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philosophie (n.f.)

1.ensemble des études tendant à comprendre les causes premières, la réalité et les fondements généraux des valeurs humaines.

2.système de vie adopté par un philosophe, ou préconisé par une école, qui permet de rester ferme et calme en toutes circonstances.

 
see also

philosophie (n.f.)

philosophe

 
synonyms
 
phrases
 
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philosophie (n. f.)

tid

science philosophique[ClasseHyper.]

philosophie (n. f.)

tid

doctrine philosophique[ClasseHyper.]

philosophie (n. f.)

tid

sagesse[Classe]

impassibilité[Classe]

 
le Littré (1880)

PHILOSOPHIE (s. f.)

1. Étude des principes et des causes, ou système des notions générales sur l'ensemble des choses.

Je ne dirai rien de la philosophie, sinon que, voyant qu'elle a été cultivée par les plus excellents esprits qui aient vécu depuis plusieurs siècles, et que néanmoins il ne s'y trouve encore aucune chose dont on ne dispute et par conséquent qui ne soit douteuse, je n'avais point assez de présomption pour espérer d'y rencontrer mieux que les autres (DESC. Méth. I, 12)

Ces neuf années s'écoulèrent avant que j'eusse pris aucun parti touchant les difficultés qui ont coutume d'être disputées entre les doctes, ni commencé à chercher les fondements d'aucune philosophie plus certaine que la vulgaire (DESC. ib. III, 7)

La foi tient lieu de philosophie aux chrétiens (BOSSUET 6e avert. 107)

Et comment puis-je me fier à toi, ô pauvre philosophie ? que vois-je dans tes écoles, que des contentions inutiles qui ne seront jamais terminées ? on y forme des doutes, mais on n'y prononce point de décisions (BOSSUET Sermons, Quinquagés. I)

Les barbares sont bien loin d'avoir même une fausse philosophie (VOLT. Russie, I, 1)

La philosophie, ou la portion de la connaissance humaine qu'il faut rapporter à la raison, est très étendue ; il n'est presque aucun objet aperçu par les sens dont la réflexion n'ait fait une science (D'ALEMB. Explic. Conn. hum. Oeuv. t. I, p. 331)

La philosophie est un océan, et les philosophes ne sont souvent que des pilotes, dont les naufrages nous font connaître les écueils que nous devons éviter (CONDIL. Art de rais. IV, 2)

Cicéron a défini la philosophie la science des choses divines et humaines et de leurs causes ; l'école de Leibnitz a dit que la philosophie est une science des raisons suffisantes ; selon Wolf, la philosophie est une science de toutes les choses possibles, comment et pourquoi elles sont possibles ; suivant Reinhold, la philosophie est la science de la liaison déterminée des choses, indépendamment de l'expérience (VILLERS Kant, p. 29)

Philosophie première, s'est dit, dans l'école péripatéticienne, de la partie qui depuis a été appelée métaphysique.

2. Système particulier de philosophie.

Jamais philosophie ne fut moins entendue et plus calomniée que celle d'Épicure (DIDER. Opin. des anc. philos. (Épicurisme))

Le défaut de la philosophie d'Aristote était d'employer comme causes tous les effets particuliers ; celui de Descartes est de ne vouloir employer comme causes qu'un petit nombre d'effets généraux, en donnant l'exclusion à tout le reste ; il me semble que la philosophie sans défaut serait celle où l'on n'emploierait pour causes que des effets généraux, mais où l'on chercherait en même temps à en augmenter le nombre, en tâchant de généraliser les effets particuliers (BUFF. Nat. des anim. ch. III)

3. Philosophie naturelle, par opposition à philosophie morale, ensemble des sciences astronomique, physique, chimique et biologique.

Il faut dire en gros : cela se fait par figure et mouvement.... mais de dire quels.... cela est ridicule... et, quand cela serait vrai, nous n'estimons que toute la philosophie vaille une heure de peine (PASC. Pens. XXIV, 100 bis, éd. HAVET.)

La mort de Tycho mit Kepler en possession de la collection précieuse de ses observations ; et il en fit l'emploi le plus utile, en fondant sur elles trois des plus importantes découvertes que l'on ait faites dans la philosophie naturelle (LA PLACE Exp V, 4)

Toute la philosophie naturelle, dit Newton, consiste en trois choses : trouver et déterminer d'abord les phénomènes, puis leurs lois, puis enfin les forces qui les produisent (BIOT Instit. Mém. acad. scienc. t. III, p. 178)

Philosophie corpusculaire, synonyme de philosophie mécanique (voy.

MÉCANIQUE, n° 2

).

4. Système des idées générales qui appartiennent à une science, à un art. La philosophie de la chimie, de l'art de la guerre.

Philosophie de l'histoire, théorie des faits historiques telle qu'elle fasse saisir l'enchaînement des phases de la civilisation et des époques du genre humain.

Nous tâchâmes, dans un discours préliminaire [à l'Essai sur les moeurs] qu'on intitula philosophie de l'histoire, de démêler comment naquirent les principales opinions qui unirent des sociétés, qui ensuite les divisèrent, qui en armèrent plusieurs les unes contre les autres ; nous cherchâmes toutes ces origines dans la nature, elles ne pouvaient être ailleurs (VOLT. Mél. hist. Fragm. hist. X.)

La philosophie de l'histoire néglige les changements eux-mêmes, et ne voit que le fait général de la mobilité humaine dont ils sont la manifestation ; elle cherche la cause et la loi de cette mobilité (JOUFFROY Prem. mél.)

Nom donné à des ouvrages composés sur la philosophie d'une science (avec une majuscule). La Philosophie de la botanique.

5. Cours de philosophie qui se fait dans les colléges. Professeur de philosophie.

La classe où l'on enseigne la philosophie. Faire sa philosophie.

Quand il fut en philosophie, il prit peu de goût pour celle qu'on lui enseignait ; il n'y trouvait point la nature qu'il se plaisait tant à observer, mais des idées vagues et abstraites, qui se jettent, pour ainsi dire, à côté des choses, et n'y touchent point (FONTEN. Tournefort.)

6. Nom donné aux doctrines d'un certain nombre de penseurs du XVIIIe siècle qui attaquaient les opinions traditionnelles en religion et en politique.

Une affreuse philosophie se répand en secret (MASS. Carême, Avenir.)

La superstition met le monde en flammes ; la philosophie les éteint (VOLT. Dict. phil. Superstition.)

On aura beau faire, cette chienne de philosophie sera, comme le prince d'Orange, souvent battue et jamais défaite (D'ALEMB. Lett. à Volt. 5 nov. 1776)

Dans ce pays-là, on dit à toutes les sottises qui se font : c'est la philosophie ; comme Crispin dit : c'est votre léthargie (D'ALEMB. ib. 12 janvier 1763)

7. Étude de la société et de la morale.

Un ministre.... étant appelé au gouvernement en ces temps fâcheux.... doit passer de la philosophie des paroles à celle des actions (BALZ. Des ministres et du ministère)

Écoutons donc la philosophie qui prêche dans le désert une petite troupe d'auditeurs qu'elle a choisis, parce qu'ils savaient déjà une bonne partie de ce qu'elle peut leur apprendre (FONTEN. Bonh. Oeuv. t. III, p. 249, dans POUGENS)

Socrate est regardé comme le fondateur de la philosophie morale chez les Grecs (ROLLIN Hist. anc. liv. XXVI, I, 1)

Défions-nous d'une philosophie en paroles, défions-nous d'une fausse vertu qui sape toutes les vertus, et s'applique à justifier tous les vices pour s'autoriser à les avoir tous (J. J. ROUSS. Hél. III, 18)

8. Fermeté et élévation d'esprit par laquelle on se met au-dessus des événements et des préjugés.

La philosophie triomphe aisément des maux passés et des maux à venir ; mais les maux présents triomphent d'elle (LA ROCHEFOUC. Max. 22)

Et, comme vous dites, ma belle, toutes les philosophies ne sont bonnes que quand on n'en a que faire (SÉV. 25 mai 1680)

Il y a de certaines philosophies qui sont en pure perte et dont personne ne nous sait gré (SÉV. 28 juillet 1677)

Il y a une philosophie qui nous élève au-dessus de l'ambition et de la fortune (LA BRUY. XII)

Bonne ou mauvaise santé Fait notre philosophie (CHAUL. La première attaque de goutte)

La philosophie est bonne à quelque chose, elle console (VOLT. Lett. à Mme du Deffant, 21 oct. 1770)

Il croit être un sage, parce qu'il prend son mécontentement pour un noble détachement des grandeurs humaines, et son humeur pour de la philosophie (GENLIS Mères riv. t. I, p. 4, dans POUGENS)

Philosophie païenne ou naturelle, philosophie fondée sur les lumières naturelles.

Elle [sainte Catherine] n'emploie sa science que pour faire connaître la vérité ; mais, afin qu'elle paraisse comme triomphante, elle met à ses pieds la philosophie [païenne], qui est son ennemie capitale (BOSSUET Panég. Ste Cather. 2)

Philosophie chrétienne, philosophie fondée sur les croyances du christianisme.

Philosophie naturelle, se dit aussi d'un certain caractère naturel de raison, de modération et de force d'âme.

9. Système particulier qu'on se fait pour la conduite de la vie. Sa philosophie consiste à ne se tourmenter de rien.

Est-il permis de s'abandonner à une philosophie sauvage, de se préférer à tout le reste du genre humain ? (FÉN. Tél. XIV)

Il est bon d'être philosophe, mais il est triste d'être toujours oblige de se servir de sa philosophie (VOLT. Lett. Damilaville, 27 mars 1767)

La vraie philosophie est de voir les choses telles qu'elles sont (BUFF. De la vieill. et de la mort.)

10. Terme d'imprimerie. Caractère de dix points entre le cicero et le petit romain.

HISTORIQUE

XIIIe s.Philosophie est verais encerchemenz des choses naturels et des divines et des humaines, tant comme à homme est pooir d'entendre (BRUN. LATINI Trésor, p. 4)Ki de cest siecle se consire [se sépare], Il est de l'autre rois et sire ; C'est la vraie phylosophye (GUI DE CAMBRAI Barl. et Jos. p. 88)Elle [la théologie] laisse la droite clergie, Et tourne à la philosophie (Bataille des sept arts)

XIVe s.Car, selonc la philosophie, Gentilleche [noblesse] ne senefie Fors que bien ouvrer et bien faire (J. DE CONDÉ t. III, p. 98)

ÉTYMOLOGIE

Prov. philosophia ; esp. et ital. filosofia ; du grec (voy. PHILOSOPHE).

 
Wikipedia

Philosophie

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Auguste Rodin, Le  Penseur, 1880-82 : représentation fameuse d'un homme plongé dans ses méditations
Auguste Rodin, Le Penseur, 1880-82 : représentation fameuse d'un homme plongé dans ses méditations
Portal Portail Philosophie

Le mot philosophie (du grec ancien φιλοσοφία, composé de φίλειν, « aimer » et σοφία, « la sagesse, le savoir », c'est-à-dire littéralement « l'amour de la sagesse ») désigne une activité millénaire dont la définition est pourtant assez ardue : on peut présenter la philosophie comme un savoir totalisant, une réflexion visant une interprétation globale du monde et de l'existence humaine, ou encore comme un questionnement. Différents buts ont pu lui être attribués, de la recherche de la vérité, du bien, ou du beau, à celle du sens de la vie, et du bonheur. On peut aussi voir dans la philosophie une création, analyse ou méditation sur des concepts. Les conflits sur ce qu'est la philosophie sont multiples, mais ainsi qu'on le constate rapidement, tenter de définir la philosophie et son domaine d'application, c'est souvent déjà philosopher.

À la différence des sciences humaines, des sciences naturelles, et des sciences formelles auxquelles elle est et a été intimement liée, la philosophie n'a pas d'objets d'étude propre. Elle a toutefois une prédilection pour certains domaines tels la logique, l'éthique, la métaphysique, la philosophie politique et la théorie de la connaissance, encore appelée épistémologie. D'autres disciplines se sont jointes plus récemment à ces branches fondamentales de la philosophie, comme la philosophie des sciences, de l'esprit, l'anthropologie philosophique, l'esthétique, la philosophie du droit ou la philosophie du langage.

Sommaire

  • 1 Étymologie
  • 2 Définir la philosophie ?
  • 3 Les méthodes de la philosophie
    • 3.1 Délimitations négatives de la méthode de la philosophie
    • 3.2 Caractéristiques de la méthode de la philosophie
  • 4 La philosophie comme mode de vie
  • 5 Philosophie et société
  • 6 Philosophie et histoire de la philosophie
  • 7 Les branches de la philosophie
  • 8 Histoire de la philosophie occidentale
  • 9 Frise chronologique
    • 9.1 Philosophie antique
    • 9.2 Philosophie médiévale
      • 9.2.1 Philosophie islamique
      • 9.2.2 Philosophie chrétienne
      • 9.2.3 Philosophie juive
    • 9.3 Philosophie moderne
    • 9.4 Philosophie contemporaine
      • 9.4.1 Le XIXe siècle
      • 9.4.2 Le XXe siècle
  • 10 Histoire des philosophies asiatiques
    • 10.1 La philosophie indienne
      • 10.1.1 Les différentes écoles astika
        • 10.1.1.1 Le Nyâya
        • 10.1.1.2 Le Vaiçeshika
        • 10.1.1.3 Le Sâmkhya
      • 10.1.2 Le Védanta
      • 10.1.3 le Bouddhisme
        • 10.1.3.1 Le Dharma, ou les préceptes fondamentaux de l'enseignement du Bouddha
        • 10.1.3.2 L'éveil (bodhi)
    • 10.2 La philosophie chinoise
      • 10.2.1 Le confucianisme
      • 10.2.2 Le Taoïsme
  • 11 Annexes
    • 11.1 Notes et références
    • 11.2 Sources
    • 11.3 Pour aller plus loin
      • 11.3.1 Articles connexes
      • 11.3.2 Liens externes

Étymologie

Jacques-Louis David, La mort de Socrate (1787), conservé au Metropolitan Museum of Art de New York
Jacques-Louis David, La mort de Socrate (1787), conservé au Metropolitan Museum of Art de New York

« Philosophie » vient du grec philo-sophia que l'on traduit généralement par « amour de la sagesse ». La sophia est en effet associée à la notion de sagesse. Dans l'Apologie de Socrate par exemple, Socrate affirme tendre vers la sophia sans la posséder[1]. Il est là question de savoir, mais ce savoir désigne la conscience qu'a Socrate de sa propre ignorance et son désir d'atteindre la sagesse. Socrate est doué de sophia dans la mesure où il sait qu'il ne sait rien, ce qui constitue donc une forme de sagesse. Le philosophe apparaît ainsi dans une posture de recherche de sagesse sans prétendre nécessairement pouvoir effectivement l'atteindre.

La traduction courante de « philosophie » par « amour de la sagesse » ne rend toutefois pas compte de la polysémie de sophia en grec. Jean-Joël Duhot explique en effet que « tous les hellénistes savent que sophia désigne l'habileté, le savoir-faire, la connaissance, au sens large, et que le sophos, parallèlement, est l'homme habile, celui qui sait s'y prendre, mais aussi le savant »[2].

Définir la philosophie ?

La philosophie contemporaine, issue d'une tradition multiple, se présente sous des formes variées : tradition herméneutique et postkantienne en Allemagne, philosophie analytique dans les pays anglophones et dans une grande partie de l'Europe, tradition phénoménologique en Europe continentale[3]. Certains remettent fortement en cause la tradition philosophique et ses présupposés telle la philosophie féministe, la déconstruction de Derrida ou de Heidegger. Ces courants forment autant de pratiques différentes et d'opinions divergentes sur la nature de la philosophie, qui interdisent de donner une définition unique acceptable par tous. S'il y a aujourd'hui plusieurs traditions philosophiques, aucune ne peut prétendre résumer l'activité philosophique à elle seule, ni décrire l'activité philosophique de façon consensuelle.

Les difficultés à définir philosophie sont en outre de nature épistémologique, car il est difficile de délimiter rigoureusement méthodes, thèmes et objets de la philosophie. Historiquement, elle a pu en effet s'inspirer d'autres disciplines (des mathématiques, voire des sciences positives). Pourtant, elle n'a jamais réussi à développer une méthode ou un ensemble de méthodes qui auraient réussi à s´imposer parmi les philosophes (comme la méthode expérimentale s'est imposée en physique et en chimie par exemple). En outre les amalgames entre la philosophie et d'autres disciplines étant de plus favorisé par une tradition de philosophes aux intérêts très divers. Ainsi Aristote aura été aussi bien logicien, que philosophe ou naturaliste. Déterminer le philosophe par sa fonction sociale n'est donc pas aisé. La plupart des activités autrefois appartenant à la discipline sont devenues aujourd'hui autonomes (psychologie, sciences naturelles, etc.), et la part propre de la philosophie s'est réduite.

Mais il est également délicat de déterminer l'essence de la philosophie, soit parce que son statut dans la société est lui-même difficile à cerner, soit qu'elle a été ramenée à d'autres disciplines apparemment proches. Dès l'Antiquité, par exemple, Socrate était confondu dans Les Nuées d'Aristophane avec les Sophistes, que Platon nous présente pourtant comme ses adversaires dans ses dialogues. Et même sans tomber dans un quelconque pathos du philosophe incompris par ses contemporains, il est clair qu'on peut se demander quelle est sa fonction dans la société. En tant que discipline théorique, son intérêt semble limité parce qu'elle est sans portée pratique et sans fondements scientifiques. En tant que recherche de la sagesse, elle s'adresse à l'individu plus qu'à la communauté.

Paul Gauguin, D'où venons-nous? Qui sommes-nous? Où allons-nous? (1897/98)
Paul Gauguin, D'où venons-nous? Qui sommes-nous? Où allons-nous? (1897/98)

Les méthodes de la philosophie

On peut dans une première approche, délimiter ex negativo un certain nombre de méthodes et de principes heuristiques qui caractérisent au moins en partie la philosophie.

Délimitations négatives de la méthode de la philosophie

D'une part la philosophie ne recourt pas à la méthode expérimentale. La philosophie, en effet, à la différence de la physique, de la chimie ou de la biologie, n'a jamais vraiment intégré le processus d’expérimentation dans son outillage heuristique. Ceci est évident pour la philosophie antique et médiévale qui ne connaissait pas l'expérimentation. Même les grands philosophes qui se sont illustrés comme scientifiques (Descartes, Pascal, Leibniz pour ne citer qu'eux) ont toujours distingué leur travail dans le domaine scientifique et dans le domaine philosophique. Certains philosophes comme Kant ou Wittgenstein[4] ont même vu dans l’absence d’expérimentation en philosophie une caractéristique épistémologique essentielle de cette discipline et ont refusé toute confusion avec les sciences expérimentales[5].

D’autre part la philosophie n'est pas, par essence, une science reposant sur l'observation empirique à la différence de la sociologie ou des sciences politiques par exemple. Il ne faut naturellement pas croire que la philosophie peut ignorer les données empiriques les plus évidentes. Mais traditionnellement la philosophie ne veut pas se limiter à un simple catalogue de faits, mais entreprend un vrai travail de théorisation voire de spéculation. Ainsi, par exemple, même si un Aristote a recueilli les constitutions des cités grecques de l'époque, il a voulu dans La Politique et dans l’Éthique à Nicomaque analyser les structures de la cité d'un point de vue théorique.

Enfin, la philosophie, à la différence des mathématiques ou de la logique formelle, ne s’est jamais décidée à travailler uniquement au moyen de symboles formels, bien que Leibniz ait pu rêver résoudre les problèmes philosophiques au moyen d’un calcul logique universel[6]. Et si la philosophie analytique contemporaine est impensable sans la logique mathématique, elle utilise encore massivement le langage naturel.

Caractéristiques de la méthode de la philosophie

Le philosophe, par Rembrandt
Le philosophe, par Rembrandt

Malgré les difficultés que comporte cette entreprise, il est possible de distinguer certaines grandes caractéristiques positives de la méthode philosophique. La philosophie se comprend comme un travail critique. C'est même une de ses définitions les plus courantes. Cette critique n’est cependant jamais purement et simplement négative. Elle a pour but de créer de nouvelles certitudes et de corriger les fausses, les illusions et erreurs du sens commun ou de la philosophie elle-même. Socrate, par exemple, interrogeait ses contemporains et les Sophistes afin de leur montrer leurs contradictions et leur incapacité à justifier ce qui leur semblait évident[7]. Descartes[8] est à l'époque moderne le meilleur représentant de cette conception de la philosophie, car, selon lui, seul un doute radical et général pouvait être le fondement d'une pensée parfaitement rigoureuse et indubitable.

La philosophie est souvent caractérisée comme un travail sur les concepts et notions, un travail de création de concepts permettant de comprendre le réel, de distinguer les objets les uns des autres et de les analyser, mais aussi un travail d'analyse des concepts et de leurs ambiguïtés[9]. Elle a très tôt[10] reconnu les problèmes que posent les d'ambigüités du langage. De nos jours la philosophie analytique donne elle aussi une grande place à ce problème.

En outre à la différence des sciences, la délimitation des méthodes et du domaine de la philosophie fait partie de la philosophie elle-même. Chaque penseur se doit d'indiquer quels problèmes il souhaite éclairer, et quel sera la méthode la plus adaptée pour résoudre ces problèmes. Il faut en effet bien voir qu'il y a une unité profonde des problèmes philosophiques et de la méthode philosophique. Il ne faut donc pas voir l'instabilité des méthodes et des thèmes philosophiques comme une faiblesse de la discipline, mais plutôt comme un trait caractéristique de sa nature. Ainsi, la philosophie est une sorte de retour critique, du savoir sur lui-même, ou plus précisément une critique rationnelle de tous les savoirs (opinions, croyances, art, réflexions scientifiques, etc.), y compris philosophiques - puisque réfléchir sur le rôle de la philosophie c'est entamer une réflexion philosophique.[11]

Adorno et  Horkheimer: deux représentants de la critique marxiste de la rationnalité moderne
Adorno et Horkheimer: deux représentants de la critique marxiste de la rationnalité moderne

Enfin, la philosophie est une discipline déductive et rationnelle. Elle n'est pas simple intuition ou impression subjective, mais demeure inséparable de la volonté de démontrer par des arguments et déductions ce qu’elle avance : elle est volonté de rationalité. C'est même la rupture des présocratiques avec la pensée mythologique qui est considérée traditionnellement comme le point marquant de la naissance de la philosophie. Ce souci de démontrer et de livrer une argumentation se retrouve au cours de toute l'histoire de la philosophie. Qu'on songe aux discussions éristiques durant l'Antiquité, à l'intérêt que portent les philosophes à la logique depuis Aristote, mais aussi, au Moyen Âge, au souci de donner à la philosophie la rigueur démonstrative des mathématiques (comme chez Descartes ou Spinoza) ou à l'importance qu'accorde la philosophie analytique de nos jours à la rigueur et à la clarté argumentative. Malgré cette tendance profonde, la philosophie contemporaine a vu se développer une critique radicale de la raison, que ce soit chez Nietzsche, Heidegger, ou encore Adorno : la rationalité même s'est donc trouvée mise en débat par la philosophie.[12]

La philosophie comme mode de vie

Jean-Léon Gérôme, Diogène, 1860. Portrait romantisant qui représente aussi le chien (en grec "κύων") qui a donné son nom au cynisme.
Jean-Léon Gérôme, Diogène, 1860. Portrait romantisant qui représente aussi le chien (en grec "κύων") qui a donné son nom au cynisme.

La philosophie s’est comprise très tôt comme une manière de vivre et non pas uniquement comme une réflexion théorique. Dit autrement : être philosophe, c’est aussi vivre et agir d’une certaine façon et non pas seulement se confronter à des questions abstraites[13]. L’étymologie du terme « philosophie » indique bien que le philosophe est celui qui tend vers la sagesse, qui cherche à vivre comme il faut et plus particulièrement qui recherche le bonheur. La philosophie entendue comme mode de vie met l'accent sur la mise en application dans sa propre vie des résultats de la réflexion philosophique. L’idée que la philosophie est une manière de vivre a aussi pu amener certains philosophes à imaginer que, pour cette raison, ils devaient guider les autres et les aider à mener correctement leurs existences. La philosophie, d’éthique personnelle, pouvait se faire projet collectif voire politique. Ces ambitions « collectives » de la philosophie prennent différentes formes. Une véritable communauté de vie pouvait se constituer autour d'un philosophe. Ceci explique en partie la naissance dans l’Antiquité d’écoles philosophiques (autour d’Épicure, de Platon ou d’Aristote par exemple). Depuis les présocratiques et surtout à partir de Socrate, toute une tradition a défendu cette conception de la philosophie comme un mode de vie. Citons entre autres les Stoïciens[14], Platon, Aristote, Épicure, Descartes[15], Spinoza[16], Kant, Sartre ou Russell.

Mais ces derniers sont loin d’exclure l’idée que le philosophe s’intéresse à des problèmes théoriques. La « sagesse », ou plus exactement la « sophia », que veut posséder le philosophe est aussi un savoir et une connaissance. Le philosophe, dans la lignée de la tradition fondée par Socrate, sait comment il doit vivre ; il peut justifier ses choix et son mode de vie. Socrate par exemple, dans les dialogues présocratiques de Platon, exige de ses interlocuteurs qu’ils soient à même de donner le « logos » de leur jugement de valeur et de leur choix, c’est-à-dire de les justifier rationnellement. Cette exigence de rationalité peut amener même à donner des fondements authentiquement scientifiques à la philosophie.

Bien sûr la définition de la philosophie comme mode de vie ne peut prétendre être suffisante pour définir la philosophie dans son ensemble. Bien des philosophes ont compris la philosophie comme un travail intellectuel et non comme un mode de vie : c'est le cas de manière claire dans le monde universitaire et de la recherche de nos jours.

Philosophie et société

Au fil du temps les rapports entre la société et les philosophes ont pu varier énormément mais de manière générale on peut déterminer trois types de rapports. D’une part les rapports entre la société et les philosophes sont parfois caractérisés par une violente attitude de rejet, car il est courant que la philosophie se démarque. Méfiante vis-à-vis des traditions, critique envers toute forme de préjugés, la philosophie n'a pas manqué de connaître des heurts plus ou moins durs avec la société. Quelques dates symboliques sont à retenir :

  • En 432 avant J.C. : Anaxagore est chassé d'Athènes sous le coup d'une accusation d'athéisme.
  • En 399 avant J.C. : Socrate est condamné à mort sous les chefs d'accusation de corruption des mœurs de la jeunesse et d' impiété
  • 1188-1189 : le sultan Abû Yûsuf Yaqûb Al-Mansûr fait interdire la philosophie, les études et les livres au Maroc et en Espagne. Averroès et son œuvre sont visés.
  • Le 17 février 1600 : Giordano Bruno est supplicié sur le bûcher pour son rejet de la transsubstantiation, de la trinité, son blasphème contre le Christ, sa négation de la virginité de Marie.
  • Le 7 février 1752 : En France, l'Encyclopédie de Diderot est censurée, car elle mettait en cause les fondements idéologiques de la société de l'époque.
  • Le 16 mai 1849 : Karl Marx est expulsé de Cologne après la Révolution allemande de 1848 pour articles séditieux.

Mais d’autre part, paradoxalement, la philosophie a aussi réussi à s'institutionnaliser. L'existence d'universités où elle est enseignée, de sociétés érudites philosophiques (comme la Kant-Gesellschaft), ou de concours prestigieux comme l'agrégation en France le prouvent clairement. Les dirigeants peuvent alors prendre conseil auprès des philosophes et s'inspirer de principes philosophiques tels les despotes éclairés du XVIIIe siècle[17].

Enfin, la philosophie peut considérer qu'elle doit développer théoriquement un projet politique que soit les philosophes (comme chez Platon), soit le chef d'un État (selon Machiavel[18]), soit les masses elles-mêmes (Marx[19]) devraient mettre en place. L’exemple le plus classique des ambitions politiques de la philosophie reste naturellement Platon et sa célèbre République, dans laquelle il esquisse une véritable utopie politique rompant radicalement avec les modes traditionnels de pensée et d'action. Dans un autre contexte, Russell et Sartre tenaient la philosophie pour inséparable de l'engagement politique[20].

Philosophie et histoire de la philosophie

Représentation de la sagesse (1635) : « Sapiens Dominabitur Astris ». Traduction libre du texte : « Qui acquiert la sagesse sera maître des astres. »
Représentation de la sagesse (1635) : « Sapiens Dominabitur Astris ». Traduction libre du texte : « Qui acquiert la sagesse sera maître des astres. »

Si la philosophie a une longue histoire, il convient de distinguer la pratique de la philosophie de l'étude simple des doctrines passées. Parfois atténuée, voire effacée, cette distinction est pourtant cruciale. Nombre de penseurs en appellent aux philosophies antérieures pour les appuyer, s'en inspirer, ou encore les critiquer : il y a là un appel à l'histoire et à un fond culturel commun, mais ça ne fait pas de la philosophie une discipline historique. La pratique philosophique n'étant pas uniquement une glose sur la philosophie des époques précédentes, il faut la distinguer de l'histoire de la philosophie.

L’histoire de la philosophie consiste à tenter de reconstruire, de comprendre, d’interpréter, voire de critiquer, les positions et thèses de penseurs comme Platon, Thomas d’Aquin, Hegel, etc. Il s'agit moins d'évaluer la pertinence philosophique ou l'intérêt actuel de ces philosophes que de savoir ce qu'ils ont vraiment dit, et de resituer leurs pensées dans leurs contextes d'apparition. Ce travail d'étude porte également sur des courants philosophiques (le scepticisme antique, le Néokantisme), ou des questions débattues au cours de l’histoire (le dualisme de l’âme et du corps, la querelle des universaux) appartiennent elles aussi à l’histoire de la philosophie.

La philosophie, prise comme activité, a pour but d’étudier et de répondre à des questions relevant d’un problème, d’un domaine ou branche de la philosophie. Il va sans dire que cette pratique amène constamment à se référer aux philosophes antérieurs, mais le rapport à l'histoire est ici différente de celui qu'aurait l'historien de la philosophie. Dans un tel cas, le philosophe ne vise pas à savoir ce qu'untel a pensé, il cherche à réintégrer cette pensée dans son argumentation personnelle, il instrumentalise les philosophies précédentes pour justifier sa pensée et faire apparaitre son point de vue propre. L'essence de cette pratique est de répondre à des problèmes, à des questions, en utilisant si besoin l'histoire de la philosophie. Nous nous tournerons d’abord vers cette approche de la philosophie avant de livrer un exposé de l’histoire de la philosophie.

Les branches de la philosophie

La philosophie est loin d’être un domaine de connaissances bien délimité au sens où les problèmes auxquels elle se confronte sont d’une extrême variété. Elle étudie de nombreux objets, certains proches, c'est pourquoi sa subdivision en différentes branches est problématique et relève de l'arbitraire. De plus, si des pans entiers de la philosophie sont apparus au XXe siècle, certains domaines se sont détachés très nettement de la philosophie à l'époque moderne. La physique, par exemple, était considérée comme appartenant à la philosophie jusqu’au XVIIIe siècle. Mais, le détachement n'est pas toujours aussi net, ainsi la science politique, considérée comme une ancienne branche de la philosophie devenue autonome, entretient un dialogue permanent avec la philosophie politique (qui n'est donc pas morte). De même, la biologie, qui a longtemps été entravé par son appartenance à la philosophie avec les thèses finalistes, mécanistes, et vitalistes, revient par une porte dérobée. En effet, à l'aube du XXIe siècle le développement des biotechnologies a pour corolaire l'apparition d'un nouveau champ d'étude philosophique : la bioéthique.

Malgré ces difficultés, les branches suivantes se distinguent aujourd'hui, car chacune a un objet propre bien délimité qu'elle soumet à des questionnements spécifiques (et notamment ceux indiqués ici) :

  • La métaphysique et ses diverses branches ("y a-t-il des réalités immatérielles ?", "Dieu existe-il ?", "l'âme est-elle immortelle? incorporelle ?»)
  • l'ontologie, rattachée ou non à la métaphysique selon les interprètes («qu'est-ce que l'être ?», «Pourquoi y a-t-il de l'être plutôt que rien ?»)
  • La philosophie de la religion, partiellement rattachée à la métaphysique puisqu'elle tente de définir le divin et pose la question de l'existence de Dieu, qu'elle double d'une interrogation sur la nature du sacré en général.
  • la morale (« Quelle est la fin des actions humaines ? », « le bien et le mal sont-ils des valeurs universelles permettant de définir cette fin ? »)
  • l’éthique : discipline pratique et normative permettant de définir la meilleure conduite pour chaque situation. Désormais inséparable de la méta-éthique. (« que dois-je faire ? »)
  • La philosophie politique («d'où peut provenir la légitimité du pouvoir ? », « quel est le meilleur régime politique ? » « La morale peut-elle et doit-elle guider l'action politique ? »)
  • La philosophie du droit (« quels sont les relations entre Droit et Justice ? », « comment naissent les normes judiciaires ? », « selon quels critères faut-il les juger ? »)
  • la gnoséologie ou théorie de la connaissance (« D'où provient la connaissance ? » « Qu'est-ce que la vérité ? »)
  • L’esthétique ((« Qu'est-ce que le Beau ? »)
  • La philosophie de l'esprit (« Quelles sont les relations entre corps et esprit ? » « Comment fonctionne la cognition ? »)
  • La philosophie de la logique
  • La philosophie de l'action (« la Liberté est-elle illusoire ? »)
  • La philosophie de l'histoire (« l'histoire est elle régie par des lois, une nécessité, ou est-elle le fruit absurde de la contingence ? »)
  • La philosophie du langage (« Quelles est l'origine du langage ? » « En quoi le langage se distingue-t-il d'autres systèmes de communications ? » « Quelles relations entretiennent langage et pensée ? »)
  • L'épistémologie qui est littéralement un discours sur la connaissance (ou encore sur la science dans une acception restreinte assez courante) et rejoint dans ce sens la gnoséologie ou théorie de la connaissance, tout en se référant également à la méthodologie et aux philosophies du langage et de l'action.

Il est à noter que la plupart des grandes pensées philosophiques débordent de leur domaine originel, et tentent d'apporter des réponses à plusieurs problèmes philosophiques.

Histoire de la philosophie occidentale

Article détaillé : Histoire de la philosophie.

Frise chronologique


Philosophie antique

Article détaillé : Philosophie antique.

La philosophie grecque a connu trois grands périodes[21]:

  • La période présocratique, qui désigne les pensées précédent celle de Socrate. Les présocratiques sont considérés comme les fondateurs de la tradition philosophique occidentale.
  • La période grecque classique (Ve siècle), qui commence avec Socrate à Athènes et se poursuit avec Platon, Diogène et Aristote. Le (Ve siècle) est aussi le siècle de la sophistique représentée par Gorgias et Protagoras entre autres.
  • Après les conquêtes d'Alexandre le Grand, la période hellénistique : Épicure, les stoïciens ou les sceptiques qui sont les penseurs les plus importants de cette époque.
 Célèbre représentation des différentes écoles de l'Antiquité : On reconnaitra Platon montrant le ciel du doigt (allusion à la Théorie des Idées) et Aristote montrant la terre (afin d'opposer son souci d'une philosophie ancrée dans une connaissance des faits empiriques) (fresque de Raphaël).
Célèbre représentation des différentes écoles de l'Antiquité : On reconnaitra Platon montrant le ciel du doigt (allusion à la Théorie des Idées) et Aristote montrant la terre (afin d'opposer son souci d'une philosophie ancrée dans une connaissance des faits empiriques) (fresque de Raphaël).

La philosophie grecque se caractérise par le fait qu'elle est dominée par l'éthique, par la question « comment bien vivre ? » et plus particulièrement par celle de la vertu et du bonheur. L'importance de ce thème apparaît évidente à la lecture des dialogues de Platon, des textes d'Aristote, des stoïciens ou d'Épicure. La conséquence de cette tendance est que la philosophie était comprise comme une façon de vivre et non pas uniquement comme un discours théorique (même si ce dernier ne saurait être ignoré naturellement) ce qui est particulièrement frappant chez un Socrate, un Diogène ou chez les stoïciens.

Les deux autres grands domaines de la recherche des penseurs antiques sont d'une part la cosmologie et la physique (ce qu'on a longtemps nommé philosophie naturelle), d'autre part la théorie de la connaissance parfois liée à la logique. Ainsi, la question fondamentale qui occupait les philosophes présocratiques était la question du principe de toute chose. Au travers d'un mélange d'observations empiriques et de spéculations, ils tentèrent de comprendre la nature et ses phénomènes. Ainsi le premier philosophe connu, Thalès, tenait l'eau pour le principe de toute chose. Platon dans le Timée (dont l'influence fut primordiale au cours de l'histoire de la philosophie) cherche lui aussi à expliquer la naissance du monde, et imagine un démiurge qui aurait créé notre univers. Enfin, la Physique d'Aristote, tout comme la lettre à Hérodote d'Épicure ou la physique stoïcienne montrent le vif intérêt des anciens pour la connaissance de la nature (φυσις).

La théorie de la connaissance et la logique étaient elles aussi essentielles pour les philosophes de l'Antiquité. Les sophistes défendent souvent une thèse qu'on peut qualifier de relativiste car elle revient à nier l'existence d'une connaissance objective et universellement valable. "Rien n'est vrai en (en soi). Pour chacun la chose apparaît, telle qu'elle apparaît, selon les circonstances et l'environnement"[22]. Tel est le sens de la célèbre formule: l'homme est la mesure de toute chose. Platon, à la suite Socrate qui affirmait l'existence d'une science objectives des valeurs et normes morales, développe une théorie de la connaissance explicitée dans la République et le Théétète. Platon fait en effet la distinction entre la simple opinion ou doxa empirique et sans fondement et le véritable savoir philosophique, qui ne peut être acquis que par un long parcours d'apprentissage des mathématiques, de la dialectique et de ce qu'on appelle la théorie des Idées[23]. Épicure, quant à lui, développe toute une théorie empiriste de la connaissance afin de déterminer les critères que doit remplir une connaissance pour être vraie. Enfin, aussi bien Aristote que les stoïciens ont fondé une logique formelle, sous la forme, respectivement, de la syllogistique et d'une logique des propositions.

Philosophie médiévale

La philosophie médiévale d'Occident et du Proche Orient sont issues du meme courant. Ce sont les penseurs musulmans et chrétiens, puis entre musulmans eux-meme, qui en cherchant des arguments convainquent vont faire appel a la philosophie antique. Du Moyen-orient, principalement musulmans va naitre plusieurs écoles de pensée et méthode qui seront reprises plus tard en Occident, alors que les société musulmane finiront par étouffer les idée originales nées durant cette période.

Philosophie islamique

Articles détaillés : Kalâm, Falsafa et Philosophie islamique.

Les sources de la philosophie islamique proviennent à la fois de l'Islam en lui-même (Coran et Sunna) ainsi que de la philosophie grecque, iranienne pré-islamique et indienne.
C'est en cherchant à affiner la doctrine de l'islam et à interpréter correctement les hadith, tout en extrapolant sur les questions religieuses qui n'avaient pas été explicitement tranchées dans le Coran, que nait la méthode de l'ijtihad. Avec elle s'ouvrent les premiers débats philosophiques et théologiques en Islam, notamment entre les partisans du libre arbitre ou Qadar (de l'arabe : qadara, qui a le pouvoir), et les djabarites (de djabar force, contrainte), partisans du fatalisme.

Avicenne
Avicenne

La théologie en islam doit répondre à des interrogations concernant la Théodicée, l'eschatologie, l'anthropologie, la Théologie négative et la Religion comparée. Plusieurs courants philosophiques existent en terre d'Islam :

  • La philosophie hellénistique de l’islam (falsafa)
  • La théologie dialectique (kalâm)
  • Le soufisme, théorie ésotérique de l'Islam.
  • Les écoles littéralistes (Atharisme comme pour le madhhab Hanbalisme)

La Madhhab motazilite est née d'une opposition aux vues traditionnelles des musulmans partisans du califat. Puis, s'intéressant aux attaques que subissait l'islam de la part des non-musulmans, ces Motazilistes devinrent rapidement obsédés par le débat avec les autres théologies et courants de pensée à l'intérieur de l'Islam lui-même.

Le calife Al-Mamun fait du motazilisme la doctrine officielle en 827 et crée la Maison de la sagesse en 832. Très rapidement, la philosophie grecque est introduite dans les milieux intellectuels persans et arabes. L'École péripatétique commençe à avoir des représentants parmi eux : ce fut le cas d'Al-Kindi, d'Al-Farabi, d'Ibn Sina (Avicenne), et d'Ibn Rushd (Averroès).

Ceux qui cherchaient par une démonstration philosophique à conforter et démontrer le bien-fondé de leur foi religieuse ont été recrutés par Hunayn ibn Ishaq, un arabe chrétien qui dirige la maison de la sagesse dans les 870. Ils ont collecté, traduit et synthétisé tout ce que le génie des autres cultures grecque, indienne, iranienne ont pu produire avant d'entreprendre les commentaires sur ces œuvres. C'est ce travail qui forme les bases de la philosophie musulmane du IXe et Xe siècle. Ceux qui utiliseront cette méthodologie dite Ilm-al-Kalâm basée sur la dialectique grecque seront appelés mutakalamin. En réponse au motazilisme, Abu al-Hasan al-Ash'ari, initialement un motaziliste lui-même, développe le Kalâm et fonde l'école de pensée acharite qui s'appuie sur cette méthodologie. Ainsi le kalâm et la falsafa influenceront plusieurs madhhabs.

Sous le califat des Abbassides, un certain nombre de penseurs et de scientifiques, et parmi eux de nombreux musulmans non-sunnites ou des non-musulmans, jouent un rôle dans la transmission à l'Occident des savoirs grec, indien, et d'autres sagesses pré-islamiques, mésopotamienne et iranienne. Trois penseurs spéculatifs, les deux Persans al-Farabi et Avicenne, et l'Arabe al-Kindi, combinent l'aristotélisme et le néoplatonisme avec d'autres courants dans l'Islam. Ils furent considérés par beaucoup comme déviants par rapport à l'orthodoxie religieuse, et certains les jugèrent même comme des philosophes non-musulmans.

Les ismaéliens ne sont pas à l'écart de l'influence de la philosophie Néoplatonicienne et plusieurs penseurs collaborent pour produire à Basra une encyclopédie : la Ikhwan al-Safa.

Le XIIe siècle voit l'apothéose de la philosophie pure et le déclin du Kalâm. Cette suprême exaltation de la philosophie doit être attribuée, pour une large part au persan Al-Ghazali et au juif Juda Halevi. En émettant des critiques, ils ont produit par réaction un courant favorable à la philosophie par une mise en cause des concepts et en rendant leurs théories plus logiques et plus claires. Ibn Bajjah et Averroès ont produit les plus belles œuvres de la pensée islamique. Averroès clôt le débat par son œuvre d'une grande hardiesse. La fureur des orthodoxes est en effet telle que le débat n'est plus possible. Les orthodoxes s'en prennent sans distinction à tous les philosophes et font brûler les livres. Le débat se poursuivra, mais en occident, par l'intermédiaire des juifs.

Philosophie chrétienne

 La philosophie trône parmi les septs arts libéraux– Illustration extraite de l'Hortus deliciarum de Herrad von Landsberg (12è siècle)
La philosophie trône parmi les septs arts libéraux– Illustration extraite de l'Hortus deliciarum de Herrad von Landsberg (12è siècle)
Article détaillé : Philosophie médiévale.

Souvent caricaturée et décriée, la philosophie médiévale s'étend sur la vaste période qui sépare la philosophie antique tardive de la philosophie moderne. Bien loin de se résumer à l'image négative qu'a aujourd'hui la scolastique, elle présente toute une variété de penseurs d'inspirations sensiblement différentes.[24]

D'une part le Moyen Âge est une des périodes les plus fécondes en ce qui concerne la logique. Certaines lois logiques ont été connues dès le Moyen Âge (par exemple Pierre d'Espagne connaissait déjà ce qu'on appellera plus tard la loi de De Morgan) avant d'être ensuite oubliées. C'est surtout la philosophie de la logique qui connut un développement important. Les penseurs médiévaux se concentrèrent plus particulièrement sur la célèbre Querelles des universaux, dont le point de départ fut une remise en cause de la théorie des Idées platoniciennes. Elle fut animée entre autres par Abélard, Albert le Grand et Guillaume d'Ockham.

D'autre part le Moyen Âge fut aussi un âge de redécouverte de la philosophie antique à partir du XIe siècle. La traduction en latin du corpus aristotélicien modifiera ensuite grandement la donne, et contribuera à réaffirmer Aristote comme l'un des philosophes les plus influents de l'histoire. Mais cette redécouverte ne sera possible que par l'intermédiaire des philosophes arabes et souvent par des traductions indirectes du grec vers l'arabe et de l'arabe vers le latin. La tradition de commentaire des textes est aussi très présente : le commentaire des Sentences de Pierre Lombard sera pour longtemps un exercice canonique de l'époque. Quant aux commentaires d'Aristote par saint Thomas d'Aquin, ils feront longtemps autorité et constitueront un modèle du genre.

Enfin, la philosophie médiévale est très liée à l'église, et les réflexions philosophiques ont souvent un fond religieux plus ou moins prégnant. Les philosophes du Moyen Âge, qui avaient tous reçu une formation en théologie, se basaient sur les textes bibliques et tentaient souvent de concilier les enseignements de la Bible avec les écrits des philosophes antiques. Cette réconciliation prît la forme d'une subordination de la philosophie à la théologie, les Vérités révélées des Écritures primant sur la « lumière naturelle » de la Raison.

Philosophie juive

Article détaillé : philosophie juive.

Deux réactions eurent lieu chez les Juifs face à la philosophie grecque: alors que les Juifs restés en Judée se rebellaient contre l'hellénisation, d'autres s'installaient en terre grecque, à Alexandrie, et produisaient des penseurs qui, à l'exemple de Philon, n'hésitaient pas à confronter les deux langages.

Représentant typique du judaïsme hellénisé d'Alexandrie, Philon ne parle probablement pas l’Hébreu. Il rêve de concilier religion et philosophie, révélation et raison : la philosophie est le moyen de défendre et de justifier les vérités révélées du Judaïsme. Celles-ci sont pour lui fixées et déterminées, et la philosophie permet d'en approcher.

Statue de Maïmonide dans sa ville natale de Cordoue
Statue de Maïmonide dans sa ville natale de Cordoue

La Bible est pour lui un ouvrage de législation religieuse parsemé de leçons d'éthique, Moïse un précurseur de Solon ou Lycurgue, les commandements bibliques inculquent à l'homme les fondements du stoïcisme, et accordent son rythme aux rythmes cosmiques et universels. Le Shabbat vise à abolir toute barrière sociale, la casheroute à enseigner la modération et la frugalité.

Il fallut l'expansion du monde de l'Islam pour que la philosophie revienne frapper en force aux portes du monde juif. Elle avait désormais un tout autre visage :

  • d'un côté, les Mutazilites s'en faisaient un outil afin d'étudier rationnellement les Textes sacrés;
  • de l'autre côté, le néoplatonisme avait été adapté puis adopté : l'émanationnisme, la perfection infinie de l'Un, la montée de l'âme etc. sont des thèmes très proches des croyances religieuses, permettant de s'essayer à la fois à la spéculation rationnelle et à la spéculation mystique.

L'un des penseurs les plus marquants du Judaïsme, Juda Halevi, se leva alors pour combattre la philosophie. Cependant, Juda Halevi ne cessa "de se mouvoir dans l'univers mental de ses adversaires" pour les contrer, alors que son contemporain, Abraham ibn Dawd Halevi tentait d'introduire ses contemporains aux idées Aristote.

L'aristotélisme trouva son représentant dans le géant de la philosophie juive, Moïse Maïmonide. Il changea littéralement le champ de vision du Judaïsme. Il fut l'"Aigle de la Synagogue", qui écrivit le Commentaire sur la Mishna et le Mishné Torah, le "Prince des Médecins" et surtout un des plus grands érudits que connut le Judaïsme. Auteur du Guide des Egarés dont le but est de résoudre la difficulté qui se présente à l’esprit d’un juif croyant, concurremment nourri de réalités philosophiques. Maïmonide a réussi à expliquer les anthropomorphismes bibliques, à dégager la signification spirituelle cachée derrière les significations littérales et à montrer que le spirituel était la sphère du divin.

Philosophie moderne

René Descartes (1596-1650)
René Descartes (1596-1650)

Par « philosophie moderne », il faut entendre la philosophie qui s'étend sur ce que les historiens appellent l'histoire moderne (1492-1789).

Elle est, d'une part, l’héritière de la pensée antique en bien des points. Spinoza, Descartes, Leibniz ou Hume (pour ne citer qu'eux) sont loin d'avoir rompu tout lien avec la philosophie des Anciens. Ils les connaissaient parfaitement et leur ont notamment emprunté leur vocabulaire. Mais d'autre part, les Modernes ont souvent compris leur propre travail comme une amélioration de ce que les philosophes de l'Antiquité avaient déjà accompli, ce qui les conduisit parfois à s'opposer à ces derniers.

Cette tentative « d'améliorer » la philosophie antique apparaît clairement dans la philosophie politique, une des grandes caractéristiques de la philosophie moderne étant en effet d'avoir renouvelé celle-ci. Machiavel ou Hobbes ont tous deux voulu fonder la philosophie politique comme science, en la séparant nettement de l'éthique (alors que cette dernière et la politique étaient inséparables chez les trois grands penseurs de l’Antiquité qu'étaient Socrate, Platon et Aristote). En outre, aussi bien Spinoza et Hobbes que Machiavel ont cherché à fonder la philosophie politique sur l'étude de l'homme tel qu'il est — et non de ce qu'il devrait être comme le faisaient les Anciens.

Mais la philosophie moderne, au sens où nous l'avons délimitée, comprend aussi, dès la fin du XVIIe siècle, la philosophie des Lumières et le libéralisme: Locke, Rousseau, Diderot, Voltaire entre autres. Le mot « Philosophe » y prend le sens nouveau de « membre du parti philosophique » au fur et à mesure que se dessine une philosophie politique qui privilégie la démocratie, la tolérance et la souveraineté du peuple, que ce soit dans le Traité Théologico-Politique de Spinoza, le Contrat Social de Rousseau ou dans Les deux Traités du gouvernement civil de Locke.

David Hume (1711-1776)
David Hume (1711-1776)

L'autre grande caractéristique de la philosophie moderne est l'importance qu'y joue la science, même s'il faut remarquer que la philosophie du XVIIe siècle privilégie plutôt les mathématiques et la physique (mécaniste), alors que les philosophes du XVIIIe siècle se tournent davantage vers la biologie. Les penseurs menaient en effet souvent une carrière de savant, ou nourrissaient en tout cas un vif intérêt pour la science. Leibniz et Descartes, notamment, étaient de grands savants, de même qu'un siècle plus tard Diderot développa des réflexions annonçant le transformisme. Du point de vue de la méthode, la philosophie s'inspire alors soit des mathématiques (tels Descartes et Spinoza), soit de la physique (Hobbes) ; ou bien elle tente de fonder une méthode applicable à tous les domaines du savoir : philosophie, physique, mathématiques, etc., par exemple pour Leibniz. La méthode de la philosophie s'inspire donc souvent de celle des sciences ou des mathématiques.

Enfin, en ce qui concerne la théorie de la connaissance, il est traditionnel de distinguer deux grands courants : le rationalisme (avec Descartes, Leibniz et Spinoza) et l'empirisme (Hume et Locke). De façon très schématique, les rationalistes affirment l'existence d’une connaissance indépendante de l'expérience, purement intellectuelle, universellement valable et indubitable. Les empiristes, eux, affirment que toute connaissance procède de l'induction et de l'expérience sensible. Ce sont souvent aussi des sceptiques (par exemple Hume) qui affirment qu'il n'existe aucune connaissance universellement valable, mais seulement des jugements nés de l'induction et que l'expérience pourra réfuter.

Emmanuel Kant défend une position originale dans cette discussion. Il affirme en effet à la fois la nécessité de l'expérience mais aussi des concepts et des formes de la sensibilité apriori pour la constitution de la connaissance. Sa thèse combine donc à la fois l'empirisme et le rationalisme. Kant, qui nie à la différence des rationalistes la possibilité d'une connaissance ne reposant pas sur l'expérience, distingue par la suite les choses en soi (connus sans le recours de l'empirie) et les choses pour nous (telles que nous les connaissons). Les premières sont inconnaissables pour nous: Dieu, la liberté et l'âme.

Philosophie contemporaine

Article détaillé : Philosophie contemporaine.

Le XIXe siècle

Adolph von Menzel, Le laminoir en fer (1872/75). La révolution industrielle provoqua une révolution dans les conditions de vie qui devait amener un bouleversement de la pensée philosophique, économique et politique.
Adolph von Menzel, Le laminoir en fer (1872/75). La révolution industrielle provoqua une révolution dans les conditions de vie qui devait amener un bouleversement de la pensée philosophique, économique et politique.

La philosophie du XIXe siècle se divise en des directions si différentes qu'elles ne se laissent pas ramener à un seul et unique concept. Elle comprend la philosophie romantique, l'Idéalisme allemand, le positivisme, la pensée socialiste et matérialiste de Marx, Feuerbach ou Proudhon, le pragmatisme ainsi que nombre de penseurs difficiles à classer tels Schopenhauer, Nietzsche et Kierkegaard ou encore plus récemment Léon Chestov.

Une partie de la philosophie et surtout de la philosophie allemande se comprend comme un dialogue critique mais aussi constructif avec la pensée kantienne : ce fut le cas de l'Idéalisme allemand, de Schopenhauer et de Nietzsche. Le but avoué étant de reprendre ce qui semblait le plus intéressant dans la philosophie de Kant et de la débarrasser ce qui semblait être des restes d'une métaphysique dépassée.

Les courants philosophiques marqués par l'empirisme ont pris une autre direction comme le positivisme d'Auguste Comte qui voulait dépasser la pensée métaphysique uniquement au moyen des sciences empiriques c'est-à-dire sans recourir aux explications métaphysiques. En Angleterre Bentham et Mill développèrent l'utilitarisme qui soumettait l'économie et l'éthique à un rigoureux principe de comparaison des avantages et des inconvénients et qui avec l'idée d'un bien-être pour tous (le principe du « plus grand bonheur au plus grand nombre ») joua un rôle fondamental.

L'économie et la philosophie politique furent marquées par Karl Marx, Engels et Proudhon. Les deux premiers voulaient modifier profondément les conditions de vie des ouvriers par un bouleversement des structures économiques et politiques de leur époque que les philosophes avaient pour tâche de conceptualiser.

Il est par contre difficile de classer toute une série de philosophes tels Arthur Schopenhauer, Kierkegaard et Friedrich Nietzsche. Schopenhauer mettait en avant la puissance et la domination de la volonté sur la raison en se basant sur la philosophie indienne. Sa vision du monde pessimiste qui a été marquée par l'expérience de la souffrance se base sur des idées bouddhistes. Friedrich Nietzsche qui tout comme Schopenhauer accordait une grande importance aux arts, se désignait lui-même comme un immoraliste. Pour lui les valeurs de la morale chrétienne traditionnelle étaient l'expression de faiblesse et d'une pensée décadente. Il analysa les idées de nihilisme, du surhomme et de l'éternel retour de la répétition sans fin de l'histoire. Kierkegaard était en bien des points un précurseur de l'existentialisme. Il défendait une philosophie imprégnée de religion et représentant un individualisme radical qui dit comment on doit se comporter en tant qu'individu singulier dans les différentes situations concrètes.

Le XXe siècle

Gottlob Frege fondateur de la logique mathématique
Gottlob Frege fondateur de la logique mathématique

La philosophie du XXe siècle se caractérise elle aussi par une grande richesse de doctrines. La philosophie analytique qui tire ses racines en Allemagne avec Frege et au Royaume-Uni avec Russell et Whitehead a dominé surtout les pays anglophones et une partie de l'Europe (surtout l'Autriche et l'Allemagne). Elle se caractérise par un usage important de la logique mathématique et plus généralement par une très grande attention portée au langage comme source d'illusions, de paralogismes. Elle a abouti à une reprise d'ensemble de nombreux problèmes philosophiques traditionnels tel la nature de l'esprit et ses rapport au corps (voir philosophie de l'esprit), les problèmes relatifs à la nature de l'action (voir philosophie de l'action), l'essence et la fonction du langage naturel et formel (cf. la philosophie du langage et la philosophie de la logique). Ses représentants les plus importants sont Russell, Frege, Whitehead, Wittgenstein, Donald Davidson, Anthony Kenny, John Langshaw Austin, Searle, Gilbert Ryle, Jaakko Hintikka[25].

Portrait du fondateur de la phénoménologie Edmund Husserl
Portrait du fondateur de la phénoménologie Edmund Husserl

L'autre grande tradition philosophique est la phénoménologie de Husserl dont les successeurs sont Heidegger, Sartre, Merleau-Ponty, Paul Ricoeur ou Emmanuel Levinas. Pour Edmund Husserl, la phénoménologie est la science des phénomènes, c'est-à-dire la science des vécus par opposition aux objets du monde extérieur. Elle aura ainsi pour objet la connaissance pour thème (Husserl), l'imagination (Sartre), la perception (Merleau-Ponty), l'existence humaine (Heidegger), la volonté (Paul Ricoeur). En outre, elle est une science apriorique, ou eidétique, à savoir une science qui décrit les essences abstraites des vécus[26].

Le début du XXe siècle marque également le début de la psychanalyse (avec Sigmund Freud) qui éclaircira beaucoup de choses sur la conception de la pensée.

La philosophie post-structuraliste et le déconstruction reposent quant à elles sur la remise en cause de la notion de sujet (Michel Foucault[27]) ou de sens (Jacques Derrida) et son remplacement par les notions de structure, d'inconscient (Jacques Lacan), d