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definitions

philosophe (n.)

1.personne qui participe à l'élaboration d'une doctrine philosophique, penseur.

2.personne qui pratique la sagesse, qui fait face calmement aux événements.

philosophe (adj.)

1.qui pratique la sagesse, qui fait face calmement aux événements.

philosopher (v.)

1.penser sur des thèmes philosophiques, ou encore raisonner et discuter sur sujet quelconque.

 
see also

philosophe (adj.)

philo, philosophie

philosophe (n.)

philo, philosophie

 
synonyms
 
phrases
 
analogic tree

philosophe (adj.)

tid

qui s'occupe de[Classe...]

philosophe (n. m.)

philosophe (n. m.)

philosophe (n. m.)

tid

alchimiste[Classe]

philosophé (adj.)

tid

raisonné[Classe]

philosopher (v. intr.)

V

tid

conceptualiser[Classe]

philosophie[termes liés]

 
le Littré (1880)

PHILOSOPHE (s. m.)

1. Dans l'ancienne Grèce, ami de la sagesse.

Il [Pythagore] est le premier qui se soit fait appeler philosophe ; avant lui, les hommes qui se livraient à la contemplation de la nature portaient le nom de sages ; il prit celui de philosophe par modestie (BAILLY Hist. astr. anc. p. 209)

2. Celui qui s'applique à la recherche des principes et des causes.

Nulle religion que la nôtre n'a enseigné que l'homme naît en péché, nulle secte de philosophes ne l'a dit ; nulle n'a donc dit vrai (PASC. Pens. XI, 4 ter, édit. HAVET.)

La vanité est si ancrée dans le coeur de l'homme qu'un soldat, un goujat, un cuisinier se vante et veut avoir ses admirateurs ; et les philosophes mêmes en veulent (PASC. ib. II, 3)

Que je méprise ces philosophes qui, mesurant les conseils de Dieu à leurs pensées, ne le font auteur que d'un certain ordre général, d'où le reste se développe comme il peut ! (BOSSUET Mar.-Thér.)

En fait de découvertes nouvelles, il ne se faut pas trop presser de raisonner, quoiqu'on en ait toujours assez d'envie, et les vrais philosophes sont comme les éléphants, qui, en marchant, ne posent jamais le second pied à terre que le premier n'y soit bien affermi (FONTEN. Mondes, 6e soir.)

Il y a eu des philosophes de cabinet en France ; et tous, excepté Montaigne, ont été persécutés (VOLT. Dict. phil. Philosophe 1)

Ce sentiment [que les bêtes ont de l'intelligence] est celui du vulgaire : il n'est combattu que par des philosophes, c'est-à-dire par des hommes qui d'ordinaire aiment mieux une absurdité qu'ils imaginent, qu'une vérité que tout le monde adopte (CONDIL. Traité des anim. part. 2)

Fig.

Je crois qu'il faut un peu modérer notre enthousiasme pour le Nord ; il produit d'étranges philosophes [à propos de l'assassinat d'Ivan] (VOLTAIRE Lettres, d'Alembert, 7 septembre 1764)

Absolument. Au moyen âge, le philosophe, Aristote.

Au féminin.

À propos, monsieur le conseiller, vous saurez que cette philosophe [Mme du Chatelet] a gagné un préliminaire de son procès, fort important et qui paraissait désespéré (VOLT. Lett. en vers et en prose, 72)

3. Particulièrement. Celui qui s'applique à l'étude de l'homme et de la société, à l'effet de rendre ses semblables meilleurs et plus heureux.

Le philosophe consume sa vie à observer les hommes, et il use ses esprits à en démêler les vices et le ridicule (LA BRUY. I)

Il est bon d'être philosophe, il n'est guère utile de passer pour tel (LA BRUY. XII)

Je n'accorde le titre de philosophe qu'à celui qui s'exerce constamment à la recherche de la vérité et à la pratique de la vertu (DIDER. Claude et Nér. II, 6)

4. Celui qui cultive sa raison, conforme sa conduite aux règles de la saine morale, et affermit son âme contre les coups du sort.

Pour détromper ma soeur, et lui faire connaître Ce que son philosophe à l'essai pouvait être (MOL. Femm. sav. v, 5)

Voilà tout ce que les hommes ont pu inventer pour se rendre heureux [les divertissements] ; et ceux qui font sur cela les philosophes.... ne connaissent guère notre nature (PASC. Pens. IV, 1)

Écoutez à ce propos [la vanité des choses humaines] le profond raisonnement non d'un philosophe qui dispute dans une école, ou d'un religieux qui médite dans un cloître... (BOSSUET Duch. d'Orl.)

Qu'il y a de différence entre être philosophe et parler de philosophie ! (VOLT. Lett. Mme Denis, 24 août 1751)

Au féminin.

....à votre fille aînée On voit quelque dégoût pour les noeuds d'hyménée ; C'est une philosophe enfin ; je n'en dis rien (MOL. F. sav. II, 8)

J'apprends que l'on vient d'imprimer deux nouveaux mémoires sur la vie de cette philosophe [Ninon] (VOLT. Mél. litt sur Mlle de Lenclos)

J'imagine que votre grand'maman [la duchesse de Choiseul] est une vraie philosophe (VOLT. Lett. à Mme du Deffant, 25 mai 1770)

5. Celui qui mène une vie tranquille et retirée, hors de l'embarras des affaires.

Il n'y a rien qui coûte moins à acquérir aujourd'hui que le nom de philosophe : une vie obscure et retirée, quelques dehors de sagesse, avec un peu de lecture, suffisent pour attirer ce nom à des personnes qui s'en honorent (DUMARSAIS Oeuv. t. VI, p. 25)

6. En un sens particulier, celui qui ne reconnaît pas la révélation.

Ce royaume autrefois le soutien de la foi, et la plus pure portion de son Église, devenu par la licence des discours et l'impiété des sentiments, le théâtre d'honneur des philosophes et des incrédules (MASS. Carême, Mot. de conv.)

Troisvilles fréquenta les toilettes ; le pied lui glissa ; de dévot il devint philosophe (SAINT-SIMON 133, 222)

Nom donné, en particulier dans le XVIIIe siècle, à des hommes qui cultivaient la philosophie et la faisaient servir au renversement des anciennes opinions.

On avait assuré le roi de Danemark que les philosophes étaient mauvaise compagnie (D'ALEMB. Lett. au roi de Pr. 19 déc. 1768)

Je suis quelquefois tenté de dire du titre de philosophe ce que Jacques Rosbif dit de celui de Monsieur, dans la comédie du Français à Londres : Je ne veux point de ce titre-là, il y a trop de faquins qui le portent (D'ALEMB. ib. 8 juin 1770)

Il y avait à l'Académie quatre hommes désignés sous le nom de philosophes, étiquette odieuse dans ce temps-là (MARMONTEL Mém. VII)

7. Dans les colléges et lycées, étudiant en philosophie.

8. Alchimiste. Les principes des philosophes sont le sel, le soufre et le mercure.

Huile des philosophes, huile d'olive dont on imbibe des briques rougies au feu.

Poudre des philosophes, la poudre de projection.

9. Adj. Qui est philosophe.

La religion seule fait quelquefois des conversions surprenantes et des changements miraculeux, mais elle ne fait guère toute une vie égale et uniforme, si elle n'est entée sur un naturel philosophe (FONTEN. Des Billettes.)

La plupart des femmes et des courtisans n'observèrent autre chose dans cette reine philosophe [Christine], sinon qu'elle n'était pas coiffée à la française, et qu'elle dansait mal (VOLT. Louis XIV, 6)

Je désirerais de voir cette question proposée à tous les philosophes de l'Europe par le plus philosophe des souverains (D'ALEMB. Lett. au roi de Pr. 27 nov. 1777)

Le grand défaut de ce siècle philosophe est de ne l'être pas encore assez (D'ALEMB. Lett. à J. J. Rouss.)

Et sur le même plan l'amour nous voit rangés ; C'est un dieu philosophe, il est sans préjugés (DE BIÈVRE Séducteur, I, 5)

10. Il se dit quelquefois pour philosophique, mais en ce sens il vieillit.

Et je crois qu'à la cour, de même qu'à la ville Mon flegme est philosophe autant que votre bile (MOL. Mis. I, 1)

Qu'il a bien découvert son âme mercenaire ! Et que peu philosophe est ce qu'il vient de faire ! (MOL. F. sav. V, 5)

Quand ils [Platon et Aristote] se sont divertis à faire leurs Lois et leur Politique, ils l'ont fait en se jouant ; c'était la partie la moins philosophe et la moins sérieuse de leur vie ; la plus philosophe était de vivre simplement et tranquillement (PASC. Pens. VI, 52)

Il [Mazarin] mourut au bois de Vincennes avec une fermeté beaucoup plus philosophe que chrétienne (Mme DE LAFAYETTE Hist. de Mme Henriette, 1re part.)

Il me semble que la mort du roi d'Angleterre [Charles Il] devient plus philosophe et anglaise que chrétienne et catholique (SÉV. 7 mars 1685)

D'un oeil philosophe et tranquille Tu vois les intrigues des cours (BERNIS Ép. 2, Moeurs.)

HISTORIQUE

XIIIe s.Et si a en ceste cité moult de philosophes et moult de mires [médecins] (MARC POL p. 489)

XIVe s.Le philosophe [Aristote] dist ou [au] premier des Elenches (H. DE MONDEVILLE f° 7)

XVe s.Jà tant ne montera la niceté du peuple, que nom de philosophe très honorable et très saint ne demeure (CHRIST. DE PISAN Hist. de Ch. V, III, 64)Ce bon mareschal se peut bien appeler philosophe d'armes, c'est à dire amateur de la science d'icelle (Hist. de Bouciq. IV, 6)

XVIe s.Veistes vous oncques chien rencontrant quelque os medulaire ? c'est, comme dict Platon, la beste du monde plus philosophe (RAB. Garg. Prol.)Les femmes philosophes qui se mesloient à leur secte [des cyniques] (MONT. II, 352)Vous verrez au long aller ce beau nom de poete venir au nonchaloir du peuple, ainsi que celuy de philosophe que l'on adapte maintenant à ces tireurs de quint-essence (PASQUIER Lett. t. I, p. 26)

ÉTYMOLOGIE

Prov. philosophe ; espagn. et ital. filosofo ; du lat. philosophus ; du grec, qui aime, et, sagesse, lequel est de même radical que le lat. sapus, habile, sapere, savoir.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

PHILOSOPHE. Ajoutez :

11. Un des noms de l'argilah ou cicogne à sac (voy. ARGILAH au Supplément).

Le public, frappé de la gravité de sa démarche et de l'air penseur de son crâne dénudé, lui a donné le nom plus pittoresque de philosophe ou d'adjudant (Journ. offic. 18 mars 1874, p. 2094, 2e col.)

PHILOSOPHER (v. n.)

1. Traiter, raisonnner des choses qui regardent la philosophie.

Bernier, après avoir philosophé cinquante ans, avoue qu'il doute des choses qu'il avait cru les plus vraies (S. ÉVREM. dans RICHELET)

Se moquer de la philosophie, c'est vraiment philosopher (PASC. Pens. VII, 34, édit. HAVET.)

On avait philosophé trois mille ans durant sur divers principes, et il s'élève dans un coin de la terre un homme [Descartes] qui change toute la face de la philosophie.... (NICOLE Ess. de mor. 1er traité, ch. 7)

Si j'avais quelqu'un pour m'aider à philosopher, je pense que je deviendrais une de vos écolières [en cartésianisme] (SÉV. 432)

....Des habillements, des armes, des instruments, curiosités qui, quoiqu'elles ne soient pas sorties immédiatement des mains de la nature, ne laissent pas de devenir philosophiques pour qui sait philosopher (FONTEN. Tournefort.)

Quand Descartes voulut philosopher, il quitta la France (VOLT. Lett. Damilaville, 14 mars 1764)

On dit : vivre d'abord, ensuite philosopher ; c'est le peuple qui parle ainsi ; mais le sage dit : philosopher d'abord, et vivre ensuite si l'on peut (DIDER. Claude et Nér. II, 2)

2. Raisonner, discuter sur diverses matières de morale ou de physique.

Le médecin vous donnant des jours et des heures qui ne sont pas en sa puissance, et toujours prêt à philosopher admirablement de la maladie après la mort (BOSSUET Bourgoing.)

Dans la prison même et lorsqu'il buvait la ciguë, il [Socrate] philosophait, dit Plutarque, et instruisait le genre humain (ROLLIN Hist. anc. Oeuv. t. IV, p. 369, dans POUGENS)

N'ayant plus de maîtresse et n'ayant pas un sou, Nous philosopherons maintenant tout le soûl (REGNARD Joueur, IV, 13)

Que sont devenus nos anciens projets de philosopher un jour ensemble dans cette grande ville si peu philosophe [Paris] ? (VOLT. Lett. Formont, 1734)

J'espère cependant que cette santé et cette machine me permettront de jouir des bontés de Votre Majesté, et d'aller philosopher avec elle sur les grands maux et les petits biens de la vie (D'ALEMB. Lett. au roi de Pr. 27 fév. 1777)

3. Argumenter, disputer trop subtilement.

Mais sans être savant et sans philosopher (MALH. V, 16)

Ce n'est point à vous de philosopher sur les abaissements et la croix de votre Sauveur (BOURDAL. Dim. de la Quinquagés. Dominic. t. I, p. 454)

Après avoir philosophé toute votre vie, n'apprendrez-vous jamais à raisonner ? (J. J. ROUSS. Émile, v.)

4. Raisonner sur, tirer des inductions.

Enfin il [le lièvre] se trahit lui-même Par les esprits sortant de son corps échauffé ; Miraut, sur leur odeur ayant philosophé, Conclut que c'est son lièvre (LA FONT. Fabl. v, 17)

On philosophe pourquoi cette augmentation [surcroît de dignité accordé au chancelier d'Aligre] (SÉV. 12 janv. 1674)

5. S. m. Le philosopher, l'action de philosopher.

Mais n'en déplaise aux vieux : ni leur philosopher Ni tant de beaux écrits qu'on lit en leurs écoles, Pour s'affranchir l'esprit ne sont que des paroles (RÉGNIER Sat. III)

Il se conjugue avec l'auxiliaire avoir.

HISTORIQUE

XVIe s.Un ancien, à qui on reprochoit qu'il faisoit profe-sion de la philosophie, de laquelle pourtant en son jugement il ne tenoit pas grand compte, respondit que cela c'estoit vrayement philosopher (MONT. II, 243)

ÉTYMOLOGIE

Provenç. philosophar ; espagn. filosofar ; ital. filosofare ; du lat. philosophari, de philosophus, philosophe.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

PHILOSOPHER. Ajoutez : - REM. Au XVIIe siècle, philosopher s'employait au sens de raisonner sur, tirer des inductions, comme on le voit par les exemples de La Fontaine et de Mme de Sévigné, rapportés dans le n° 4. C'est ainsi que Richelieu l'emploie dans cette phrase : M. de Chazé a fort bien interrogé M. de Thou [dans le procès de Cinq-Mars], et assurément il n'est pas incapable ; mais, pour la conduite générale de l'affaire, il nous faut, à mon avis, M. de Lauzon, étant besoin qu'un commissaire qui aura cette charge soit capable de philosopher et songer perpétuellement aux moyens qu'il devra tenir pour venir à ses fins, Lettres, etc. 1642, t. VII, p. 17.

 
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Philosophe

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Le philosophe, par Rembrandt
Le philosophe, par Rembrandt

Un philosophe est une personne pratiquant la philosophie, et puisqu'il y a certainement autant de manières de la pratiquer qu'il y a de philosophes, il n'est pas facile de décrire brièvement ce que peut être un philosophe ; néanmoins, l'idée la plus générale que l'on peut s'en faire est sans doute celle d'un homme qui réfléchit sur le monde avec sa raison pour devenir plus sage, mieux comprendre le sens de la vie et être ainsi plus heureux.

La création du terme est attribué à Pythagore qui ne se présentait pas comme un sage, mais comme aimant la sagesse.


Sommaire

  • 1 Quelques aspects du philosophe
    • 1.1 Vocation de base
    • 1.2 Le philosophe dans la culture occidentale
  • 2 Le philosophe dans la société
    • 2.1 Conditions matérielles
    • 2.2 Rôle social et politique
  • 3 Bibliographie
  • 4 Citations
  • 5 Voir aussi
  • 6 Lien externe

Quelques aspects du philosophe

Vocation de base

Un des traits les plus caractéristiques est certainement que le philosophe fait de la philosophie une activité libre à laquelle il consacre sa vie, et qu'il s'agit d'une vocation. Mais cette vocation s'entend elle aussi de plusieurs manières : par exemple, la philosophie suppose un certain genre de vie, ce que l'on appelle une sagesse, ou un art de vivre. L'idée de vocation sera développée plus bas dans l'article...

De plus, la plupart des grands philosophes étaient aussi des scientifiques pratiquant plusieurs disciplines. L'ensemble de ces disciplines leur permettait de se construire une représentation de l'univers comportant plusieurs perspectives plus ou moins solidaires (biologique, physique, philosophique, etc.).

Le philosophe dans la culture occidentale

La valorisation de la connaissance dans la culture occidentale fait que le philosophe est largement considéré, à tort ou à raison, comme le sommet du prestige intellectuel. Mais ce statut est aussi souvent remis en cause, et cela pour des raisons qui apparaissent depuis l'Antiquité, comme par exemple l'instrumentalisation de la philosophie par des opportunistes, ou parce qu'il arrive qu'il y ait des malentendus sur ce que l'on peut attendre de la philosophie. Ce prestige de la philosophie a aussi souffert du développement du monde moderne et de la professionalisation de cette discipline.

Dans le monde moderne, la philosophie peut en effet paraître inutile, d'une part face aux sciences qui prétendent parfois être la source unique de la connaissance, d'autres part face au idéaux de confort et de bien-être des sociétés démocratiques, idéaux soutenus par la science (mais au bénéfice d'une partie de la population mondiale). L'esprit moderne n'est donc peut-être pas compatible avec la discipline de l'esprit et de la vie exigée par une pratique de la philosophie qui ne semble pas rentable. Bien plus, au yeux du philosophe, la culture moderne comporte bien des aspects pour le moins douteux.

Le philosophe peut donc apparaître soit comme un vestige archaïque de temps révolus, soit au contraire comme un défenseur d'une vie authentique menacée par la rationalisation outrancière des sociétés marchandes et par la dévalorisation que fait subir de tels systèmes de consommation aux individus. Ainsi, si la place des philosophes dans la société est un problème soulevé depuis Platon, ce problème est remarquable aujourd'hui par la force avec laquelle il se pose : il remet en cause la légitimité même de la philosophie.

Le philosophe dans la société

Conditions matérielles

  • Développement des arts (artisanat et art) : l'accumulation des savoirs purement pratiques aboutit à une systématisation des connaissances dans la science et dans la philosophie ; par exemple, le savoir pratique des arpenteurs égyptiens permet la géométrie comme science.

Les hommes libres peuvent se livrer à une activité désintéressée (science, politique, philosophie, au sens où ce n'est pas l'utilité immédiate qui est visée).

  • Liaison avec la mer : la navigation et le commerce permettent des rencontres avec d'autres cultures.

Comme on le voit, le philosophe est loin de naître grâce à un système démocratique tel que nous le concevons aujourd'hui. Il ne faut pas oublier que la démocratie antique est esclavagiste.

Rôle social et politique

Bien que l'on croit souvent que le travail du philosophe puisse servir à répondre à des questions touchant les hommes en général, ou les hommes d'une société en quête de valeurs, il n'est pas certain que cela soit sa tâche première. En particulier, on peut se demander si un philosophe a vocation à intervenir dans des débats d'actualité, comme si son statut réel ou non de penseur lui donnait une supériorité intellectuelle sur les autres hommes. Par exemple, sur un débat concernant la société, en quoi un philosophe est-il mieux placé que n'importe quel citoyen ?

Il est plus probable qu'en réalité un philosophe use de son prestige pour intervenir dans un débat. Or, ceci non seulement paraît fort peu philosophique, mais peut nuire à la philosophie surtout lorsque ce pouvoir médiatique met en lumière l'opportunisme de certains intellectuels. Cette dernière attitude est surtout une tradition continentale.

Il semble donc que dans une société un philosophe n'ait pas particulièrement vocation à penser le quotidien, l'actualité, et toute la cacophonie internationale. S'il agit, c'est plutôt comme un autre, i. e. comme citoyen ou comme être humain. Pourtant, s'il est vrai que la philosophie est aussi un art de vivre, il parait naturel que les autres hommes viennent le consulter notamment lorsque les valeurs se perdent, et que personne ne sait plus ce qu'il en est de la valeur des actions humaines. Cela arrive en effet lorsqu'il y a de grands bouleversements politiques. On explique ainsi le succès de l'éthique pendant la période hellénistique, à un moment où les cadres de la cité s'effondrent. La philosophie serait alors la planche de salut.

Mais cette conception qui demande à la philosophie des solutions contre le chaos extérieur et intérieur (angoisse, malheurs, souffrances morales, etc.) suppose sans doute un oubli de la perspective propre de celui qui vit pour la pensée. En effet, si l'art de vivre du philosophe est une sagesse, alors cette sagesse est, au moins idéalement, indépendante des contingences historiques. Ce n'est donc que par accident que le philosophe se trouve dans la position du « thérapeute » de la culture. Mais le problème, au moins dans cette perspective, reste le même : ou bien le philosophe aspire à la sagesse, et son sentiment est qu'il n'appartient à aucune société (il est cosmopolite comme les Stoïciens) ; ou bien il aspire à réformer les hommes et la société, et dans ce cas il risque de se voir réduit au rôle de moraliste.

En revanche, à certaines périodes de l'histoire, le philosophe semble avoir pu jouer un rôle à sa mesure, et en particulier un rôle politique plus ou moins important. C'est le cas de certains Présocratiques, qui cherchèrent à favoriser une union des cités grecques que des conflits incessants menaient à leur perte. De même dès la fin du XVIIe siècle se dessine une philosophie politique qui privilégie la démocratie, la tolérance et la souveraineté du peuple : c'est la philosophie des Lumières. Le mot "Philosophe" y prend le sens nouveau de "membre du parti philosophique".

Bibliographie

  • Ainsi parla Zarathoustra, Friedrich Nietzsche
  • Gorgias, Platon
  • Protagoras, Platon
  • Apologie de Socrate, Platon
  • Phédon, Platon
  • Théétète, Platon
  • Les économiques, Aristote
  • La politique, Aristote
  • éthique à Nicomaque, Aristote
  • Métaphysique (Aristote), livre A, Aristote
  • Lettres, Epicure
  • Discours de la Méthode, Descartes
  • Problèmes de philosophies, Bertrand Russell
  • Philosophie par gros temps, Vincent Descombes
  • Philo lit ! petit lexique philosophique pour enfants Christian Debray
  • La demande philosophique, Jacques Bouveresse
  • Le Monde de Sophie, Jostein Gaarder
  • L'amour de la sagesse, initiation à la philosophie, Bruno Giuliani

Citations

  • "Le philosophe consume sa vie à observer les hommes et il use ses esprits à en démêler les vices et le ridicule" (Jean de La Bruyère)
  • "Les vrais philosophes passent leur vie à ne point croire ce qu'ils voient et à tâcher de deviner ce qu'ils ne voient point" (Fontenelle)
  • "L'esprit philosophique est un esprit d'observation et de justesse qui rapporte tout à ses véritables principes." (Diderot)
  • "J'estime philosophe tout homme, de quelque degré de culture qu'il soit, qui essaye de temps à autre de se donner une vision d'ensemble, une vision ordonnée de tout ce qu'il sait, et surtout de ce qu'il sait par expérience directe, intérieure et extérieure." (Paul Valéry)
  • "Le philosophe se reconnaît à ce qu'il a inséparablement le goût de l'évidence et le sens de l'ambiguïté." (Maurice Merleau-Ponty)
  • "La philosophie c'est créer des concepts."(Gilles Deleuze)

Voir aussi

  • Sage
  • Sagesse
  • Philosophie
  • Raison
  • Philosopher
  • Liste des philosophes par année de naissance
  • Liste des écoles philosophiques
  • Rapports entre foi et raison

Lien externe

  • Le Philosophe de Du Marsais
  • Catégorie Philosophie de l'Open Directory Project Dmoz
  • philoattitude forum de discussions


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Philosopher

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Philosopher est un verbe dont le sens ambigu : en un sens large, il peut désigner la contemplation, dans une conception générale du monde, comme résultat de l'amour de la connaissance; mais, en un autre sens, il désigne un art de bien vivre. Il désigne donc à la fois une représentation de type contemplative (connaissance pure) ou une activité plus engagée dans la vie proprement humaine. L'activité de philosopher concerne donc à la fois l'action morale et politique, et nos moyens de connaître.

En quoi ceci est-il une spécificité de l'activité philosophique ? La conception du monde (l'acte de contempler) du philosophe se distingue-t-elle des autres conceptions du monde ? Deux questions proprement philosophiques peuvent servir de guides :

  • pourquoi philosopher ?
  • comment philosopher ?
Le philosophe, par Rembrandt
Le philosophe, par Rembrandt

Sommaire

  • 1 Analyse d'expressions courantes
  • 2 Etude des notions et division de la philosophie
    • 2.1 Apprend-on la philosophie ou à philosopher ?
    • 2.2 Pensée critique et autonomie de la pensée
    • 2.3 Art de vivre
      • 2.3.1 Philosophie et sagesse au sens large
      • 2.3.2 Ce qui fait le philosophe
  • 3 Risques de la philosophie
    • 3.1 Premier type de risques
    • 3.2 Second type de risques
  • 4 Pourquoi philosopher ?
  • 5 Citation
  • 6 Bibliographie
  • 7 Liens
    • 7.1 Liens internes
    • 7.2 Liens externes

Analyse d'expressions courantes

Les mots « philosophie », « philosophe », « philosopher », ont chacun plusieurs sens, et ces sens dépendent d'un contexte. Ce contexte est défini par ce que fait la personne qui parle ou dont on parle, par l'objet de notre discours, ou par l'activité dans laquelle nous sommes engagés. Par exemple :

  • on dit que quelqu'un subit une épreuve avec philosophie ; « je suis philosophe », « il faut prendre les choses avec philosophie », etc. ; le mot est synonyme de calme, de contrôle de soi, et souvent de résignation ;
  • mais être philosophe, c'est aussi avoir des opinions en faisant preuve d'esprit critique, en étant capable de penser par soi-même ;
  • le sens d'une œuvre exprime une certaine philosophie, une vision du monde (morale, scientifique, historique, etc.) ;
  • la philosophie d'un philosophe, par exemple sa doctrine, son système d'idées cohérent ;
  • le cours de philosophie ; on désigne là la discipline avec son contenu défini par un programme.

Etude des notions et division de la philosophie

Apprend-on la philosophie ou à philosopher ?

Sur quoi porte l'activité philosophique ? Les expressions courantes ne s'identifient sans doute pas toujours au sens propre de l'acte de philosopher, mais un contenu peut être dégagé, par exemple un objet qui forme la matière de la discipline appelée « philosophie. » Pourtant ces objets sont nombreux : l'homme, le monde, les moyens de la connaissance, l'action morale et politique. Toutes ces matières à reflexion ont cependant ceci de commun qu'elles supposent un maniement d'idées, de notions, de concepts. Or ce maniement n'est certainement pas aléatoire, et on s'attend à ce que la philosophie soit quelque chose comme un art de raisonner, i.e. d'examiner, de réunir, de comprendre, etc. des concepts, en suivant des règles strictes.

C'est ainsi qu'une théorie est un ensemble de concepts rationnellement organisés. En philosophie, il existe plusieurs possibilités d'organisation des concepts, possibilités d'autant plus nombreuses que l'activité de la philosophie n'est pas limitée par un objet. L'ensemble des concepts peut par exemple être organisé d'après la division grecque de la philosophie : la connaissance de la nature, ou physique, l'éthique et la logique, science du raisonnement, c'est-à-dire méthode du bon gouvernement de l'entendement. À ce titre, la logique structure la connaissance du monde et ordonne l'ensemble des notions de la philosophie morale. Ce troisième domaine peut être aussi considéré comme une théorie de la connaissance. Cette division est parfois attribuée à Platon, mais elle n'est explicitement formulée qu'à partir du Stoïcisme. Une autre division, prenant en compte le fait que la physique n'est plus aujourd'hui une partie de la philosophie, consiste à distinguer seulement théorie de la connaissance et éthique. Mais il existe en réalité bien d'autres domaines, telles que l'esthétique, la philosophie politique, etc., qui ont pris une certaine autonomie au cours de l'histoire de la philosophie.

En théorie, la philosophie couvre tous les domaines de la réalité, puisque son objet par excellence est la réalité même, physique et mentale (en ce sens, la philosophie est dite philosophie première ou métaphysique). Dans les faits, il n'y a qu'un nombre limité de concepts, dont la liste est évidemment toujours ouverte, et ce sont ces concepts qu'il faut étudier pour s'initier à la philosophie. Ils peuvent être étudié pour eux-mêmes (apprentissage de la pensée, de l'analyse, du raisonnement en général), ou liés à d'autres concepts avec lesquels ils forment un domaine spécifique (morale, esthétique, etc.), ou encore suivant leur devenir historique (connaissance des systèmes des philosophes, histoire de la philosophie). Ainsi, l'étude des concepts d'une part, et, d'autre part, l'étude de la logique, forment une initiation complète à la philosophie, dont la finalité est de penser par soi-même : sapere aude.

Si cela est juste, alors on peut comprendre pourquoi la philosophie ne s'apprend pas : il n'y a pas un contenu donné et constitué dont on peut dire : voilà toute la philosophie. La philosophie, comme science achevée, n'existe pas. L'apprentissage de la philosophie n'est donc pas un apprentissage de la mémoire, mais un exercice de la raison. Cet exercice s'appuie sur l'évidence des concepts et sur la nécessité des demonstrations.

La méthode pour enseigner la philosophie ne peut donc être dogmatique (elle ne peut être indiscutable et refuser toute critique) ; elle doit être zététique. On n'apprend pas la philosophie, on apprend à philosopher. Mais peut-on pour autant se passer de tout apprentissage. Nous avons vu que non.

« La philosophie d'aujourd'hui contient tout ce qu'a produit le travail de millénaires ; elle est le résultat de tout ce qui l'a précédé » Hegel.

Il faut donc aussi connaître l'histoire de la philosophie.

Pensée critique et autonomie de la pensée

L'idéal philosophique est donc de penser par soi-même, de se fixer à soi-même sa propre norme. Être libre, cela peut donc signifier participer activement et consciemment à l'histoire du monde en étant son propre guide.

Mais, dans ce cas, pourquoi la plupart des hommes se contentent-ils d'une philosophie spontanée, i.e. d'une sagesse du sens commun qui n'est pas vraiment éclairée ? Parce qu'ils sont lâches et passifs :

  • penser, c'est prendre des risques, car il faut prendre le risque de voir ses croyances détruites par la critique ;
  • penser demande un gros travail que la paresse naturelle fait fuir.

Il y a ainsi deux positions possibles devant la philosophie :

  • la rejeter, ce qui revient à admettre les préjugés, les opinions extérieurs, et se laisser manipuler ;
  • l'accepter, se construire une conception du monde, penser et philosopher.

Si tout le monde pense, certains seulement pensent sur leurs pensées, c'est-à-dire ont une pensée réflexive, critique et qustionnante. Cela n'est-il qu'une question de paresse? N'y a-t-il pas des circonstances socioculturelles qui favorisent plus ou moins l'émergeance de la réflexion libre? Est-ce que l'enseignement classique français de la philosophie en terminale réussit à "faire penser par soi-même"? Y a-t-il un age pour philosopher?

La philosophie pour les enfants est une pratique récente qui prétend apporter beaucoup de pistes intéressantes par rapports à ces questions. En effet, elle prétend casser avec le paradigme élitiste d'une pensée réflexive comme seul apanage des esprits courageux ; cette pratique consiste à développer la pensée réflexive et l'attitude démocratique de tous et à tout age, à travers des ateliers de discussion philosophiques. Il s'agit d'apprendre à philosopher en prenant conscience de sa pensée et de ses idées en les échangeants et en les confrontant aux idées des autres. Cette pratique créée aux États-Unis d'Amérique par Matthew Lipman connaît une popularité croissante partout dans le monde. On peut dire en sens contraire que l'acte de philosopher n'est pas en général dépendant de ce genres d'idéologies à caractère démocratique, et qu'il est prétentieux et nuisible à la pensée de vouloir l'égaliser.

Art de vivre

En tant que pratique, la philosophie peut être décrite de plusieurs points de vue qui n'ont sans doute pas tous la même valeur. Comme le philosophe Poit le faisait remarqer, philosopher est un savoir vivre.

  • Les philosophes professionnels sont des personnes rémunérées, formées en vue de transmettre un savoir traditionnel. En ce sens, ils n'ont pas nécessairement vocation à penser. Pierre Thuillier rédigea à ce sujet un pamphlet qui fit grand bruit,nommé Socrate fonctionnaire.
  • De même, il serait certainement abusif d'appeler philosophes tous les étudiants en philosophie.
  • On dit aussi parfois que les historiens de la philosophie ne sont pas nécessairement des philosophes, quand bien même ils seraient professeurs de philosophie à l'Université (ce qui n'enlève rien à leurs mérites, car en tant qu'historiens ils ont une activité de recherche en principe importante).

Le philosophe n'est peut-être pas à rechercher de ce côté. Par exemple, dans son Vocabulaire critique, André Lalande dit que l'emploie de « philosophe » dans les sens ci-dessus est ironique.

Philosophie et sagesse au sens large

La sagesse est un art de vivre ; elle exprime des préceptes pour la conduite de la vie. C'est ce que fait également la philosophie, et bien vivre est l'un de ses buts, sinon le seul. Mais la sagesse est aussi l'expression du sens commun, du bon sens (dont chacun est normalement pourvu) : elle est alors une sagesse de l'expérience immédiate portant sur des choses contingentes, et elle ne peut se fonder sur un savoir, mais seulement sur l'opinion et la croyance. La sagesse populaire est de ce fait parfois incohérente et les proverbes contradictoires. Cette sagesse n'est pas infaillible, et elle ne répond pas à toutes nos questions ; elle nous met dans l'embarras. La sagesse du bon sens n'est donc pas ce que l'on vise par l'activité philosophique, mais l'embarras qu'elle suscite est certainement la voie vers une sagesse plus haute.

Ce qui fait le philosophe

Pourquoi certaines personnes se passionnent-elles pour la philosophie, alors que d'autres semblent la mépriser ? Les philosophes en donnent plusieurs explications, qui se retrouvent de Héraclite d'Éphèse à Bertrand Russell en passant par Descartes. On peut retenir les points communs suivants :

A. Vivre sans philosopher, i. e. sans réflexion sur nos actes et sur le sens de nos valeurs, c'est ne pas vivre réellement ; l'idée de sommeil est fréquente, par exemple, pour Héraclite :

Les autres hommes ignorent ce qu'ils ont fait en état de veille, comme ils oublient ce qu'ils font pendant leur sommeil.

Et pour Descartes :

C'est proprement avoir les yeux fermés, sans tâcher jamais de les ouvrir, que de vivre sans philosopher.

Le refus ou l'absence de la philosophie entraîne donc une vie d'ignorance, une vie que l'on passe sans en prendre conscience, dans l'obscurité ou le sommeil. C'est un point important car le reproche de passer à côté se retourne parfois contre le philosophe. Ainsi Platon note-t-il que le philosophe est un être maladroit, car ses préoccupations ne concernent pas la vie quotidienne ; il est donc sans expérience, ignorant ce que les autres croient important. Il passe alors pour un homme peu sûr de lui, et pratiquement pour un imbécile, ou au moins pour quelqu'un qui cherche à fuir ce monde par la recherche de vérités éternelles (cf. Théétète).

Mais pour le philosophe, vivre sans la pensée, ce n'est pas vivre.

B. Le point de départ de la vocation de philosophe est souvent décrit comme procédant de l'étonnement et du doute. De cet étonnement, plusieurs interprétations sont possibles :

  • l'étonnement comme prise de conscience que l'on ignore quelque chose ; dans ce cas l'étonnement prend la forme d'une question. Par exemple: quel est le principe des choses ?

« C'est en effet l'étonnement qui poussa comme aujourd'hui les premiers penseurs aux spéculations philosophiques. Au début, leur étonnement porta sur les difficultés qui se présentaient les premières à l'esprit ; puis, s'avançant ainsi peu à peu, ils étendirent leur exploration à des problèmes plus importants, tels que les phénomènes de la Lune, ceux du Soleil et des étoiles, enfin la genèse de l'Univers. Or apercevoir une difficulté et s'étonner, c'est reconnaître sa propre ignorance (c'est pourquoi même l'amour des mythes est, en quelque manière amour de la sagesse, car le mythe est un assemblage de merveilleux). Ainsi donc, si ce fut bien pour échapper à l'ignorance que les premiers philosophes se livrèrent à la philosophie, c'est qu'évidemment ils poursuivaient le savoir en vue de la seule connaissance et non pour des fins utilitaires. » (Aristote, Métaphyique, Livre A).

  • l'étonnement comme le vertige des doutes que l'on éprouve face à l'inconsistance de la réalité. C'est l'explication de Bertrand Russell : le monde est-il réel ? Nos sensations ne nous trompent-elles pas ?
  • l'étonnement comme peur face à l'inconnu, et notamment face à la mort. Dans ce cas, le philosophe se demande s'il est possible de vivre véritablement en ayant conscience de notre finitude. La mort n'est-elle pas une injustice flagrante ?
La philosophie naît de notre étonnement au sujet du monde et de notre propre existence, qui s'imposent à notre intellect comme une énigme dont la solution ne cesse dès lors de préoccuper l'humanité. (Schopenhauer).

Un personnage de Boris Vian laisse entendre ce qui pourrait constituer la mort de la philosophie : Du moment que j'ai tout ce qui est nécessaire à mes besoins, je n'ai plus besoin d'être intelligent (quid pourtant du besoin de comprendre, pour ceux chez qui il existe ?). Il reprend ainsi sciemment ou non une position de Renan : l'humanité de l'avenir sera-t-elle formés d'« indolents ne cherchant qu'à se chauffer au soleil » ?

Risques de la philosophie

Ces cadres sont très libres, puisque contrairement aux sciences de la nature qui se définissent par un objet et une méthode, la philosophie n'a pas de limites a priori. Cette liberté découle de la pensée elle-même, du langage, du discours et de la réalité, la philosophie s'intéressant à tous les sujets que l'on peut exprimer et analyser pour en former des représentations intelligibles. C'est la raison pour laquelle Bertrand Russell estime que la philosophie peut contenir bien plus de choses qu'il n'y en a sur terre et dans les cieux.

Premier type de risques

Mais cette liberté ne va pas sans poser de graves problèmes, car il peut arriver que de pseudo-philosophes s'approprient l'autorité de la pensée, en s'appuyant sur les séductions de la rhétorique (et aujourd'hui, de tous les médias). Le discours philosophique s'éparpille, perdant sa légitimité et son nom. Lucien de Samosate, dans l'Antiquité (et avant lui Platon, Aristote, etc) avait déjà signalé ce genre de dangers en dénonçant, dans des parodies cinglantes (Philosophes à vendre), tous les abus de langage qui conduisent à vider la parole de son sens. Il est donc nécessaire de faire remarquer que si la philosophie n'a de limites et de lois a priori ni dans la réalité ni dans la pensée, cela ne signifie pas qu'elle n'a pas besoin, pour avoir sens et rigueur, de poser des règles à son activité. Les discours approximatifs, le verbiage vaniteux des ignorants et de certains philosophes en place, l'amateurisme doivent être absolument bannis. Cette question de la rigueur logique oppose ainsi depuis plusieurs décennies la philosophie dite analytique et la philosophie continentale, cette dernière étant accusée par la première de sombrer dans le relativisme et l'opportunisme.

Il faut donc garder à l'esprit que la philosophie engendre la logique, qui lui permet de donner une rigueur fondatrice à son savoir ; dans ce but, elle s'appuie également sur la définition précise des concepts, définition sans laquelle, en toute rigueur, il n'y a ni sens ni dialogue possible (lisez sur ce point le livre gamma de la Métaphysique d'Aristote, qui peut servir d'initiation à la pensée).

Second type de risques

La philosophie est la seule science qui peut être dite libre, car elle n'est soumise à aucun objet. C'est pourquoi les philosophes authentiques peuvent aussi se tromper et s'égarer dans des spéculations fantaisistes. L'esprit humain n'est pas infaillible et peut s'user comme le corps. De Quincey raconte ainsi les derniers jours de la vie de Kant.


Pourquoi philosopher ?

À la question de savoir pourquoi étudier la philosophie, nous pouvons répondre en nous référant au parcours des origines de la philosophie : il s'agit d'abord de connaître la nature, ses principes et les causes de l'être des choses. Ce domaine d'études appartient aujourd'hui à la science (la physique était considérée comme philosophie seconde ; voir Descartes, Galilée, Newton). Une telle séparation n'est peut-être pas entièrement légitime. En effet, même si le philosophe n'est plus aujourd'hui un scientifique, il n'en reste pas moins que la connaissance scientifique doit lui servir de point de départ pour bon nombre de ses réflexions ; par exemple, en éthique, avec les problèmes posés par les développements des sciences du vivant (bioéthique). Les activités philosophique et scientifique sont donc inséparables, malgré les difficultés posées par le développement et la spécialisation du savoir moderne (voir science de l'information).

Dans l'Antiquité, la philosophie s'est en partie détournée de la physique, et a surtout privilégié la morale, à partir de Socrate ; la science est devenue une servante de la recherche du bonheur, ce qui ne fut pas sans entraver son développement. Peut-être voyons-nous encore aujourd'hui la philosophie d'abord sous cet angle, lorsque nous cherchons à répondre à la question : « comment vivre », ou selon la formulation de Kant : « Que dois-je faire ? » On peut donc étudier la philosophie pour répondre à cette question existentielle, autour de laquelle s'ordonnent les questions de la mort, de la souffrance, de la justice ou de l'injustice de l'existence, ou dans une perspective théologique, la question de notre destination. Mais on peut se poser la question de savoir si une telle restriction est vraiment légitime ; puisque l'activité réflexive du philosophe englobe l'ensemble de la pensée et de la réalité, on ne peut lui fixer une finalité définitive qu'en la mutilant.

Citation

"Il paraît particulièrement nécessaire de faire de nouveau de la philosophie une affaire sérieuse. Pour toutes les sciences, les arts, les talents, les techniques, prévaut la conviction qu'on ne les possède pas sans se donner de la peine et sans faire l'effort de les apprendre et de les pratiquer. Si quiconque ayant des yeux et des doigts, à qui on fournit du cuir et un instrument, n'est pas pour cela en mesure de faire des souliers, de nos jours domine le préjugé selon lequel chacun sait immédiatement philosopher et apprécier la philosophie puisqu'il possède l'unité de mesure nécessaire dans sa raison naturelle - comme si chacun ne possédait pas aussi dans son pied la mesure d'un soulier. Il semble que l'on fait consister proprement la possession de la philosophie dans le manque de connaissances et d'études, et que celles-ci finissent quand la philosophie commence." (Hegel, La Phénoménologie de l'esprit).

Bibliographie

  • Protagoras, Platon
  • Phédon, Platon
  • La Métaphysique, Aristote
  • Discours de la méthode, Descartes
  • Problèmes de philosophie, Bertrand Russell (exposé très clair des problèmes de la connaissance en philosophie)
  • Qu'est-ce que la philosophie ?, Gilles Deleuze et Félix Guattari
  • Eléments de philosophie, Alain
  • Éléments pour la Lecture des textes philosophiques, Frédéric Cossutta
  • Le philosophe chez les autophages, Jacques Bouveresse (pour une critique de la philosophie continentale)
  • Prodiges et vertiges de l'analogie, Jacques Bouveresse (critique des imposteurs modernes)
  • La Dispute, introduction à la philosophie analytique, Pascal Engel (confrontation très réaliste des deux traditions)
  • Introduction à la philosophie analytique, Paul Franceschi (description de 40 paradoxes, arguments ou problèmes philosophiques contemporains)
  • Notions de philosophie, sous la direction de Denis Kambouchner (panorama de grandes notions)
  • 100 mots pour 100 philosophes. De Héraclite à Derrida, Jean-Clet Martin

Liens

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