOIT. Lett. 149)

Neutralement. Mener perdre, conduire quelqu'un pour l'égarer.

Fig.

Il [Épictète] se perd dans la présomption de ce que l'on peut (PASC. Entret. avec M. de Saci.)

Je ne me perds point, dit David, dans de tels excès ; et voilà l'orgueil méprisé dans ses égarements (BOSSUET Mar.-Thér.)

Fig. Se perdre, ne plus se retrouver soi-même.

Mais, en se trouvant ainsi soi-même, étrange confusion ! elle [l'âme] se perdra bientôt soi-même (BOSSUET la Vallière.)

Ainsi il est vrai qu'il a perdu Dieu ; mais nous avons dit, et il est vrai, qu'il ne faut pas s'étonner s'il s'est après cela perdu lui-même (BOSSUET ib.)

28. Fig. Avoir l'esprit surmonté par la grandeur ou la difficulté des choses.

C'est le plus grand caractère sensible de la toute-puissance de Dieu que notre imagination se perde dans cette pensée (PASC. Pens. I, 1, édit. HAVET.)

Ils embrouillent toutes choses, et, perdant tout ordre et toute lumière, ils se perdent eux-mêmes et s'égarent dans des embarras inexplicables (PASC. Géométr. 1)

Ne nous perdons pas, chrétiens, dans ces hautes spéculations (BOSSUET 2e sermon, Annonc. 3)

Quel esprit ne se perdrait dans la contemplation de tant de merveilles ? (BOSSUET 2e sermon, Nativ. 1)

Enfin dans cet horrible gouffre De misère et de vanité Je me perds ; et plus j'envisage La faiblesse de l'homme et sa malignité, Et moins de la divinité En lui je reconnais l'image (DESHOULIÈRES le Ruisseau.)

Les raisonneurs hardis qui se sont perdus dans la profondeur de ces recherches (VOLT. Métaph. 3)

Je me perdais dans ces foules de règles (J. J. ROUSS. Confess. VI)

Je m'y perds, je n'y connais rien.

Tout le monde a envie de rire : j'avoue, pour moi, que je m'y perds (BOSSUET Lett. quiét. 404)

Comment le fils d'un berger peut-il donner quarante gros diamants ? pourquoi est-il monté sur une licorne ? on s'y perdait (VOLT. Princ. de Babyl. II)

Plus je sonde l'abîme, hélas ! plus je m'y perds (LAMART. Méd. I, 2)

On dit aussi en ce sens : je me perds.

Quand vous me dites que cela n'est pas considérable, je me perds et ne peux comprendre comme cela se peut faire (SÉV. 21 août 1680)

Comme vous je me perds d'autant plus que j'y pense (RAC. Bérén. II, 5)

Ma tête se perd, je m'égare, mes idées se troublent.

29. Avoir l'esprit absorbé.

Je me perds dans cette pensée (SÉV. 358)

Le Nestor des Natchez parut se perdre dans quelque grand souvenir (CHATEAUBR. Natch. liv. I)

30. Cesser d'avoir des rapports d'amitié.

Nous ne nous perdons point, de notre race ; nos liens s'allongent quelquefois, mais ils ne se rompent jamais (SÉV. à Bussy, 6 juill. 1670)

31. Causer sa propre ruine. Il se perd par ses dépenses excessives.

Vous, s'il y faut périr, périssez avec moi ; C'est gloire de se perdre en servant ce qu'on aime (CORN. Sertor. IV, 2)

Cléone : Vous vous perdez, madame ; et vous devez songer... - Hermione : Que je me perde ou non, je songe à me venger (RAC. Andr. IV, 4)

Il joue à se perdre, se dit d'un homme qui s'expose à perdre sa vie, sa fortune, sa réputation.

Se perdre d'honneur, ruiner soi-même sa réputation.

Voulez-vous que pour lui je me perde d'honneur ? (CORN. Pulch. I, 5)

Se perdre dans l'esprit de quelqu'un, s'enlever auprès de lui tout crédit, toute bonne opinion.

Mademoiselle [de Montpensier] se perdit pour jamais dans l'esprit du roi (VOLT. Louis XIV, 5)

Se perdre à crédit, à plaisir, de gaieté de coeur, se faire tort par étourderie.

C'est se perdre de gaieté de coeur (C. DELAV. D. Juan d'Autriche, II, 7)

32. Se damner.

Si vous en demeurez là, vous ne laisserez pas de vous perdre, mais au moins vous vous perdrez en honnête homme (PASC. Condit. des grands, 3)

Les pécheurs ordinaires se perdent par un excès de confiance ; mais les libertins et les impies déclarés se perdent par un défaut de confiance (BOURDAL. Exhort. sur la trah. de Judas, t. I, p. 450)

Verrai-je tout le monde se convertir, pendant que vous demeurerez dans le chemin de vous perdre ? (MAINTENON Lett. à M. d'Aubigné, 15 mars 1693)

Elles se perdaient gaiement par la galanterie, la bonne chère et par l'oisiveté ; et elles se perdent tristement par la présomption et par l'envie (LA BRUY. III)

33. Terme de jeu de billard. Se perdre, mettre sa propre bille dans une blouse, ou la faire sauter hors des bandes.

PROVERBES

Il se faut garder des gens qui n'ont rien à perdre.

Marchand qui perd ne peut rire.

À tout perdre il n'y a qu'un coup périlleux, se dit, lorsqu'en risquant tout, on se résout à tout ce qui peut arriver.

À laver la tête d'un âne, d'un More, on perd sa lessive, on perd sa peine à instruire une personne têtue, stupide, indocile.

Il ne faut pas laisser perdre les bonnes coutumes, se dit en parlant de quelque fête où l'on se réjouit.

Qui quitte la partie la perd, se dit au jeu, et aussi pour marquer qu'il faut poursuivre ce qu'on entreprend.

Il est aujourd'hui la Saint-Lambert, qui quitte sa place la perd.

Qui perd le sien, perd le sens.

REMARQUE

Fléchier voulait qu'on dît au présent, avec l'interrogation : perdé-je ? Vaugelas, qu'on dît perds-je ? Perdé-je est dit par Mme de Grignan : Rien n'est plus digne de vos regrets [que la mort de Mme de Sévigné] ; et moi, monsieur, que ne perdé-je point ? dans SÉV. t. x, p. 387, éd. RÉGNIER. Louis XIV dit un jour : Depuis six ans que j'ai tant d'ennemis sur les bras, perds-je un seul pouce de terre, dans RICHELET, Dict. Il ne faut pas dire perdé-je qui est un barbarisme ; perds-je, qui est correct, n'est pas usité : il faut dire est-ce que je perds ?

HISTORIQUE

Xe s.Melz [mieux] [elle] sostendreiet les empedemenz, Qu'elle perdesse sa virginitet (Eulalie)Car co videbant per spiritum prophete, que astreient [seraient] li judei perdut, si cum il ore sunt, Fragm. de Valenc. E io ne dolreie [je ne serais pas en chagrin] de tanta millia hominum, si perdut erent ? (ib. p. 469)

XIe s.Dous [deux] sunt perceners [ont portion] de une erité, e est l'un emplaidé senz l'altre, e per sa folie si pert ; ne deit pur ço l'altre estre perdant (Lois de Guill, 39)Assez est mielz qu'il i perdent les chez [têtes] (Ch. de Rol. III)A bien petit que il ne pert le sens (ib. XXII)

XIIe s.La teste [il] i pert, n'i laissa autre gage (Ronc. p. 64)Car qui le sien donne retraiament [de mauvaise grace], Son gré en pert.... (Couci, XVI)Onques teurtre [tourterelle] qui pert son compagnon Ne fut un jour de moi plus esbahie (ib. XXIV)Car cil qui voit tel amour desevrer, A assez plus de duel [deuil] et de pesance Que n'auroit jà li rois s'il perdoit France (ib. XXIV)N'i [en une belle femme] perdi pas nature ses oevres ne son tens (Sax. v)Jà Herupe la gente.... Ne perdra à mon temps sa franchise et son nom (ib. XXV)

XIIIe s.Tant [elle] fuit que de lui [elle] perdent li serjant le regart (Berte, XXII)Et longuement avez esté au bois perdue (ib. LII)....Qui font tant par trop boire Que il en perdent si le sens et la memoire.... (ib. LXVI)J'ai ma route [chemin] perdue, s' [si] en ai le cuer dolent (ib. CX)Et quant li quens [le comte] vit et entendit lor mauvais cuers et lor mauvais respons, si ot tout le cuer pierdu (Chr. de Rains, 183)Quant ton tens perdu i auras (la Rose, 4632)Qui ne pense neant des choses alées [passées] a sa vie perdue (BRUN. LATINI Trésor, p. 349)Vos choses visitez sovent.... quar li sages dist que celly qui sovent veyt son desert, se rien ne gaigne, rien ne pert (Bibl. des chartes, 4e série, t. II, p. 375)Se nous ne nous croisons, nous perdrons le roy ; et se nous nous croisons, nous perdrons Dieu ; que [car] nous ne nous croiserons pas pour li (JOINV. 299)Et il me vit, et estandi ses bras, et me dit : A ! seneschal, j'ai perdue ma mere (JOINV. 281)

XIVe s.Se je perdi ier soir, je doi hui recouvrer (Baud. de Seb. VIII, 483)Et se tu prens gens de nient, Tu te pers tout à escient (MACHAUT p. 112)

XVe s.Y [il] ne fault qu'un coup pour tout perdre, Ou pour estre victorieux (Myst. du siége d'Orléans, p. 761)Le pays me sembla moult estrange ; et me tinsse pour perdu ou en très grande aventure, si ce ne fust la compagnie du chevalier (FROISS. II, III, 9)Si nous estions pris à force, nous perderiemes nos corps et le nostre (FROISS. II, III, 38)Par voies tortes et obliques et par chemins perdus (FROISS. II, III, 7)Ce fut peine perdue (MONSTREL. II, 151)Les Anglois estoient en adventure de perdre une grant perte (LEFEVRE DE ST-REMY Hist. de Charles VI, p. 84, dans LACURNE)Et furent contraintz de passer parmi nous, aucuns eschapperent, et le plus se perdirent (COMM. I, 4)

XVIe s.Qui pert et recoeuvre ne sçait qu'est dueil (G. CRETIN p. 192, dans LACURNE)Je me perds en cette contemplation (RAB. Pant. III, 4)Si mes ans les plus beaux, hélas ! trop mal perdus Au volage appetit d'amour et d'une dame (DESPORTES Oeuvres chrestiennes, sonnets, 8)Dieu des hommes perdus [Amour], sera-ce jamais fait ? Seray-je tousjours butte aux douleurs incurables ? (DESPORTES Diane, II, 53)L'ame qui n'a point de but estably, elle se perd (MONT. I, 32)Perdre un procez (MONT. I, 130)En cecy perdoi-je mon latin (MONT. I, 139)Il se jecta à corps perdu dans la presse des ennemis (MONT. I, 254)Toute l'Asie se perdit et se consomma en guerres pour le macquerellage de Paris (MONT. II, 188)Il joua contre luy un soupper : il perdit, paya son soupper... (MONT. II, 272)Qui diable vous a dit cela en ce païs perdu ? je pensois qu'aussi bien que les Bretons, vous ne sçussiez nouvelle du mariage des rois qu'au basteme de leurs enfans (D'AUB. Faen. II, 3)Au milieu des deux estoit à l'ancre la caraque bien chargée de lest, qui avec des couleuvrines tiroit à coups perdus dans la ville (D'AUB. Hist. II, 41)....pour l'extreme jalousie du mari, qui ne la perdoit non plus que son ombre (D'AUB. ib. II, 331)La honte se perdit, vostre coeur fut taché De la pasle impudence, en aimant le peché (D'AUB. Tragiq. Princes.)C'estoit un homme escervelé et furieusement espris et perdu de convoitise de regner (AMYOT Timol. 4)Peu après il s'apperceut bien qu'il s'estoit ruiné luy mesme, et avoit quant et quant perdu la liberté de son païs (AMYOT Cicéron, 58)Toutes les fois qu'ilz jouoient aux dez, Antonius perdoit tousjours (AMYOT Anton. 40)Perdit le boire et le manger (MARG. Contes, p. 394, dans LACURNE)À gens de bien on ne perd rien (COTGRAVE)Argent fait perdre gent (ID.)Asseurement chante qui n'a que perdre (COTGRAVE)Assez gaigne qui malheur perd (ID.)Il ne perd rien qui ne perd Dieu (COTGRAVE)On ne doit point querir brebis qui se veut perdre (COTGRAVE)Par trop presser l'anguille on la perd (COTGRAVE)Qui ne retire de sa vache que la queue ne perd pas tout (COTGRAVE)Chose perdue est lors cogneue (COTGRAVE)Tout est perdu ce qu'on donne à fol (COTGRAVE)Tout ce qui gist en peril, n'est pas perdu (COTGRAVE)

ÉTYMOLOGIE

Wallon, pied ; Berry, parde ; bourg. pardre ; les paysans dans la comédie, pardre (Ils m'ont fait pardre (MOL. Don Juan, II, 1) ) ; prov. perdre ; cat. perdrer ; esp. perder ; ital. perdere ; du lat. perdere, de per, et dare, donner.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

PERDRE. Ajoutez :

34. S. m. Le perdre, l'action de perdre.

Ce n'est point le perdre qui nous afflige, c'est l'opinion seule d'avoir perdu (MALH. Lexique, éd. L. Lalanne.)

 

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